Stratégie d’implantation d’un outil pédagogique et didactique d’évaluation du risque de constipation du patient hospitalisé : Exemple d’une recherche collaborative

 

Berger V. Doctorante Sciences de l’Education Aix Marseille Université, ADEF, EA 4671

sciences de l’éducation Université Aix-Marseille- Ecole doctorale cognition-Langage- Education- ED 356. Co direction avec la faculté des sciences infirmières de l’Université de  Montréal.

mail : valerie.berger.dascia@orange.fr

 

 

Eymard C. Maitre de Conférence HDR, Sciences de l’Education,, Aix Marseille Université, ADEF, EA 4671. A.D.

 

Lefebvre H . Phd, Vice Doyenne faculté des sciences infirmières de Montréal.   

Mots clés : Education pour la santé – Raisonnement clinique- Recherche collaborative

 

Résumé :

 

A l’hôpital, de nombreux patients souffrent de  constipation. Pourtant, ce sujet est rarement évoqué car, il s’agit d’un sujet « tabou » partagé par les patients et les soignants, entrainant une prise en charge «technique » non valorisante et suscitant peu d’intérêt (V. Berger, 2010). Afin d’aider les infirmières dans cette problématique, un outil d’évaluation du risque de constipation est en cours d’élaboration. Il a reçu un financement dans le cadre du Programme Hospitalier de Recherche Infirmière de 2010. Cette recherche dans le domaine de l’éducation pour la santé porte sur les stratégies d’implantation d’un nouvel outil dans la pratique infirmière pour améliorer le raisonnement clinique dans cette  prise en charge. La méthodologie est orientée vers une approche collaborative de la didactique professionnelle qui permet de faciliter le travail de l’apprenant pour aboutir à un savoir, savoir faire et savoir être (Pastré, 2011). Selon, Bourrassa, Philion et Chevalier (2006), la recherche est dite collaborative lorsque tous les acteurs se trouvent engagés dans la réflexion. L’approche  collaborative s’inscrit dans le paradigme socio constructiviste ou l’apprenant est au centre du dispositif (Desgagné, 1997, 1998, 2001, 2005). Elle associe les professionnels aux différentes étapes de construction de l’objet de recherche ou les points de vue de chacun sont contributoires à la construction de savoirs  et cela  par une démarche réflexive (Desgagné, 2001). La recherche collaborative s’appuie donc sur des intérêts réciproques entre chercheur et praticien pour la production de connaissances et le développement professionnel (Tardif, 1992).

Cette recherche a donc pour objectif de co construire avec des infirmières dites « partenaires » une stratégie pour implanter ce nouvel outil et contribuer au développement du raisonnement clinique infirmier dans la prévention de la  constipation. Concrètement un groupe de 6 infirmières venant de spécialités différentes seront réunies régulièrement entre février et juin 2013 dans une démarche réflexive en référence à Schön (1992) autour de cette problématique afin d’en comprendre le sens et faciliter cette approche  collaborative.

Le but de cette recherche est aussi de mesurer l’impact d’une telle méthode dans la pratique clinique.  Des observations d’entretiens d’accueil de patients et des écrits infirmiers seront réalisées ainsi qu’un audit un jour donné pour repérer si les infirmières identifient les patients à risque de constipation. Ce même dispositif sera reproduit en fin de démarche collaborative afin de juger de la différence entre les deux mesures.

L’intervention étant actuellement en cours, les premiers résultats seront traités  début 2013 et l’ensemble des conclusions sera diffusé auprès de la communauté scientifique et clinique d’ici fin 2013.

1-PRESENTATION DE LA problématique

 

A l’hôpital, le trouble le plus fréquent de l’élimination intestinale est la constipation. Elle est caractérisée  par la persistance de difficultés de défécation et, pour certains auteurs, par un nombre inférieur à 3 selles par semaine (Hart, Albiani, Crangle, Torbit et Varma, 2012).  En Europe, la prévalence dans la population des personnes non hospitalisées est estimée à plus de 17 % (Peppas, Alexiou, Mourtzoukou, Falagas, 2008) et chez les patients admis à l’hôpital, elle est évaluée, selon les spécialités entre 24 et 84%, (McMillan2002).  Ce symptôme peut être ancien, est bien souvent accentué ou provoqué par l’hospitalisation et, dans certaines unités comme en  soins palliatifs, il peut être majoré par l’utilisation d’antalgiques comme la morphine (Sykes,1998 ; Cayles, 2011). La reconnaissance du caractère multidimensionnel de cette affection demande aux infirmières d’interroger leur raisonnement clinique et de recentrer leur activité autour d’une prise en charge plus humaniste, éducative  et préventive. Les infirmières ont toute légitimité pour « prendre soin » de la personne soignée dans ses différentes dimensions par un processus bienveillant, dynamique, continu et réflexif. Leur but est d’améliorer la sécurité et la qualité des soins de la personne,  dans son bien être et son mieux être, tout en respectant sa singularité et sa dignité (Girard et Cara, 2011). Toutefois, ce sujet est rarement évoqué, car l’hôpital  n’est pas un lieu isolé de la société, les mêmes valeurs, les mêmes normes y sont véhiculées. Berger, Grocq et Durand (2010), ont montré les difficultés qu’ont les soignants à s’occuper de l’élimination intestinale des patients hospitalisés. Leurs travaux mettent en évidence qu’il s’agit d’un  sujet "tabou" pour les patients, mais aussi pour les soignants, entraînant une prise en charge qu’ils considèrent non valorisante et suscitant peu d’intérêt. Les soignants se centrent davantage sur le diagnostic principal et les soins techniques qui en découlent dans une approche biomédicale. Cette étude a  montré  également que les patients dépendants éprouvent une grande gêne à parler du besoin d’élimination intestinale par pudeur, par honte et sentiment d’humiliation.

Cette réflexion soutient l’idée qu’un instrument Evaluation du Risque de Constipation du Patient Hospitalisé devrait aider les infirmières dans leur raisonnement clinique en entrant en relation avec le patient sur ce sujet si difficile à aborder. En effet, les infirmières doivent utiliser une démarche clinique pour identifier les patients à risque de constipation et ainsi mettre en place des actions pour diminuer ce risque. La littérature infirmière ne fait pas écho de publications qui discutent du raisonnement clinique dans la prévention de la constipation du patient hospitalisé malgré cette problématique récurrente.

Une des hypothèses pour améliorer cette prise en charge par les infirmières est d’implanter un outil pédagogique et didactique d’évaluation du risque de constipation du patient hospitalisé. Cet outil est aujourd’hui en cours d’élaboration  et de validation. Il a reçu un financement dans le cadre du Programme Hospitalier de Recherche Infirmière (PHRI[1], 2010). Dans le cadre de cette recherche, il nous est apparu intéressant d’engager une réflexion sur la question de l’introduction de ce nouvel outil dans l’activité  infirmière pour qu’il puisse contribuer à la construction du sens dans le raisonnement clinique. En somme la question qui se pose est : Comment intégrer dans la pratique infirmière un nouvel outil pour qu’il participe à son raisonnement clinique et facilite sa communication  avec le patient pour ce sujet tant difficile? Dans ce cadre, les objectifs de cette recherche vise à :

 

  • Elaborer avec un groupe d’infirmières une stratégie d’implantation d’un nouvel outil pour la pratique infirmière dans une approche collaborative.

 

  • D’autre part, d’évaluer l’impact d’une approche collaborative sur la pratique des équipes d’infirmières dont une de leur collègue participe à la recherche collaborative. Pour cela, nous utiliserons des méthodes mixtes.

 

 

Ainsi, dans cette perspective, le design de cette recherche vise à coconstruire avec un groupe de six infirmières une méthode pour implanter un nouvel outil pédagogique et didactique pour la pratique infirmière, dans une démarche de recherche collaborative et d’en mesurer les impacts sur la pratique professionnelle et le développement professionnel continu. L’objectif de cet article est de justifier le choix de cette approche collaborative et d’en expliquer la méthodologie.

 

 

 

2- LE CHOIX D’UNE DEMARCHE DE RECHERCHE COLLABORATIVE

 

 

L’objet de cette recherche concerne le développement d’une méthode pédagogique et didactique en vue d’améliorer le raisonnement clinique infirmier dans la  prise en charge de l’élimination intestinale du patient hospitalisé. Nous avons choisi d’orienter la démarche méthodologique vers une approche collaborative de la didactique professionnelle qui, selon Pastre (2011), permet  de faciliter le travail de l’apprenant pour aboutir à un savoir, savoir faire et savoir être.  Pour Bourrassa, Philion et Chevalier (2006), la recherche est dite collaborative lorsque tous les acteurs se trouvent engagés dans la réflexion. C’est une méthode qui permet une participation interactive de tous les acteurs et vise un changement dans un processus réflexif par la compréhension des problématiques qui de facto impacte la pratique. Comme le soulignent Ducharme, Leblanc, Bourassa et  Chevalier  (1997), pour enrichir le savoir tant théorique que pratique, il est plus efficace d’établir une collaboration réciproque. Dans le cadre de cette recherche collaborative, la méthodologie part de la pratique  infirmière pour sa pratique dans un processus réflexif dont l’objectif est d’acquérir des  connaissances et des compétences nécessaires pour améliorer l’activité professionnelle et notamment la prévention de la constipation des patients hospitalisés. En ce sens, comme le dit Desgagné et Bednarz (2005),  il s’agit d’une recherche avec le partenaire et non sur le partenaire. L’approche collaborative selon Desgagné (2005), s’appuie sur le paradigme socioconstructiviste ou l’apprenant est au centre du dispositif.  En effet, le constructiviste oriente vers une méthode active avec exploration d’un l’objet de recherche entre le milieu clinique et le milieu académique.  Cette démarche « collaborative » a pour but la production de connaissances et l’amélioration des pratiques professionnelles. En 2001, Desgagné explique que cette approche, associe un professionnel aux différentes étapes de construction de l’objet de recherche, comme un « praticien réflexif » conçu comme un collaborateur avisé permettant la production de connaissances liées à sa pratique. Solliciter un praticien consiste pour le  chercheur à s’intéresser aux compétences des praticiens dans leur activité professionnelle (Desgagné, 1997).  Ainsi, le praticien du fait de son questionnement, de ses réflexions, va accroître sa vision de la pratique et son développement professionnel (Desgagné, 2005).  Pour Heron et Reason (1997), la recherche collaborative est une réflexion sur l’action et se négocie avec d’autres. Desgagné, Bednarz, Couture, Poirier et Lebuis (2001)), insistent sur l’importance de clarifier le modèle collaboratif qui se trouve à l’interface de la formation continue. En fait, le praticien qui participe à cette démarche est envisagé comme un agent de changement dans son milieu clinique. C’est aussi, pour le praticien une manière de réfléchir sur sa pratique professionnelle  en investiguant un objet de recherche en lien avec son terrain dans le but d’une production de connaissances et d’un développement  professionnel. Pour Desgagné (2007), ce type de recherche a une double finalité la recherche et la formation, puisque c’est en réfléchissant sur soi que l’on s’auto critique et donc que l’on s’auto forme. « Le modèle collaboratif est défini comme une activité réflexive qui s’appuie essentiellement sur l’explication et l’analyse de situation de pratiques vécues par les enseignants » (p.37).  Cela suppose, une production cognitive entre le chercheur et le praticien (Desgagne, 1997). Cette méthode collaborative s’articule pour le professionnel dans une dynamique de progression sur sa pratique professionnelle et pour le chercheur en un «  projet d’investigation » de l’objet de recherche qu’il souhaite approfondir (Ibid. 1997). «  La recherche collaborative établit une médiation entre communauté de recherche et communauté de pratique » (Desgagné, 1997, p. 380). Pour lui, le concept de recherche collaborative se construit lors de rencontres régulières entre le praticien et le chercheur, permettant l’élaboration de savoirs spécifiques et contextualisés. Chaque partenaire donne son point de vue  et cela participe au développement de connaissances ( Desgagné, 2001).

La recherche collaborative est donc centrée autour de la pratique professionnelle (Desgagné, 2001), « un partenaire de l’investigation «  avec » qui on pose un regard complice et réflexif sur sa pratique » (p.34). Dans cette démarche de recherche, Desgagné (1997), distingue  le rôle de partenaire qui consiste à mettre en avant par rapport à l’objet de recherche sa compréhension de l’activité professionnelle et à l’investiguer. Le rôle du chercheur étant  de « baliser et d’orienter » (p.373)  et comprendre l’activité professionnelle pour mieux la cerner, l’expliciter, la valoriser, et pourquoi pas pour la faire progresser, la faire évoluer.  Il s’agira pour le chercheur de lui permettre de comprendre l’activité professionnelle dans une approche didactique. En effet, pour Pastré (2011), la didactique professionnelle cherche à comprendre et favoriser les apprentissages liées au travail et au métier en vue du développement des compétences  générales et ce, par l’utilisation de situations de résolution de problèmes professionnelles. Il s’agit pour lui d’une analyse du travail en vue de la formation du professionnel. Pastré (2011), explique qu’une prise de conscience constitue un véritable travail de conceptualisation permettant à l’action de se réorganiser. Ainsi, pour lui, la didactique professionnelle cherche à comprendre et favorise les apprentissages liés au travail et au métier.

La démarche collaborative permet une approche de formation et de recherche ou praticien et chercheur se rencontrent  autour d’un objet de recherche par une activité réflexive. Cette logique formation et recherche constitue un enjeu épistémologique car elle génère des connaissances théoriques et explicatives du problème observé et un enjeu lié au  développement d’une réflexion sur sa pratique en vue de l’amélioration de ses pratiques professionnelles. Pour Lefrançois (1997), la recherche collaborative est une méthode d’investigation scientifique « en vue d’apporter des solutions novatrices, efficaces et efficientes aux problèmes émanant de la pratique professionnelle » (p.81). Elle a pour but de développer une expertise sur des problématiques concrètes, de développer un savoir et dans le champ de l’innovation d’expérimenter et d’évaluer de nouveaux modes d’intervention dans le but d’améliorer la compréhension des situations (Ibid.). Il s’agit en fait d’une méthode impulsant une dynamique vers des modalités collectives d’apprentissage.

L’activité réflexive au centre de cette démarche participe ainsi à la production de connaissances et l’amélioration des pratiques professionnelles. « L’enseignant devient comme un partenaire de l’investigation avec qui on pose un regard complice et réflexif sur la pratique » (Desgagné, 2001 p. 35). La recherche collaborative s’appuie donc sur des intérêts réciproques entre chercheur et praticien pour la production de connaissances et le développement professionnel. Tardif (1992),  explique que les savoirs qui intéressent le chercheur portent sur le développement de connaissances et pour le praticien la recherche porte sur l’activité professionnelle dans le but d’une l’améliorer.

 

Cette méthode de recherche collaborative a donc été choisie dans le cadre de cette recherche. Elle s’inscrit dans une visée socioconstructiviste pour coconstruire avec un groupe de 6 infirmières une méthode visant à implanter un nouvel outil dans la pratique des infirmières pour prévenir le risque de constipation du patient hospitalisé. La description du devis de recherche et plus précisément de la méthode de recueil des données est développée dans le paragraphe suivant.

 

3- LA COLLECTE DES DONNEES

 

La collecte des données s’est effectuée par  le biais d’une méthode qualitative d’analyse en groupe selon Van Campenhoudt, Chaumont et Franssen (2005). Elle vise un processus cognitif et l’évolution des compétences infirmières à partir  de la compréhension de situations réflexives visant le développement du  raisonnement clinique. L’évaluation de l’impact de l’approche collaborative a été guidée par un devis mixte avant-après intervention avec groupe témoin (Fortin, 2010) par une approche qualitative et quantitative qui à réaliser des mesures avant et après l’intervention auprès d’infirmières travaillant dans les mêmes unités que les infirmières participant à l’analyse en groupe.

 

Description du devis mixte de la recherche

 

Le devis de cette recherche est schématisé ci dessous. Il consiste de façon synthétique en deux étapes distinctes. Une première étape, concerne la mise en place d’une démarche de recherche collaborative et par le choix de la  méthode d’analyse en groupe (Van Campenhoudt, Chamon et Franssen, 2005) afin de coconstuire avec un groupe d’infirmières une stratégie visant à implanter d’un nouvel outil dans la pratique infirmière. La seconde étape est une évaluation avant et après la mise en place de la démarche collaborative.  La méthode d’analyse en groupe sera détaillée dans les paragraphes suivants puis la méthode d’évaluation avant- après intervention.

 

 

  1. la méthode d’analyse en groupe

Dans le cadre de cette recherche collaborative, la méthode d’analyse en groupe telle que développée par Mercier (1981) et enrichie par Van Campenhoudt, Chaumont & Franssen, (2005). a été choisie pour la collecte des données. Cette méthode entraine des changements théoriques et de pratiques professionnelles. En effet, les professionnels coproduisent du fait des échanges, des connaissances sur des expériences de pratiques vécues. Cette méthodologie s’articule autour de 4 phases représentées dans le tableau ci dessous et explicitée par la suite.

 

Tableau 1 : Les étapes d’une analyse en groupe ( Van Capenhoudt, Chaumont, Franssen, 2005, p.66)

Première phase : le récit

1ère étape

2ème étape

3ème étape

4ème étape

5ème étape

Propositions de récits

Choix des récits analysés

Narration

Enjeux vus par le narrateur

Questions d’information

Deuxième phase : les interprétations

6ère étape

7ème étape

8ème étape

9ème étape

10ème étape

Premier tour de table

Réactions du narrateur

Réécoute du récit

Deuxième tour de table

Réactions du narrateur

Troisième phase : l’analyse

11ème étape

12ème étape

13ème étape

Convergences et divergences

Apports théoriques

Hypothèses du chercheur et nouvelle problématique

Quatrième phase : perspectives pratiques et évaluation

14ème étape

15ème étape

Perspectives pratiques

Evaluation

 

 

  • La première phase décomposée  elle même en 5 étapes, consiste tout d’abord pour les  participants à proposer des récits en lien avec l’objet de recherche. Ces propositions doivent porter sur des expériences concrètes et vécues directement par les participants, et qu’ils considèrent comme révélatrices du problème choisi. Il s’agira de situations de patients ayant eu une problématique de constipation.  Puis dans un second temps, le chercheur rassemble les propositions de récits afin de sélectionner les récits qui seront analysés. Il demande à chaque participant  de se faire l’avocat d’un récit. Puis la troisième étape consiste en une période d’écoute du premier récit sélectionné.  Lors de la quatrième étape, le narrateur expose les enjeux du choix de son récit. Enfin la cinquième étape permet aux autres membres du groupe de poser des questions afin d’obtenir les informations nécessaires à l’interprétation de la situation exposée.

 

  • La deuxième phase nommée : interprétation est décomposée en 5 étapes. Dans un première temps (Etape 6) il est demandé à chaque participant d’interpréter le récit exposé au cours d’un tour de table. Lors de l’étape 7, le narrateur expose ses réactions par rapport aux différentes interprétations. Les étapes n° 8, 9 et 10 consistent pour les auteurs de cette méthode en une réécoute du récit, un deuxième tour de table et une nouvelle réaction du narrateur. Toutefois, compte tenu de la durée limitée de chaque séances ( 2 heures) ces 2 étapes n’ont pas été réalisées. Le matériau obtenu lors des étapes précédentes a pu être retranscrit dans son intégralité et rediscuté lors de la séance de travail suivante. Les  auteurs  de cette méthode précisent que, lorsque le temps manque, ce temps de réécoute et de réinterprétation est parfois sauté sans inconvénient majeur pour la méthode.

 

  • La troisième phase  nommée analyse est décomposée des étapes 11 à 13. Ainsi dans un premier temps (Etape 11) permet de classer des interprétations de façon structurées en reprenant tout le travail du groupe afin que chacun puisse reconnaître et valider. Ainsi, le chercheur classe les convergences lorsque des interprétations vont dans le même sens et les divergences lorsque l’interprétation va dans un sens différent. Etape 12,  permet au chercheur  d’apporter au groupe des éléments théoriques permettant de clarifier les convergences ou les divergences d’interprétation. Enfin, au cours de l’étape 13 de cette troisième phase le chercheur expose des hypothèses en lien avec chaque récit, les convergences et divergences. Cette étape clôture ainsi l’analyse complète du récit. Un nouveau récit peut alors être exposé. Dans le cadre de notre recherche, cinq récits ont été ainsi analysés.

 

  • La quatrième phase concentrée sur les perspectives pratiques (étape 14).  Après plusieurs récits exposés et analysés, le groupe pourra se mettre d’accord  pour des perspectives et faire des propositions.  L’objectif de cette phase est l’élaboration de perspectives en lien avec la pratique et dans la logique de l’analyse en groupe. Chaque proposition doit être raisonnée, réfléchie et discutée à partir de travail effectué en groupe.

 

De manière concrète la recherche collaborative s’est réalisée sous forme d’analyse de groupe auprès d’un groupe de 6 infirmières qui ont accepté de s’engager dans ce travail collaboratif. Il s’agit d’infirmières  travaillant dans 6 spécialités médicales afin de représenter les différents services médicaux et chirurgicaux. Ces infirmières ont été choisies du fait de leur leadership, leur capacité réflexive et leur volonté de développement professionnel continu.  Sept séances de travail ont été organisées entre mars 2013 et septembre 2013. Ces séances ont suivi la méthodologie développée par Van Capenhoudt, Chaumont, Franssen, 2005. Les 5 premières séances de travail ont consisté à conceptualiser la problématique en lien avec la pratique professionnelle des infirmières dans la prise en charge de patients souffrant de constipation et les 2 dernières séances ont permis d’envisager des perspectives pratiques visant l’implantation dans la pratique infirmière d’un outil d’évaluation du risque de constipation des patients hospitalisés. L’intérêt de ces séances de travail a pris appui sur un espace réflexif  et a  permis aux infirmières d’exposer des situations concrètes. Le fait d’échanger en groupe  sur ces situations, de demander à chaque infirmière de donner son point de vue, son interprétation puis  de poser des hypothèses et a autorisé chacun à un cheminement et à une construction de sens. Le rôle du chercheur dans ce rapport au groupe a reposé sur la relation de confiance instaurée, qui laisse l’expression de chacun dans un but de travail de coconstruction collective et complémentaire.

 

 

 

  1. Evaluation avant-après intervention

 

La méthodologie de recherche collaborative avec la mise en place de l’analyse en groupe a nécessité d’évaluer de façon qualitative cette intervention avant et après sa mise sa mise en place afin de répondre aux objectifs de la recherche à savoir :

  • S’assurer du développement du raisonnement clinique de l’infirmière au travers de l’entretien d’accueil ; de l’identification par l’infirmière des patients à risque de constipation

 

L’état  des lieux initial et après intervention consiste à :

  • Observer l’activité «  entretien d’accueil des patients  » par le chercheur auprès de 5 infirmières différentes dans chacune des unités concernées. IL s’agit de mettre en évidence comment le sujet de l’élimination intestinale est abordé avec le patient lors de son entretien d’accueil, quels éléments sont recherchés par l’infirmière pour guider son raisonnement clinique. Ces entretiens après accord du patient de l’infirmière ont été enregistrés pour permettre au chercheur de rester attentif aux interactions et une grille d’observation a été utilisée par le chercheur et préalablement testée. Au total 30 observations ont été conduites avant le démarrage de la recherche collaborative et 30 nouveaux entretiens après intervention sont en cours.

 

  • La réalisation d’un audit un jour donné auprès des infirmières présentes dans chacune des unités de soins concernées afin d’identifier pour chaque patient hospitalisé ceux qui sont à risque faible, moyen ou important de constipation. Il s’agit pour le chercheur d’identifier les risques de constipation pour dix patients hospitalisés dans chacune des unités concernées à partir de données objectives tracées  dans le dossier de soin et de comparer les résultats avec ceux des infirmiers prenant en charge ces patients.

Une grille d’audit et un questionnaire  ont été préalablement construits et testés. L’audit avant intervention a été réalisé dans les 6 unités concernées et l’audit après intervention devrait être réalisé d’ici fin 2013.

 

CONCLUSION

 

L’ensemble du dispositif de la recherche est actuellement en fin de processus. La collecte des données relative à l’analyse en groupe selon (Van Campenhout, Chaumont et Franssen, 2005) est terminée et est en cours d’analyse.  Nous pourrons ainsi par la suite, proposer d’expérimenter les perspectives retenues par le groupe collaboratif, lorsque l’Echelle d’Evaluation du Risque de Constipation des Patients Hospitalisés sera finalisée d’ici 2014. En ce qui concerne l’impact d’une  telle approche collaborative sur la pratique des infirmières impactées par cette recherche, l’étape poste intervention est en cours et devrait se terminer d’ici fin 2013. Les résultats globaux pourront alors être diffusés dans la communauté scientifique.

 

Références :

 

Berger, V., Grocq, M., & Durand, L. (2010). Elimination intestinale à l’hôpital. Réflexion éthique sur sa prise en charge par les soignants. (103), 68–77.

Bourrassa, M., Philion, R., & Chevalier, J. (2006). L’analyse de construits, une co-construction de groupe., XXXV(2), 78–102.

Cayles, W. (2011). Management of Constipation in Patients Reveiving Palliative Care. Am Fam  Physician, 1(84), 1227–1228.

Desgagné, S. (1997). Le concept de recherche collaborative : l’idée de rapprochement entre chercheurs universitaires et praticiens enseignants. Revue des sciences de l’éducation, 23(2), 371-393. Récupéré sur http://id.erudit.org/iderudit.031921ar

Desgagné, S. (2001). La recherche collaborative: une nouvelle dynamique de recherche en éducation. In M. Anadon (dir). Des nouvelles dynamiques de recherche en éducation. Québec: Presses Universitaires de l’Université de Laval, 51–76.

Desgagné, S. (2005). Récits exemplaires de pratique enseignante. Analyse typologique. Presses Universitaire du Québec.

Desgagné, S., & Bednarz, N. (2005). Médiation entre recherche et pratique en éducation : faire de la recherche “avec” plutôt que “sur”les praticiens. Revue des sciences de l’éducation, 31(2), 245–258. Récupéré sur http://id.erudit.org/iderudit/012754ar

             Desgagné, S. (2007). Le défi de coproduction de « savoir » en recherche collaborative. Autour                                 d’une démarche de reconstruction et d’analyse d’écrits de pratique enseignante. In M. Anadon (dir.). La recherche participative.  Multiples regard. Presse Universitaire du Québec, 89–121

Desgagné, S., Bednarz, N., Couture, C., Poirier, L., & Lebuis, P. (2001). L’approche collaborative  de recherche en éducation : un nouveau rapport à établir entre recherche et formation. Revue des sciences de l’éducation, 27(1), 33–64.

Ducharme, D., Leblanc, R., Bourassa, M., & Chevalier, J. (2007). La recherche collaborative en milieu scolaire : un travail d’acculturation. Revue éducation et francophonie, 35(2), 217–232.

Fortin, M.-F. (2010). Fondements et étapes du processus de recherche. Québec: Chenelière Education.

Girard, F., & Cara, C. (2011). La démarche de soins infirmiers Humaniste-Caring. Faculté de Sciences infirmières de l’Université de Montréal.

Hart, S., Albiani, J., Crangle, C., Torbit, L., & Varma, G. (2012). Development and assessment of the constipation-related disability scale. Aliment Pharmacol Ther, 35, 183–192.

Heron, J., & Reason, P. (1997). A participatory inquiry paradigm. Quality Inquiry, 3(3), 274–294.

Lefrançois, R. (1997). La recherche collaborative : essai de définition. Nouvelles pratiques sociales, 10(1), 81–95.

McMillan, S. (2002). Presence and severity of constipation in hospice patients with advanced cancer. Am J Hosp Palliat Care, 19(6), 426–30.

Mercier, M. (1981). Comprendre et expliquer des conduites de jeunes adolescents marginalisés, par l’interprétation d’observations au sein d’un groupe d’analyse, dans Annet J.-M et al.,Animation en milieu populaire ? Vers une approche pluridisciplinaire de la marginalité. Fédération des maisons de jeunes en milieu populaire, 48–52.

Pastre, P. (2011). La didactique professionnelle (PUF.).

Peppas, G., Alexiou, V.G., Mourtzoukou, E. et Falagas, M.E. (2008). Epidemiloly of constipation in     Europe and Oceanic : a systematic review.  BMC Gastroenterol, 8: 5. doi: 10.1186/1471-230X-8-5. [PubMed]

Tardif, J. (1992). Pour un enseignement stratégique : l’apport de la psychologie cognitive.  Revue des sciences de l’éducation, 19(2), 421–422.

Sykes, N. (1998). Relationship between opioide use and laxative use in terminally ill cancer patients. Palliative Medicine, 12(5), 375–383.

Van Campenhoudt, L., Chaumont, J.-M., & Franssen, A. (2005). La méthode d’analyse en groupe. Paris: Dunod.

 

 



[1] PHRI : Programme de recherche Infirmière