081 - Les élèves scolarisés en CLIS 1 en situation liminale : que disent-ils de leur place dans l’école ?

Claire Saint Martin

Laboratoire EMA, Université de Cergy Pontoise, France
 

Mots clés : CLIS 1,  liminalité, identité, institution

 

Cette communication rapporte une recherche menée sur la place des élèves de CLIS 1 au sein de l’école élémentaire. Les  CLIS 1 (classes pour l’inclusion scolaire), accueillent des enfants dont la situation de handicap procède de troubles des fonctions cognitives ou mentales.

Cette classe questionne le concept de liminalité tel qu’il est défini par R. F. Murphy, un fait social définitif qui place les personnes handicapées aux marges de la société, d’où elles ne sont ni exclues ni incluses. Or, la CLIS 1 peut être considérée comme le lieu de cette situation de liminalité. L’orientation  des élèves en CLIS les inscrit dans le champ du handicap, sans que celui-ci ne soit forcément identifié par eux. Elle  accorde une place particulière à l’élève au sein du milieu scolaire. Celui qui y est accueilli n’est pas exclu de la société ordinaire. Mais il n’est pas non plus inclus entièrement dans l’école, puisqu’il est dans une classe spécialisée. Bénéficiant d’un enseignement adapté et individualisé, il participe à la vie de l’école. Suffisamment normal pour y rester et être inclus dans une classe ordinaire à certains moments, mais suffisamment différent pour être écarté de l’enseignement ordinaire. Que peuvent alors dire ces élèves de leur place au sein de l’école ?

La recherche se situe dans le cadre de l’analyse institutionnelle et de la sociologie de l’enfance, qui considère l’enfant comme un acteur social. Il s’agissait de mener une recherche participative avec  des élèves de CLIS 1, à partir d’un dispositif leur permettant de construire une réflexion collective sur leur place dans l’école. Ces temps d’échange se sont déroulés sur dix séances hebdomadaires. Parallèlement, des temps d’observations ont permis de confronter leurs représentations à la réalité observable. Ces observations ont  été restituées aux enfants, selon l’avancée de la réflexion. La recherche  a été menée simultanément dans trois CLIS de la région parisienne. Des entretiens individuels, réalisés en fin de projet, ont complété cette recherche participative.

Les résultats  analysent la véritable place de ces élèves au sein de l’institution scolaire. Ils reconnaissent leurs difficultés tout en niant être porteurs d’un handicap. La CLIS les aide à légitimer leur place du point de vue scolaire, mais les isole des autres élèves. Ainsi, les résultats questionnent la mission de socialisation de l’école élémentaire, énoncée par les directives ministérielles.

La situation de liminalité est avérée mais n’inscrit pas les élèves dans la situation figée décrite par Murphy. Elle se déploie dans un empan qui lui donne un caractère dynamique.

La mise à jour des écarts entre les différentes représentations  des élèves, leurs discours, leur réflexion et la réalité observable  questionnent les interférences entre les  différentes institutions, familiale, scolaire, médicale sociale et administrative, prenant en charge ces élèves.

 

Références bibliographiques :

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