L’actualité des travaux « Genre et éducation » à l’IUFM Midi-Pyrénées

Résumé :

L’IUFM Midi-Pyrénées abrite depuis 1999 une équipe de recherche féministe dont est issue l’équipe actuelle Genre et éducation. Cette équipe réunit, depuis sa création, des personnes aux profils et statuts très différents.

Dans une 1ère partie, nous étudierons, à travers l’historique de cette équipe, l’articulation entre le cadre institutionnel et la diversité des positions individuelles sur les trois points suivants : l’engagement militant, la volonté d’institutionnalisation, l’investissement dans la recherche et ses modalités. Nous préciserons dans quelle mesure cette articulation est explicative de l’évolution de l’équipe et de ses activités.

La seconde partie fera le point sur les travaux menés actuellement par l’équipe, et qui concernent  didactique du genre  et formation des enseignant.e.s au genre :

  • constitution, mise à disposition et analyse prospective d’une base de données des outils existants à destination des enseignant.e.s souhaitant intégrer la dimension du genre dans leur enseignement (projet démarré en 2011 dans le cadre d’un appel à projet de la Maison des Sciences de l’Homme de Toulouse) 
  • observation et analyse des pratiques enseignantes au regard de la différence des sexes, (50 h d’observations en école primaire, collège et lycée professionnel) entrant dans un processus de formation des personnels concernés, en particulier sur les enjeux de l’orientation en fin de 3è (recherche collaborative IUFM/Université Toulouse 2 et l’Inspection académique de la Haute Garonne, initiée en réponse à la demande d’une école élémentaire)
  • encadrement de mémoires et participation à l’élaboration d’une unité d’enseignement sur le genre dans le cadre du Master professionnel Métiers de l’Enseignement et de la Formation : enfance, scolarisation, éducation (IUFM/ Université Toulouse 2)

Nous traiterons, à partir de ces travaux, de l’élaboration d’une didactique du genre, transversale et contextualisable de la maternelle à l’université, en formation initiale et continue, dans le contexte de la mise en place des Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education.

Ces travaux sont différents et complémentaires. Nous terminerons en évaluant dans quelle mesure ils répondent à notre aspiration à coordonner plusieurs dimensions (pédagogie, recherche, volonté de transformation, théorie et pratique) et en les situant dans l’articulation institution /militantisme.

Mots clés : genre, éducation, formation, enseignant.e.s, engagement

Communication

L’IUFM Midi-Pyrénées abrite depuis 1999 une équipe de recherche féministe dont est issue l’équipe actuelle Genre et éducation. Cette équipe réunit, depuis sa création, des personnes aux profils et statuts très différents. Dans une 1ère partie, nous étudierons, à travers l’historique de cette équipe, l’articulation entre le cadre institutionnel et la diversité des positions individuelles sur les trois points suivants : l’engagement militant, la volonté d’institutionnalisation, l’investissement dans la recherche et ses modalités. Nous préciserons dans quelle mesure cette articulation est explicative de l’évolution de l’équipe et de ses activités. La seconde partie fera le point sur les travaux, différents et complémentaires, menés actuellement par l’équipe, et qui concernent  didactique du genre  et formation des enseignant.e.s, dans le contexte de la mise en place des Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education. Nous terminerons en évaluant dans quelle mesure ils répondent à notre aspiration à coordonner plusieurs dimensions (pédagogie, recherche, volonté de transformation, théorie et pratique) et en les situant dans l’articulation institution /militantisme.

  1. La genèse de l’introduction des inégalités entre les sexes à l’IUFM Midi-Pyrénées

C’est le 8 mars 1995, lors de manifestations organisées par des universitaires à la faculté des sciences sociales  de Toulouse, dont une table ronde sur « Femmes et Sciences », pour la journée internationale des femmes, qu’un petit nombre de participantes décidèrent de se coordonner pour introduire l’étude des inégalités sexuées dans la formation des enseignant.e.s. Elles formaient un mélange hétérogène d’enseignantes et de chercheuses, membres ou non de mouvements politiques, associatifs ou pédagogiques, mais se déclarant toutes féministes et convaincues de la nécessité de former les enseignant.e.s au genre.

Dans cette période informelle où chacune active ses réseaux, le petit groupe élabore des programmes de formation et tente d’obtenir le soutien de personnes en position de décider (Inspecteurs Pédagogiques Régionaux, responsables de formation). Un premier module sera présenté, mais, optionnel, il n’aura pas lieu faute d’inscrits. Le site d’Albi accueillera une formation pour les futurs professeur.e.s de mathématique qui durera jusqu’en 2005. Claude Zaidman donnera une conférence sur la mixité à l’école primaire, Nicole Mosconi interviendra sur l’égalité des sexes en éducation.  En réaction à la très forte résistance de l’IUFM,  la nécessité d’un ancrage institutionnel s’impose. Ce sera, grâce à la détermination d’une Professeure de l’IUFM membre du groupe,  l’équipe « Mixité scolaire et démocratie » créée en janvier 1999 et rattachée au Centre de Recherche et Formation (CeRF ), jeune équipe de l’IUFM Toulouse (EA 2182).

Le groupe informel initial est donc devenu une équipe statutaire de l’IUFM. En 2000,  le cadre institutionnel évolue grâce à la signature de la Convention interministérielle sur l’égalité entre les femmes et les hommes à l’école, aux préconisations très claires en matière de formation des enseignant.e.s.  Pendant cette période, l’équipe met en place à Toulouse des conférences ouvertes à tous les personnels éducatifs, élabore des programmes de formation, initiale et continue, organise et assure des sessions. Côté recherche et réseau, elle élabore une grille d’observation de classe, produit du matériel pédagogique pour ses formations, participe à différents colloques et journées d’étude dont le 3è colloque international de la Recherche féministe francophone de Toulouse en 2002  « Ruptures, Résistances, Utopies » (communications et organisation de l’atelier Egalité en éducation-formation). Côté fonctionnement, des moyens sont obtenus : Fonds Social Européen, ½ poste d’Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche, poste fléché Maître de Conférence.

Mais l’énergie déployée pour que l’équipe soit reconnue dans l’IUFM, pour obtenir des moyens matériels et humains, pour que les formations préconisées par la convention aient lieu et que les propositions de l’équipe ne soient pas rejetées ou ignorées, est considérable. Les démarches pour mettre en place différents réseaux (inter-IUFM, lien avec les établissements d’enseignements supérieurs toulousains ayant l’égalité entre les  sexes dans leur projet quadriennal, etc.) sont chronophages. Si l’adossement de l’équipe à un centre de recherche a fait venir ingénieur de recherche, MCF et doctorant.e.s, des pédagogues plus désireuses d’actions sur le terrain, ainsi que des militantes plus radicales désireuses de changements plus rapides se sont lassées. La composition de l’équipe a donc évolué, devenant mixte au passage.

En 2003, le CeRF perd sa qualification. Le GRIDIFFE,  autre structure de recherche de l’IUFM, refuse d’intégrer l’équipe car non disciplinaire. La responsable de l’équipe démissionne de sa charge qu’elle juge beaucoup trop lourde mais la MCF recrutée ne souhaite pas prendre la relève, ni celle qui avait rejoint l’équipe. Une période de flou institutionnel s’instaure, qui voit partir des universitaires et arriver du personnel IUFM. Les formations continuent, en lien avec la Mission égalité du rectorat de Toulouse ainsi que des participations à des actions de sensibilisation « Filles et métiers scientifiques ».

En 2005, une solution est trouvée et « Mixité Scolaire et Démocratie » devient « Genre et éducation », équipe interne de  l’IUFM dans le Plan Pluri Formation  ARPEGE dépendant de l’Université Toulouse2 (UT2). Deux membres de l’équipe deviennent chargées de mission à l’égalité : l’une à l’académie en 2005 et l’autre à l’IUFM en 2006, tandis que la convention interministérielle pour l’égalité est renouvelée avec une déclinaison régionale. Le cadre institutionnel s’est donc étoffé.  L’équipe assure des sessions de formation continue dans les collèges et lycées, intervient auprès de professeur.e.s de mathématique lors de regroupements, rédige des articles dans des revues, mène des recherches sur l’orientation en 1èS, la littérature de jeunesse, intervient dans des colloques (Istanbul 2008, Bordeaux, 2009, Lyon, 2010, Brest 2010, Périgueux 2011, Lausanne 2012, Toulouse 2012 ) et organise un colloque en 2010 « La formation des enseignant.e.s à l’égalité filles/garçons : l’avenir ». Les travaux menés depuis font l’objet des parties suivantes.

Les membres de cette équipe ont, presque toutes et dans la durée, une activité professionnelle à temps plein. Mais, professeures des écoles, de mathématique ou de biologie, l’essentiel de leur participation à l’équipe se fait en dehors de leur activité professionnelle, y compris pour les chercheuses (une seule MCF en sciences de l’éducation pendant quelques années), et y compris pour le personnel IUFM.  D’où une certaine lenteur dans la réalisation des travaux. Autodidactes en genre, certaines ont entrepris des études dans ce domaine : master, thèse. Il s’agit là d’un investissement important en temps et en énergie, pas toujours reconnu par l’institution (certaines formations n’ont pas été rémunérées par exemple).

Toutes enseignantes, à part le bref passage à Mixité Scolaire et Démocratie d’ingénieur de recherche et de doctorantes, la diversité des cursus est sans doute à l’origine de notre volonté d’enraciner le genre au cœur des disciplines, et des pratiques, quelle que soit la discipline et le niveau d’enseignement.

Que dire de cette rétrospective ?

Malgré des conditions défavorables : très forte résistance de l’IUFM, statuts plus ou moins confortables, peu de moyens, cette équipe s’est maintenue depuis près de 20 ans. Composée dès l’origine de personnalités de statuts, origines, formations et engagements disparates, membres de l’IUFM ou non (à égalité), universitaires et professeur.e.s des écoles, matheuses et littéraires, quel a été le fil conducteur ? La conviction que les inégalités sexuées sont socialement construites, que l’école y joue un rôle et qu’il est donc nécessaire de former les enseignant.e.s. C’est une position politique qui manifeste une volonté de transformation du monde.  Sans qu’il y ait consensus sur les voies et l’ampleur de cette transformation, les membres de l’équipe ont tous et toutes partagé cette conviction à un moment donné.  Beaucoup d’énergie a été déployée, beaucoup de temps a été passé, pour une place accordée au genre qui reste minime et sans cesse menacée. C’est cette conviction, portée plus ou moins vigoureusement selon les personnes et les moments, qui a soutenu cette revendication au fil des années. Ce souci de transformation a orienté l’activité de l’équipe : comment réaliser une formation qui aboutisse à une pratique réellement  égalitaire ? Cette interrogation permanente et fondamentale est une constante dans le travail de l’équipe.

Le cadre institutionnel s’est enrichi de textes, mais l’application de ceux-ci reste un combat de tous les jours. Comme le souligne le rapport de l’Inspection Générale de l’Education Nationale L’égalité entre filles et garçons dans les écoles et les établissements (2013) : «  En dépit des volontés affichées, l’école ne s’est sans doute pas donné les moyens d’une application continue et systématique, d’une politique par ailleurs clairement définie et disposant de nombreux outils. »

L’intégration des IUFM dans les universités et la réforme de la mastérisation ont introduit beaucoup d’incertitudes et d’interrogations quant aux cursus de formation, leurs contenus,  leurs durées et qui les assure. Le rôle de l’équipe est alors de rester vigilant  quant à la part de la formation dévolue aux inégalités sexuées et de faire des propositions.

 

  1. L’actualité des travaux :

2.1 Une recherche collaborative IUFM et Inspection Académique de Haute-Garonne : observations de classes

Cette recherche-action a été mise en place à partir de la sollicitation d’une Conseillère Pédagogique, membre de l’équipe, par une directrice d’école inquiète de voir les violences sexistes augmenter dans son établissement situé en zone sensible. Centrée d’abord sur cette école primaire, nous l’avons élargie aux classes de  préélémentaire, collège et lycée professionnel (actuellement en cours).

Depuis les années soixante, de nombreux travaux ont montré que le sexe marque le parcours des élèves alors que l’institution scolaire se veut neutre. L’objectif initial de notre travail était de savoir si, en 2013, les élèves d’une école élémentaire ciblée recevaient encore des injonctions à se comporter différemment selon leur sexe d’appartenance de la part de  leurs pairs, de leurs professeur.e.s, de l’organisation spatiale de l’école et des animateurs et animatrices du CLAE. Les enseignant.e.s de l’école, sensibilisé.e.s à la question de l’égalité filles/garçons avaient pour objectif de déceler dans leur propre pratique les attentes et actions différenciées qu’ils et elles véhiculaient, afin d’y remédier.

478 élèves (47% de filles) ont été observés dont 208 en primaire, lors de 33 séances (18 en primaire : 10 en classes, 1 en natation, 7 en Centre de Loisirs et récréation). Une douzaine d’entretiens complémentaires d’environ 20 minutes ont été effectués.

Les résultats font apparaître à la fois des constantes et des évolutions.

Globalement, les professeur.e.s interagissent plus avec les garçons : 57% des interactions en primaire concernent les garçons, de 52 à 58 % en collège. On est loin  des 70% décrites il y a vingt ans par Nicole Mosconi (1998) ou Marie Duru Bellat () et pour une enseignante de collège, c’est 58% d’interactions avec les filles. Les élèves désignés par leur nom (ou prénom) sont plus souvent des garçons : 58% des élèves nommés sont des garçons en primaire, 56% en collège. Les garçons réclament aussi plus souvent, en primaire, mais pas au collège, un contact privé afin de les aider dans la réalisation d’un exercice. (54% des apartés concernent les garçons et 46% des filles).

Les garçons dominent l’espace sonore notamment à travers la fréquence de leurs interventions spontanées et du nombre de rappels disciplinaires émanant des enseignant.e.s. En raccourci : les garçons prennent la parole, les filles la demandent : 75% des interventions spontanées émanent des garçons en primaire, 52% à 67% au collège.  Les enseignant.e.s répondent plus souvent ou plus longuement aux garçons : 59% des interactions prolongées au primaire le sont avec des garçons.

Les garçons reçoivent un plus grand nombre de réprimandes (65% de celles-ci contre 35% pour les filles en primaire, 57% contre 43% en collège). Nos observations confirment les travaux de Sylvie Ayral (2011). Pourtant, lorsqu’on interroge les enseignant.e.s sur le sujet, ils et elles estiment être totalement neutre dans l’attribution des punitions. Quand on les interpelle avec des chiffres issus des observations effectuées dans leurs propres classes, ils et elles reconnaissent avoir parmi leurs élèves une minorité de garçons indisciplinés qui monopolisent leur attention : « J’ai tendance à punir plus de garçons car j’en ai 2-3 qui bougent beaucoup. D’ailleurs, quand je fais le bilan des demandes d’équipes éducatives pour des problèmes de comportement, il y a que des garçons. » (Source : extrait d’entretien d’un enseignant). Ils et elles concèdent également une plus grande indulgence envers les filles. « Je pense être plus tolérant avec les filles car elles me cassent moins souvent les pieds contrairement aux garçons qui sont plus bruyants, qui bavardent trop. Pour eux, la sanction vient plus facilement. » (Source : extrait d’entretien d’un enseignant). Ou encore : « Je punis plus les garçons car ils ne veulent pas se mettre au travail. » (Source : extrait d’entretien d’une enseignante)

Les garçons occupent majoritairement l’espace et particulièrement le centre de la cour. Ils explorent davantage l’espace en courant et en criant tandis que les filles jouent plus calmement sur les marges et recoins de la cour. Les jeux sont rarement mixtes. Quand ils le sont, comme « trappe-trappe » ou « la police contre les voleurs », les règles et les rôles sont très sexués et ils opposent très souvent les filles aux garçons. Nous avons observé des violences intra et inter-sexe quand des filles s’engagent sur le territoire des garçons ou inversement, démarches vécues alors comme intrusives (filles sur terrain de foot ou garçons  dans une partie d’élastique). La cour de récréation reste donc un lieu incontournable de formation des identités de genre, où 80% de l’espace est généralement réservé aux garçons.  Nos observations confirment de nombreux travaux, dont l’enquête de Sophie Ruel (2006).

Nous avons cependant été témoin d’une scène atypique lors d’une récréation à horaire décalé d’une classe de CM1. Plusieurs jeux s’organisent dont une partie de foot au centre de la cour qui oppose une équipe de six garçons à une équipe composée de trois filles et trois garçons. Il y a du jeu et les filles ne sont pas uniquement en position de défense. Interrogé.e.s, les élèves concerné.e.s, ont expliqué qu’à la maternelle une «  dame venait les faire jouer au foot ensemble ». Renseignements pris, une association présidée par une internationale de football était bien intervenue dans l’école de ces élèves. Il aura fallu une situation exceptionnelle (décalage du temps de récréation pour une classe de dix-huit élèves) pour réactiver des savoirs acquis à la maternelle et jouer ensemble.

Dans la majorité des séquences de classes primaire observées, l’enseignant.e place les élèves en alternant filles et garçons. Lorsque les enseignant.e.s  n’interviennent pas, la mixité n’est plus au rendez-vous. Lorsque les élèves se mettent en rang, un phénomène constant se manifeste. Les garçons ouvrent et ferment la marche en encerclant ainsi un groupe de filles même si l’on observe de temps à autres des élèves isolés. D’une manière générale, les enseignant.e.s  revendiquent la mixité dans l’ensemble des activités de la classe. Mais cette démarche ne signifie pas la mise en place d’une plus grande égalité entre les sexes. Elle est bien souvent utilisée comme stratégie d’organisation de la classe pour optimiser le climat et la discipline, « calmer les garçons », « atténuer les bavardages » et « réduire les comportements dérangeants »

Concernant les albums de jeunesse, des listes d’ouvrages égalitaires sont présentes dans l’établissement (Lab-elle, liste d'Adéquations) mais peu d’enseignant.e.s les utilisent. L’école s’est inscrite au « Prix des incorruptibles »5. Or dans les ouvrages sélectionnés pour l’édition 2012-2013, 72% des protagonistes sont de sexe masculin,  qui sont forts et courageux comme « les poulets guerriers » tandis que les personnages féminins sont fragiles, bavards et jolis à l’instar de « la belle miss Carter » ou encore de la « limace top model » qui est « bavarde comme une pie ».  « Après réflexion », les enseignant.e.s reconnaissent une persistance de stéréotypes de sexe dans ces ouvrages.

Concernant les exercices proposés, une enseignante nous dit : « On m’a déjà fait remarquer que j’utilisais majoritairement des prénoms masculins dans mes exercices de cours. » (Source : extrait d’entretien d’un enseignant). Un autre exercice met en scène «  les jolies filles » et le « grand ogre blond » confirmant ainsi de nombreux travaux sur les manuels scolaires.

L’expression artistique est également l’occasion d’observer des différences significatives entre les filles et les garçons tant dans leurs productions que dans les attentes des enseignant.e.s. « les filles sont plus appliquées tandis que les garçons sont plus brouillons et simplistes. » (Source : extrait d’entretien d’un enseignant).

La restitution auprès des enseignants.e.s leur a permis de prendre conscience de leurs attitudes « Ah, oui ! Maintenant que j’y pense. C’est vrai ! » (Source : extrait d’entretien d’un enseignant), de réfléchir à la mise en œuvre de pratiques pédagogiques visant à une égalité entre les filles et les garçons dans l’organisation de la classe et de repérer et d’analyser des situations scolaires productrices d’inégalités sexuées.

Pour arriver à ce résultat, il aura fallu mobiliser au primaire une sociologue et une conseillère pédagogique pendant une quinzaine de jours. Cela montre la nécessité d’une formation obligatoire au niveau de la formation initiale des enseignant.e.s.

 

2.2. Recensement et analyse prospective des outils pédagogiques existant sur le genre

De plus en plus de sites internet proposent des fiches d’activités, des documents, des films pour travailler sur l’égalité entre les  sexes. Nous pensons également qu’un certain nombre d’enseignant.e.s sont prêt.e.s à faire quelque chose dans leur classe pour l’égalité fille/garçon mais ne savent pas trop comment faire.  Nous avons donc démarré un travail en réponse à un appel d’offres de la Maison ders Sciences de l’Homme de Toulouse : il s’agit de faire un recensement organisé des outils existants, de présenter le résultat de façon lisible et facilement accessible et de le mettre à disposition de tous les personnels éducatifs. Il s’agit aussi d’en faire une analyse prospective pour repérer les tendances, les manques, et contribuer ainsi à l’élaboration d’une didactique du genre.

Nous avons commencé à explorer la toile et défini un certain nombre de caractéristiques et de critères de tri. Mais très vite, nous avons dû trouver un support informatique adapté. Et là, ce fût difficile et laborieux. Entre exploration des possibles, intégration de l’IUFM  dans une université n’ayant pas les mêmes fonctionnalités, et autorisations nécessaires, près de 2 ans  se sont écoulés. Nous avons finalement opté pour un blog hébergé par UT2, et le logiciel gratuit symbaloo. Le contenu actuel, qui n’est qu’un brouillon rudimentaire de notre projet, propose des liens vers des outils directement utilisables, des textes de référence, des articles, des statistiques, des interviews, des vidéos, des sites généralistes ressources… Ce recensement est à compléter, affiner et analyser. Un gros travail est à faire sur le graphisme et la fonctionnalité du blog. Nous souhaitons à terme une partie interactive avec commentaires, suggestions et propositions, pour l’actualiser et l’enrichir.

 

  1. Encadrement de mémoires et Unité d’Enseignement (UE) Genre

Dans le cadre de la mastérisation, l’équipe Genre et Education a élaboré une UE optionnelle sur le genre (24h), mise en place en 2010-11 (25 inscrits, Professeurs des Ecoles/Conseillers Principaux d’Education en Master1). Le contenu était pour moitié universitaire (histoire de l’éducation, socialisation différentielle …) et pour moitié axé sur des activités en classe, l’évaluation étant un compte-rendu d’observations de classe, avec grille élaborée dans l’équipe. Le bilan a été très positif. Certain.e.s participant.e.s ont poursuivi de vrais projets avec l’enseignant.e observé.e, d’autres ont choisi d’approfondir via un mémoire. Ces 2 options sont  d’ailleurs à la base des mémoires réalisés par des Professeurs des Ecoles encadrés par l’équipe Genre et Education. Notre équipe va également assurer cette année les enseignements obligatoires de toutes les filières. C’était une demande de la MCF qui s’en occupait et qui s’est battue pour l’obtenir.

Conclusion

Les travaux actuels montrent le lien permanent entre pratiques en classe, formation des enseignant.e.s et recherche. Les observations menées montrent à la fois une évolution et une permanence de pratiques inégalitaires. Elles prouvent également l’efficacité de certaines démarches : des filles initiées au foot en maternelle (pratique intégrant la mixité) iront plus facilement jouer avec les garçons au primaire ; des enseignantes observées modifient leur attitude après analyse de l’observation réalisée. Une modification des pratiques vers plus d’égalité est donc possible. Il y faut du temps, des moyens, et une formation adaptée. La multiplicité des ressources pédagogiques et leur accessibilité constitue un support et une aide à explorer et utiliser. L’histoire de l’introduction de la problématique du genre à l’IUFM de Toulouse a montré l’importance du volontarisme face aux résistances de l’institution. Les transformations actuelles, mastérisation et création des Etablissements Supérieurs du Professorat et de l’éducation (ESPé), permettront-elles de réaliser les objectifs de la nouvelle convention interministérielle pour l’égalité entre les femmes et les hommes, signée en 2013 ? L’heure est à l’incertitude et à la bagarre pour conserver un volume suffisant  d’enseignements sur le genre et en préserver la qualité. Beaucoup de textes demandent des formations aux langues, au développement durable, à l’éducation à la santé etc. Les personnels, inquiets pour leur service, ont tendance à « tirer la couverture à eux ». Certain.e.s, qui déclaraient hier que l’école ne fait aucune différence entre les filles et les garçons, veulent s’octroyer des heures de formation sur le genre. La volonté politique existe au plus haut niveau. Parviendra-t-elle à vaincre les résistances encore nombreuses aujourd’hui ?  La conviction que l’école contribue aux inégalités sexuées est loin d’être acquise dans l’Education nationale. Or c’est elle qui permet d’élaborer des projets éducatifs réellement égalitaires.  C’est la volonté de vaincre ou d’exister malgré les résistances qui a soutenu « Mixité Scolaire et Démocratie » et « Genre et Education ».  Il est à noter que les membres de l’équipe qui étaient présentes dès 1995 ne sont pas de l’IUFM. Ne participant pas aux réunions et instances où se décident les formations,  ne vivant pas de l’intérieur les multiples tensions propres à l’établissement, elles ont maintenu le cap sans trop se laisser décourager par les refus et atermoiements divers. Ces équipes ont défendu avec force la nécessité de sensibiliser et former les enseignants à cette question. Ce volontarisme reste encore, à l’heure des Etablissements Supérieurs du Professorat et de l’éducation, d’actualité.

Bibliographie

Ayral, S. (2011) La fabrique des garçons. Sanctions et genre au collège. Paris : PUF.

Duru-Bellat, M. (1990) L'école des filles : quelle formation pour quels rôles sociaux ? Paris : L’Harmattan

Inspection Générale de l’Education Nationale (2013) L’égalité entre filles et garçons dans les écoles et les établissements (Rapport  n° 2013-041)

Mosconi, N. (1998) Egalité des  sexes en éducation formation. Paris : PUF

Ruel, S. (2006) À l'heure de la récréation, filles et garçons : bandes à part ? La cour de récréation, lieu de décryptage du mode de construction sexuée des enfants. Cahiers de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines (MRSH), Numéro spécial Jeunes chercheurs en Sciences Humaines et Sociales, pp. 233-246.

Zaidman, C. (1996) La mixité à l’école primaire. Paris : L’Harmattan