Intervenir sur les stratégies d’écriture pour amener des élèves franco-canadiens à produire un récit imaginaire cohérent

Martine CAVANAGH* et Sylvie BLAIN**

MOTS CLÉS

Enseignement de l’écriture, séquence didactique, types de texte, texte narratif, processus et stratégies d’écriture, cohérence textuelle

RÉSUMÉ : 

Selon le programme d’études pour l’enseignement du français écrit, les élèves franco-canadiens scolarisés dans les provinces hors Québec doivent apprendre à rédiger divers types de texte en s’appuyant sur des stratégies efficaces (Alberta Learning, 1998; Ministère de l’éducation du Nouveau-Brunswick, 2006). Au primaire, l’apprentissage du texte narratif est un objectif prioritaire. Or, malgré cet affichage officiel, les élèves éprouvent de grandes difficultés à composer des récits cohérents (CMEC, 2004; Auteur, 2001; Auteur, 2007a). Deux raisons principales expliquent ces faiblesses. D’une part, les enseignants privilégient la grammaire de la phrase au détriment de la grammaire du texte (Carter et Thomas, 2000). D’autre part, leur pédagogie est davantage orientée vers le produit final plutôt que vers la démarche intellectuelle qui sous-tend la production d’un texte de qualité (Cormier 2005).Face à ce constat, nous avons entrepris d’étudier, dans le cadre d’une recherche longitudinale étalée sur deux ans, l’effet de deux séquences didactiques portant sur le texte narratif et s’appuyant sur des principes qui s’inscrivent dans les paradigmes cognitiviste et socio-constructiviste de l’apprentissage de l’écriture (Tauveron, 1995; Auteur, 2010). Conformément à ces principes, la première séquence, expérimentée lors de la première année de la recherche auprès d’élèves de la 4e année[1] du primaire, vise l’apprentissage de stratégies d’écriture lors de la production d’un récit imaginaire (Auteur, 2007b). La deuxième séquence, mise en œuvre l’année suivante auprès des mêmes élèves, aborde les stratégies d’écriture dans le cadre de la rédaction d’un récit réaliste.

Plus spécifiquement, à l’aide d’une méthodologie mixte qui emprunte des types d’analyse aux méthodes quantitative et qualitative (Johnson et Turner, 2003), nous cherchons à vérifier l’effet des deux séquences sur la cohérence textuelle (volet quantitatif) et sur la façon dont des élèves de niveaux d’habileté variés en écriture s’approprient les stratégies enseignées (volet qualitatif). Étant donné que nous souhaitons également déterminer l’effet du contexte linguistique sur la performance des élèves, l’échantillon retenu est composé de 200 élèves francophones répartis dans deux provinces canadiennes différentes : l’Alberta, une province anglophone unilingue, et le Nouveau-Brunswick, une province officiellement bilingue.  Lors de cette communication, nous présenterons les résultats en lien avec le volet quantitatif de la recherche en ciblant plus particulièrement ceux qui ont été obtenus lors de la première année de la recherche par les élèves de la 4e année provenant de l’Alberta. Trois dimensions de la cohérence textuelle seront examinées : la cohérence macrostructurelle qui renvoie à l’organisation d’ensemble du texte, la cohérence microstructurelle qui réfère à l’enchaînement des phrases et la cohérence situationnelle qui est liée à la pertinence des idées du point de vue de la situation d’écriture.

 

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUE

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[1] Les élèves de la 4e année du primaire sont âgés de 10 à 11 ans.

 

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