Du voyage au voyage intérieur : le rôle de l'écrit dans la construction identitaire de l'étudiant ingénieur

  

 

Sophie BOSSARD

Université Paris 8, laboratoire Experice, Paris

Mots-clefs : autoformation, atelier d’écriture, exercice spirituel, identité narrative, voyage

Résumé : L’étude s’intéresse à l’articulation entre voyage et autoformation au sein d’un dispositif existant à l'ICAM, Institut Catholique des Arts et Métiers, école d’ingénieurs. Il s’agit d’un projet personnel de voyage, nommé Experiment, d’une durée de 4 mois, positionné en fin de 3ème année du cycle ingénieur, obligatoire pour l’obtention du diplôme, mais dont les modalités sont relativement libres (projet de défi sportif, d’acculturation, d’aide humanitaire, etc) avec la condition importante de le vivre, en majeure partie, seul. Par une approche sociologique, dans le cadre d’une thèse en sciences de l’éducation, nous émettons l'hypothèse que ce voyage joue un rôle dans la construction identitaire de l’étudiant, prioritairement lorsque l'étudiant "le raconte et se raconte". Il s’agit donc particulièrement d’envisager l’avènement de la réflexivité de l’étudiant lors du passage à l’écriture au moment de la réalisation de son projet, que ce soit sous forme de journal intime ou de blog extime. Le cadre théorique de notre analyse est au croisement de la pédagogie ignatienne, au coeur de la pratique de l'ICAM,  par la tradition de la mise en expérience et de la relecture proposée par Ignace de Loyola, mais aussi des recherches actuelles sur l’autoformation au sens où l'autonomie du sujet y est centrale, avec toute la part d'informel éducatif qui trouve sa place dans ce projet ; au croisement enfin de l'herméneutique de Ricoeur, avec l'ancrage fécond du concept d'identité narrative. Pour questionner la construction de cette identité narrative, dans une perspective méthodologique, nous avons proposé la mise en place d’un atelier d’écriture en amont, pour préparer le projet, mais aussi en aval, pour en permettre la relecture. Ce dispositif de formation narrative n'a d'autre visée que de faire entrer les étudiants dans l'expérience de l'écriture en limitant les mécanismes individuels d'auto-censure, grâce aux effets positifs du groupe. Il s'agit aussi de créer une dynamique susceptible d’être prolongée au cours de leur voyage, dans l'acte du journal de bord, par exemple. L’atelier génère également un dialogue qui dépasse la dimension factuelle pour engager le sujet dans une dialectique entre voyage intérieur et voyage extérieur, dans le fait de "pouvoir raconter et se raconter" (Ricoeur), notamment à partir d'évènements marquants dans le parcours identitaire, dont ce voyage peut faire partie. L'atelier vient donc mettre en exergue les conditions de réussite du projet en termes de construction identitaire.

 

Du voyage au voyage intérieur : le rôle de l'écrit dans la construction identitaire de l'étudiant ingénieur

Si l’on prend appui sur la définition de l’autoformation comme «  pratique sociale dans laquelle s’exerce un degré de maîtrise dans et sur son propre apprentissage et sa formation » (CARRE, MOISAN et POISSON, 2010, p.19), laissant supposer liberté et responsabilité de l’apprenant, le voyage peut se révéler cet espace propice à l’agentivité c'est-à-dire au développement de la puissance d’agir du sujet. Notre étude s’intéresse paradoxalement à l’autoformation dans un contexte éducatif institutionnel puisqu’il s’agit d’un dispositif formalisé dans le cadre des études d’ingénieur au sein de l’Institut Catholique des Arts et Métiers[1]. Toutefois nous avons montré (BOSSARD, 2012) la complémentarité des deux modes d’éducation formelle et informelle qui se côtoient dans un même espace donné.  En effet, si le dispositif, nommé Experiment, est bien sous la houlette de l’institution, car inscrit et évalué dans le programme de l’école, positionné en fin de troisième année du cycle ingénieur, son balisage reste néanmoins limité, laissant place à la créativité de l’étudiant pour mener à bien son projet. Il s’agit donc d’un projet personnel de voyage d’une durée de quatre mois qui n’a d’autre vocation que de promouvoir cette autoformation, renforcée par le fait qu’une condition importante soit respectée, à savoir vivre, en majeure partie, seul cette expérience. Carré et al. (2010) distinguent différentes natures d’autoformation : épistémique, expérientielle et existentielle. Lors des projets réalisés, qui peuvent être d’ordre sportif, humanitaire ou encore culturel, selon les choix des étudiants, ce sont principalement des moments de nature expérientielle qui sont vécus en tant qu’ils « s’incorporent comme une intelligence pratique (métis) qui se révèle dans les moments opportuns (kaïros) » (2010, p.306) ; plus rarement des moments de nature existentielle lors de situations limites comme celle de la maladie et de l’extrême solitude.

Nous faisons l’hypothèse que l’autoformation trouve sa pleine expansion dans la construction identitaire du sujet et qu’elle passe par la mise en récit de l’expérience, permettant d’atteindre un niveau de réflexivité et d’appropriation du vécu, au-delà de la spontanéité de l’action opportune.

C’est pourquoi, dans un premier temps théorique, nous croiserons les approches d’Ignace de Loyola, fondateur de l’ordre des jésuites auquel l’ICAM est rattaché, et de Ricoeur, dont l’herméneutique éclaire de façon contemporaine les concepts de la pédagogie ignatienne, afin de dégager des possibilités d’autoformation expérientielle. Nous montrerons dans un second temps, d’ordre méthodologique, l’application de ce cadre théorique dans le contexte particulier de la mise en place de l’atelier d’écriture. Nous conclurons, enfin, sur la construction identitaire du sujet à travers cette double expérience de voyage intérieur et de voyage réel.  

 

I D’Ignace de Loyola à Ricoeur, ou la quête d’être soi, en vérité

Expérience, relecture et discernement chez Ignace de Loyola…

Même si le terme d’autoformation n’est bien sûr pas envisagé par Ignace de Loyola[2], tout, dans son parcours de vie et dans ses écrits, rend compte du primat qu’il accorde à l’expérience personnelle.

L’expérience est considérée par Ignace comme l’origine de la connaissance et l’enracinement de l’existence. Loin du débat empiriste versus rationaliste des siècles qui suivront, Ignace propose une vision holiste de l’homme, où l’expérience corporelle est prépondérante. Il s’agit d’abord de « sentir et goûter », la connaissance se déployant comme une intériorisation intellectuelle de ce vécu physique, un « sentir et goûter intérieurement » (DE LOYOLA, 1548). Il y a donc une invitation constante à « faire l’expérience », par exemple du pèlerinage ou du jeun, afin d’ « avoir de l’expérience » au sens où celle-ci a été relue et analysée, ce qui permet d’être un « homme d’expérience » c'est-à-dire un homme dont l’expérience, cette somme d’actions analysées, forge l’identité. Ainsi l’action prime-t-elle, mais il reste vital pour Ignace de garder un temps d’analyse et de relecture pour être sûr de son sens. D’où une forme d’attention à soi-même qu’il propose de travailler par le biais d’exercices spirituels développant vigilance et liberté intérieure, par la prise de recul sur ses propres habitus ou sur les normes sociales qui pèsent sur nous. Les exercices sont une répétition de l’expérience, soulignant à la fois une forme d’entrainement mais aussi une montée en puissance dans l’acuité du sujet pour les vivre pleinement.

Toutefois, cette présence à soi-même que constitue la relecture n’est pas de l’ordre de la maitrise ou du contrôle, encore moins de celui du jugement moral. Il s’agit plutôt d’une phase d’incorporation de ce qui a été vécu, pour en permettre la « décantation ». La relecture est un exercice quotidien qui se décline en trois questions : « Qu’est-ce que j’ai fait ? Qu’est-ce que ça m’a fait ? Qu’est-ce que j’en fais ? », en partant du constat objectif des actions effectuées pour relever ensuite subjectivement l’éprouvé des situations et enfin se projeter vers les actions à venir. Ainsi, la relecture de l’expérience permet d’en discerner les échos émotionnels et affectifs et d’en tirer avantage pour le futur : le sujet qui la pratique peut reconnaître ses penchants, désirs et attachements c'est-à-dire être à l’écoute du ressenti, de l’éprouvé de l’expérience. Suis-je dans un état de consolation ou dans un état de désolation lorsque j’agis de telle façon ou lorsque je pense à tels sujets ? La relecture peut alors conduire au discernement en vue de clarifier des projets plus importants ainsi que les moyens et les conséquences qui y seront associés. Ce dernier présuppose qu’il existe un réel choix entre des actions possibles et que l’analyse de cette diversité peut permettre de décider en conscience dans le champ de tensions qui nous traversent. Ignace donne donc des règles « pour sentir et reconnaître en quelque manière les diverses motions qui se produisent dans l’âme, les bonnes pour les recevoir, les mauvaises pour les rejeter » (DE LOYOLA, 1548). Nous retrouvons ici l’expérience ignatienne de la longue convalescence à Loyola qui le conduira à sa conversion, suite à sa blessure lors de la bataille de Pampelune, avec les tensions qu’il éprouve entre deux types de pensées, celles orientées vers les femmes et la vie mondaine, qui lui plaisent mais ne durent pas et le laissent finalement triste et désoeuvré, face à celles orientées vers Dieu qui le conduisent à « une augmentation d’espérance, de foi et de charité », définition même de la consolation. Il faut donc, selon Ignace, repérer les forces qui nous élèvent et sont sources d’allégresse et de paix intérieure et celles qui nous diminuent car « l’âme s’y trouve paresseuse, tiède, triste ». L’identification de ces tensions peut nous permettre de faire les bons choix, de ne pas céder à la désolation qui pourraient nous conduire à faire des choix que nous pourrions regretter par la suite.

Ainsi, l’anthropologie ignatienne repose sur cette reconnaissance de l’homme capable. Capable d’agir, capable de relire ses actions, capable de discerner ses projets, pour lui et avec les autres. Dans une version plus contemporaine, nous dirions : capable de s’auto-former. Loin d’un optimisme béat, Ignace connait, parce qu’il les a lui-même expérimentées, les tensions qui habitent l’homme, mais il lui accorde une confiance indéfectible dans ses capacités de dépassement et d’engagement. Pour ce faire, le regard bienveillant d’autrui c'est-à-dire son écoute et son non jugement sont nécessaires. L’autoformation ne relève pas d’une sphère d’où autrui serait exclu. Les conditions de la confiance doivent donc être réunies, à savoir la vérité, la sécurité, le respect mutuel, afin de pouvoir faire alliance et permettre de se réengager vers l’action, qui implique toujours une certaine prise de risques et de responsabilité.

…ont pour finalité le magis

Ce mouvement dialectique entre l’expérience c'est-à-dire l’action telle qu’elle est en train de se vivre et la relecture a posteriori de celle-ci conduit le sujet à tirer profit de tout ce qu’il  vit : il tire profit de l’action en la relisant, de la relecture en discernant ce qui lui fait du bien, de la relation aux autres pour l’aider dans son discernement et du discernement pour mieux retourner à l’action en choisissant les bons engagements. Ce cercle vertueux du profit personnel est celui du magis, c'est-à-dire du « davantage », à savoir la croissance en humanité, qui est la finalité de l’homme selon Ignace. On perçoit bien la dimension holistique de son anthropologie car la croissance intellectuelle ne se fait pas au détriment de la croissance affective ou encore spirituelle. C’est l’ensemble des dimensions constitutives de l’homme qu’il s’agit de faire croître, chaque dimension se nourrissant des autres et venant à son tour les redéployer. Cette croissance, in fine, est celle de la liberté de l’homme. Ainsi, le « davantage » n’est autre qu’un appel récurrent d’Ignace à tirer profit de nos expériences pour grandir et atteindre l’excellence, non dans une perspective élitiste d’être le meilleur, mais dans une perspective de progression constante, d’invitation à tirer le meilleur de soi : l’enjeu est « la croissance de l’homme intégralement, son développement personnel et son engagement dans un monde et une société qu’on n’aura jamais fini de tendre à humaniser, où on n’aura jamais fini de devenir soi-même plus homme.» (THOMAS, 1984, p.14)

Le magis ignatien, dans une approche plus contemporaine, peut être entendu comme une conquête qui n’a de cesse d’être renouvelée de son identité de sujet. La perspective de Ricoeur peut nous aider à mieux comprendre l’enjeu identitaire qui n’est pas directement abordé par Ignace de Loyola, plus orienté par la perspective chrétienne de participer « ad majorem dei gloriam »,  à la plus grande gloire de Dieu, devise des jésuites. 

 

Ipséité, mise en intrigue et identité narrative chez Ricoeur…

Ainsi, avec un regard plus contemporain et laïcisé, on peut établir un parallèle entre autoformation et ipséité. Ricoeur (1990) distingue deux sortes d’identité : l’identité-idem, du Même, ou mêmeté - qui renvoie à l’identité stable du sujet, socle de connaissances pour lui et pour les autres qui peuvent le reconnaître et l’identité-ipse, du soi, ou ipséité. Cette dernière désigne le sujet dans son identité dynamique, qui se transforme sans cesse au gré des évènements de son existence, des obstacles qu’il rencontre, des relations qu’il noue avec les autres. L’accent est mis ici sur la mobilité du sujet qui se construit, se transforme, et surtout s’engage dans le monde, en est pleinement acteur tout en restant conscient des changements qui peuvent advenir. L’ipséité désigne donc à la fois le dynamisme lui-même tel qu’il se déroule dans le cours d’action, et la conscience d’être toujours soi dans ce procès donc de pouvoir interférer sur le cours du temps, par l’action ou la promesse d’action. Parce qu’il y a ipséité, le sujet accumule de l’expérience, évolue et de ce fait peut s’auto-former. Nous pouvons donc dire que l’auto-formation n’est rendue possible que parce qu’il y a cette conception dynamique de l’identité comme ipséité.

 

Ricoeur emprunte le concept d’intrigue à Aristote dont il étudie La poétique, (RICOEUR, 1983) qui peut être considérée comme une production ou un art de composer des intrigues. Aristote utilise le terme muthos pour désigner un processus actif - et non une structure statique, celui de l’agencement des faits dans le but de leur conférer une intelligibilité. Ce processus conduit Ricoeur à privilégier l’expression de mise-en-intrigue (RICOEUR, 1998), c'est-à-dire la façon dont le narrateur va opérer des choix pour raconter un évènement, qui, de ce fait, perd sa neutralité pour entrer dans la dimension subjective du récit. La mise-en-intrigue porte donc d’abord sur les actions en tant qu’elle « attribue une configuration intelligible à un ensemble hétérogène composé d’intentions, de causes et de hasards » (RICOEUR, 2004, p.151), mais aussi sur le sujet lui-même du fait qu’il ne soit pas distinct de ses actions ni de ses expériences : « le personnage est lui-même mis en intrigue »[3] ; on pourrait d’ailleurs dire qu’il se met en intrigue puisqu’il est à la fois acteur et narrateur. Chaque récit embrasse ainsi une partie de son histoire, mais aussi une certaine version de cette partie, tant que l’histoire fait sens pour le sujet. Le narrateur prend aussi en compte le public auquel il narre un épisode de sa vie : chaque mise en intrigue est une forme d’engagement dans une interprétation d’une situation vécue ; engagement qui, s’il requiert une cohérence rationnelle, n’en exclut pas moins des enjeux plus sensibles ou affectifs. Ainsi, « sur le parcours connu de ma vie, je peux tracer plusieurs itinéraires, tramer plusieurs intrigues, bref raconter plusieurs histoires » (RICOEUR, 1990, p.190), ce que Ricoeur nomme « la refiguration » (RICOEUR, 1985, p.356),   de l’histoire de vie du sujet, qui peut mêler fiction et vérité.

 

…ont pour finalité l’herméneutique de soi.

 

L’ensemble de ces mises-en-intrigue, qui se succèdent chronologiquement, mais peuvent aussi être construites en parallèle, synchroniquement, en fonction des interlocuteurs visés, constitue l’identité narrative du sujet, dans la mesure où il est le seul apte à dégager une cohérence dans la multiplicité de ses récits possibles ou effectifs, donc à leur donner du sens. La finalité visée serait ainsi à chercher dans cette herméneutique de soi.

 

D’où la mise en parallèle des anthropologies

Ainsi, si l’on met en parallèle les deux anthropologies, nous pouvons établir le tableau récapitulatif suivant :

 

Ignace de Loyola (XVIème siècle)

Ricoeur (XXème siècle)

processus (récursif)

expérience - relecture - discernement

ipséité - mise-en-intrigue - identité narrative

finalité

magis

sens

moyens

exercices spirituels

récit de soi

 

Tableau n°1 : parallèle des anthropologies ignatienne et ricordienne

 

On peut constater le même mouvement de renforcement dans le processus d’auto-formation : pour l’un, l’expérience, à la base, peut être relue, ce qui peut conduire au discernement puis à un retour plus pertinent à l’expérience ; pour l’autre, l’ipséité peut être mise en intrigue qui vient construire l’identité narrative, articulant de nouveau la capacité du soi à être ipse et non seulement idem. Selon Ricoeur le sujet n’est vraiment lui-même que dans la mesure où il se raconte ; l’identité narrative, point nodal de la mêmeté et de l’ipséité, lui confère son unité. Ainsi, le récit de soi est le moyen privilégié du sens. Selon Ignace de Loyola, le sujet n’est vraiment lui-même que lorsqu’il met en exercices cette tension vers le meilleur de lui, c'est-à-dire lorsqu’il est davantage, magis.

Penser ensemble les finalités nous conduit donc à poser que le sens de l’homme tient dans la réalisation infinie de sa croissance. Le sens n’est pas un donné, mais un construit, qui passe par la réappropriation de l’expérience dans le récit. On peut alors proposer le récit de soi en tant qu’exercice spirituel, pour se développer et construire son identité.

II  Se mettre à distance pour mieux se trouver : l’espace de l’atelier d’écriture

Le cadre théorique nous a permis de dégager, par cette double approche d’Ignace et Ricoeur, la pertinence du récit de soi pour tendre vers le magis, dans le contexte de l’auto-formation. Nous avons donc choisi de proposer aux étudiants qui préparent leur projet d’Experiment tout au long de leur troisième année, pour un départ fin mai, de s’investir dans un atelier d’écriture. Il s’agit pour nous d’engager, par cette distanciation scripturale, un nouveau mode de connaissance de soi.

Concrètement, l’atelier d’écriture a été présenté en début de troisième année, en septembre 2012. 10 étudiants, 8 garçons et 2 filles, se sont portés volontaires. La finalité reste la construction de l’identité narrative telle que comprise avec Ricoeur, à savoir : donner du sens à son projet, en s’appuyant sur les éléments de personnalité de l’identité-idem (les goûts, les passions, la mise en continuité avec des expériences passées, etc.) et en faisant fond sur l’identité-ipse, le soi en construction permanente qui permet à chacun de s’autoriser à vivre de nouvelles expériences, d’oser aller à la rencontre de nouvelles cultures, des autres et de soi. C’est en donnant du sens à leur projet que les étudiants se placent dans la perspective ignatienne du magis, en tendant vers leur propre croissance. Décliné dans le temps, l’objectif se dédouble : d’une part, leur donner en amont un espace pour préparer leur projet d’Experiment en prenant conscience de ce qui les motive en profondeur ; d’autre part, initier une démarche d’écriture donc limiter les risques d’auto-censure, afin qu’elle puisse être prolongée, s’ils le souhaitent, par la tenue d’un journal lors de leur voyage. Cet espace où l’écriture est vécue sereinement, comme un moment pour se poser et se dire, d’abord à soi-même, pour soi-même, ses désirs, ses attentes, ses peurs aussi, se révèle assez rare dans une vie étudiante rythmée par un travail intense, des associations chronophages, des habitus de « copier-coller » facilitants tel que : le projet d’untel, qui m’a précédé, est intéressant, donc pourquoi pas ? Au contraire, ici, il s’agit de prendre le temps d’être soi, de se découvrir, de s’étonner :

« Journal d’étonnement. Je me suis surpris à dévoiler plutôt aisément des aspects de ma personnalité ou de mes projets que je garde secrets ou que je n’ai même jamais vraiment formulés dans ma tête, sûrement parce que je n’ai pas d’autres occasions de les aborder. C’est je crois le seul point qui m’ait interpellé car il m’a touché dans mon intimité et même jusque dans ma pudeur.» (Karl ; atelier n°6 ; 28/03/2013)

 « Ecrire pour moi, c’est…

Se découvrir. Si on écrit « comme ça vient », c’est mettre sur le papier nos pensées qui nous viennent naturellement. Si on écrit « en réfléchissant », en cherchant le mot le plus adapté à ce qu’on veut dire, on formule clairement ce que l’on pense (ou ressent) et ce que l’on veut dire. » (Sylvestre ; atelier n°1 ; 27/09/2012)

Cet espace pour soi est aussi celui du dévoilement, des mises à nu lorsque le tour des lectures arrive.

« Quand je me relis, c’est un peu comme si j’étais au théâtre et que je devais me regarder jouer ou que ma prof de piano me demandait de me filmer en jouant et que je devais me regarder jouer après pour pouvoir corriger mes erreurs ; c’est assez gênant, c’est comme si on avait des complexes et qu’on se regardait tout nu dans le miroir » (Francis ; atelier n°1 ; 27/09/2012)

Francis revient sur ce point de la lecture publique lors du « journal d’étonnement », 6 mois plus tard, en montrant comment cette difficulté, liée à la fois à la pudeur et à l’auto-censure qui renvoie chacun à l’idée que ce qu’il écrit n’est pas bien écrit en termes de style ni intéressant en termes de contenu, mais à la fois aussi à la crainte du jugement des autres, a été dépassée :

« Donc : « on doit lire mot pour mot ce qu’on écrit, bon, bah c’est parti ! » ; ça m’a vraiment marqué à la fin parce qu’au début, on calait tous des commentaires, des petits jeux de mots, on n’osait pas trop, et bon, OK, c’est parti ; et au final je pense que c’est pour ça qu’on en apprend beaucoup plus sur nous-mêmes et puis qu’on a beaucoup plus l’impression qu’il y a une bonne ambiance ; parce qu’au final, on lit juste ce qu’on a écrit et du coup, quand on écrit, on écrit juste pour soi, ensuite, on lit pour tout le monde, donc ça garde un peu, peut-être, la pureté de, de ce qu’on met sur papier. C’est vraiment un concept que j’ai aimé. » (Francis ; atelier n°6 ; 28/03/2013)

Enfin, c’est un espace de dialogue avec les autres, de questionnements sur les projets de chacun, de partage qui engage chacun dans son histoire, loin de la dimension strictement factuelle : date, lieux, activités. L’atelier n°3 du 04 décembre 2012 a marqué un tournant dans la vie du groupe dans la mesure où les propositions d’écriture les ont « plongés » dans une dimension inexplorée pour certains : celle de leur intériorité, par l’approche suivante « choisissez une photo d’un paysage extérieur – le choix se fait parmi une trentaine de photos faites par leurs prédécesseurs, qui sont revenus début octobre d’Experiment – qui reflète votre vie intérieure et écrivez à partir de cela : qui vous êtes, comment vous imaginez votre vie intérieure, si c’est facile pour vous ou non, etc. » ; et celle de leur enfance, à partir de plusieurs propositions de départ au choix : « il s’agit maintenant pour vous de voyager vers votre enfance et d’entrer par plusieurs portes possibles. Vous pouvez vous poser la question : où est l’enfant en moi ? Ou alors : quels sont les ports d’attache de mon enfance ? Quand on voyage, il y a toujours un port d’attache…ou encore partir de cette citation de Carla Bruni : « tout le monde a de l’enfance qui ronronne au fond d’une poche oubliée » et vous demander : quels sont les morceaux d’enfance qui ronronnent dans ma poche d’adulte ? »

Les éléments partagés étaient profonds, émouvants ; plusieurs ont avoué revenir pour la première fois sur leur enfance de cette façon. L’un d’entre eux a vécu ce moment comme une prise de conscience qui l’a bloqué dans l’écriture ; il nous dit :

« Je ne me suis jamais posé la question jusque là donc réfléchir à ça maintenant, c’est pas possible, c’est juste pas possible… J’y arrive pas, enfin j’ai l’impression que rien n’a spécialement changé, du coup c’est dur de chercher un enfant en moi. J’ai l’impression d’être la même personne depuis toujours, de ne pas avoir forcément changé… » (Damien ; atelier n°3 ; 04/12/12)

Il écrit : « Avant cet instant, je ne m’étais pas posé la question de l’enfant qui sommeille en moi, ce qui m’amène à penser qu’il ne s’est jamais endormi. Alors évidemment il est peut-être moins visible à certains moments que d’autres. Je me rends compte que même maintenant je n’ai rien changé à mes habitudes d’enfant. »

L’étonnement ou le sentiment de difficulté face aux propositions laissent aussi place à des écrits d’une grande tendresse et poésie :

« Où est l’enfant en moi ?

Aujourd’hui, l’enfant en moi, à part mon insouciance et mes pointes d’immaturité, est lointain et à la fois omniprésent. C’est l’enfant que j’étais qui a construit ce que je suis devenu. (…).

L’enfant en moi c’est aussi celui qui veut faire des choses pas forcément logiques ou censées du point de vue des autres ou même de moi.

L’enfant en moi c’est ma capacité à m’émerveiller sur de nouvelles expériences, sur des choses incongrues.

L’enfant en moi c’est aussi ce qui m’empêche de dire exactement où est l’enfant en moi car j’aurais besoin de toute ma vie pour déterminer où il est.

Peut-être que l’enfant en moi c’est aussi la frustration de ne pas réussir à dire où est l’enfant en moi. » (Sylvestre ; atelier n°3 ; 04/12/12)

Les échanges qui suivent font apparaître les liens entre leur vie intérieure ou leur enfance et leur projet d’Experiment : recherche de calme, de sérénité loin des villes occidentales ; envie de partir en Afrique parce que les récits du papa sur ce continent ont bercé son enfance ; passion pour la mythologie qui se révèle dans le désir de faire le tour du bassin méditerranéen, sont autant d’exemples qui montrent que chacun atteint le cœur de son identité en l’écrivant et en la racontant aux autres, et que le récit de soi donne ainsi sens à leur projet futur.

 

III Voyage intérieur et voyage réel : se préparer pour être prêt

S’inscrire dans un atelier d’écriture n’est pas un acte anodin. D’une part, parce qu’il est engageant, tant en termes de durée que d’investissement personnel. D’autre part, parce qu’il est extra-ordinaire dans leur cursus au sens où les études d’ingénieur relèvent davantage de matières scientifiques que d’une approche littéraire. Il implique donc une motivation supplémentaire de l’étudiant à se préparer à ce qu’il va vivre en Experiment, notamment aux changements que cela va opérer en lui.

En croisant les données des entretiens effectués auprès des jeunes qui sont revenus d’Experiment et celles recueillies lors de l’atelier d’écriture auprès des jeunes qui vont partir, nous pouvons établir plusieurs remarques.

Certes, avoir l’opportunité de réaliser un projet personnel de 4 mois, en allant se confronter à des cultures différentes, en passant une partie de son voyage seul, conduit tout un chacun à modifier sa représentation du monde, des autres et de soi-même. Des modifications sont donc  perceptibles, notamment en termes d’autonomie, d’ouverture d’esprit, etc. Cependant, tous ne reviennent pas « métamorphosés ». Certains entretiens mettent plutôt en exergue une parenthèse dans la vie étudiante, qui n’a pas entrainé de bouleversement majeur dans la personnalité, voire qui a pu s’apparenter à 4 mois de grandes vacances, notamment lorsque l’étudiant n’a pas joué le jeu du dépaysement, en restant dans des cultures américano-européennes qui ne l’ont pas conduit à bouger ses repères, et lorsqu’il n’a pas joué le jeu de la solitude mais est parti en couple ou entre amis.

Toutefois, il ne semble pas que cela soit le cas de la majorité d’entre eux. Les entretiens tendent plutôt à montrer des modifications importantes dans les représentations, telles des prises de conscience qui sont le plus souvent liées à des évènements majeurs, comme un décalage culturel « trop » important, ou la confrontation à la maladie, comme en témoignent ces extraits :

« J'ai appris beaucoup de choses sur moi ; c'est vrai que c'était très… Une introspection personnelle, pendant sept jours, je me suis posé des questions, ça retourne ; je ne sais pas si j'en suis toujours remis de ce truc-là, ça, c'est une grosse question, je ne sais pas, c’est… Parce que j'ai eu un passage où je me suis vraiment vu mal, quoi…(…) Je pense que ça m'a renforcé ; je suis plus fort, je tiens mieux, c'est comme des limites qu'on repousse un petit peu, là, je suis allé au-delà, mais je pense que ça m'a reconstruit une barrière plus loin, en fait ; je pense que je suis plus endurant psychologiquement, tout simplement, mais ça m'a aussi montré beaucoup beaucoup de faiblesses que je ne pensais pas forcément évidentes et donc ça a pas mal changé ma vision des choses… (…) je ne pense pas qu'on revienne différent, moi je ne pense pas qu'il y ait une rupture, pour moi, c'est une continuité, c'est juste que ça accélère les choses quoi ! (…) On n'a pas changé, on a évolué…(…) On n'est pas revenu un autre, on n'est pas un autre, on est toujours le même mais on voit les choses d'une façon différente. » (Marc, Népal, 2010), confronté à l’expérience de la maladie qui a entraîné un rapatriement sanitaire.

« Durant ce premier mois, j’aurais eu le sentiment de repasser par tous les stades de la croissance : je me suis senti clairement enfant à l’arrivée, portant un regard neuf sur tout, mais surtout étant faible et incapable de me débrouiller seul pour quoi que ce soit dans un univers qui me dépassait. Je me sens aujourd’hui sur la fin de l’adolescence : je comprends un peu plus ce monde, mais j’ai toujours du mal à dire ce que je ressens aux locaux qui me sont proches. Et puis je suis en révolte intérieure contre tout ce que je perçois ici d’injuste, sans avoir suffisamment de finesse pour démêler le culturel de la vraie injustice.» (Cyprien, Colombie, 2010), rapporté dans son journal de bord, pendant son séjour en Colombie.

Ces modifications dans leurs représentations sont souhaitées par ceux qui se retrouvent en atelier d’écriture, comme le montrent les choix de leurs titres d’Experiment :

Aloys  a choisi : « pourquoi l’Afrique ? ». Il écrit :

« Pour casser avec les habitudes, éviter le tourisme, trouver une utilité à cette expérience et parce que c’est insolite. Je pars avec des objectifs mais ce qui comptera vraiment c’est ce que je trouverai sans l’avoir cherché. Aller voir ce qu’est la vie loin des facilités. » (atelier n°5 ; 05/02/2013 ; Experiment prévu au Kenya)

Ou encore Valérian qui prend pour titre  « la post-adolescence » et écrit :

« Cet Experiment va être l’occasion de me forcer à couper les liens avec ma routine habituelle. Une expérience qui va me faire grandir, évoluer, devenir adulte peut-être, je ne sais pas. Le terme de post-adolescence reste donc le plus approprié ; il signifie qu’une période est révolue mais n’impose pas la suite de l’histoire. » (atelier n°5 ; 05/02/2013; Experiment prévu en Nouvelle-Zélande)

Nous pouvons, pour résumer, dégager la dialectique suivante entre « être prêt » et « être préparé ». Quand il ne se passe rien du point de vue identitaire, est-ce qu’il ne s’est rien passé effectivement ou bien est-ce que ce qui s’est passé n’est pas encore élucidé ? Est-ce que le jeune ne voulait pas, consciemment ou non, qu’il se passe quelque chose, c'est-à-dire n’était pas prêt au changement ? A l’inverse, quand il se passe une modification identitaire, cela peut être lié aux circonstances, à l’exemple de Marc, seul et gravement malade pendant 7 jours, se regardant s’affaiblir et faisant le point sur sa vie, ses relations. Si le jeune n’est pas prêt, au sens où il ne partirait pas avec une volonté de changement, mais qu’il a été préparé, c'est-à-dire qu’il a pu anticiper le fait que des changements pouvaient survenir, il peut, au bénéfice des circonstances, se laisser « impacter » par ce qui lui arrive. De même s’il se sent prêt, mais n’a pas été préparé, les évènements du voyage peuvent trouver un écho en lui. Par contre, un jeune qui ne serait ni prêt ni préparé aurait plus de difficultés à tirer profit de ce qui lui arrive pour se questionner, se remettre en cause, là où un jeune prêt et préparé pourrait optimiser le changement. Ce que l’on peut synthétiser ainsi :

 

 

préparé

 non préparé

prêt

optimisation du changement

changement/profit possible, au bénéfice des circonstances

 

 non prêt

changement/profit possible, au bénéfice des circonstances

 

 il ne se passe rien – pas de profit

 

Tableau n°2 : dialectique « prêt/préparé »

 

Le changement identitaire s’effectue au gré de circonstances intérieures favorables, à savoir être prêt à accepter ce changement possible, et de circonstances extérieures propices comme des évènements marquants, suffisamment perturbants pour enclencher un étonnement ou un questionnement. A contrario, s’il ne s’agit que de la reproduction à l’étranger de la vie quotidienne française, les circonstances extérieures ne vont pas jouer leur rôle ; il ne peut pas y avoir de réels changements.

Le fait pour un jeune d’être prêt ou non ne dépend pas de l’institution. Cela relève de son histoire personnelle. Il dépend cependant de l’ICAM de le préparer à intégrer l’Experiment dans sa démarche de croissance personnelle, son magis, en lui donnant du sens. Nous pouvons donc penser que le jeune peut tirer profit de cet Experiment grâce à cette préparation. Ainsi, se préparer peut permettre au mieux d’optimiser le changement ; au pire, d’éviter ou de limiter les risques de subir le changement comme une perturbation.

Enfin, comment préparer ?  Sur une longue durée, pour bénéficier des effets de maturation du projet, comme l’évoquait un jésuite lors d’un entretien exploratoire en 2011 (BOSSARD, 2011) :

«L'Expériment bien sûr (…) il y a un début et il y a une fin, mais (…) toutes les étapes de préparation à l'Expériment, on ne peut plus parler d'Expériment limité à quatre mois et demi quoi, il faut dire que c'est l'année complète qui est quand même fortement marquée par cela donc les étapes de préparation me semble-t-il font partie de cette évolution, de cet accouchement de la visée, du changement de la visée ».

Mais aussi en préparant le jeune à son Experiment non seulement sur le plan des activités, de son financement ou de sa sécurité, mais en l’aidant à devenir attentif à lui-même, en éveil face aux changements qui peuvent survenir, acteur de son projet. C’est dans ce cadre que l’atelier d’écriture nous semble bénéfique pour les étudiants. Faire l’exercice, qu’on peut qualifier de spirituel, de mise en récit de soi, pour soi dans l’écriture, puis face aux autres, est un moyen de se rendre disponible à soi, de prendre le temps d’être à l’écoute de sa vie intérieure.

L’avantage de l’écriture est d’engager un processus d’appropriation du vécu et ainsi de réflexivité : « Le texte est la médiation par laquelle nous nous comprenons nous-mêmes. » (RICOEUR, 1998, p.129) Il peut alors y avoir passage du « préparer », comme dispositif institutionnel, au « se préparer » où le jeune devient acteur et peut progressivement se sentir prêt à engager des genèses identitaires (PASTRE, 2005).

 

Pour conclure, nous pouvons donc poser le fait que certaines conditions puissent favoriser l’autoformation expérientielle. Outre les conditions institutionnelles de l’éloignement, de la durée et de la solitude, il faut souligner l’importance de la préparation du voyage dans une perspective identitaire et non réduite à la préparation matérielle. Nous pouvons souligner dans ce cadre la dimension propédeutique de l’atelier d’écriture pour permettre au jeune de construire un projet qui lui ressemble, donc qui prenne appui sur son identité-idem conscientisée, et qui le mette dans une dynamique de tirer profit de cette expérience pour poursuivre sa construction identitaire. Il nous semble essentiel d’envisager, au retour, une mise en récit du vécu afin de conforter cette identité narrative et développer une herméneutique du voyage. En bref, faire en sorte que le voyage intérieur puisse se poursuivre lorsque l’Experiment prend officiellement fin.

 

Bibliographie

BOSSARD S. (2011). « La construction de l’identité éthique de l’ingénieur ICAM : le rôle de l’Experiment », mémoire de Master, Université de Nantes, sous la direction de Didier Moreau.

BOSSARD S., (2012). « Transmission entre formalisation et informel en éducation : l’exemple de l’Experiment », communication pour Biennale de l’Education et de la formation, CNAM, Paris.

CARRE, P., MOISAN, A. & POISSON, D. (sous la direction de) (2010). L’autoformation. Perspectives de recherche,  Paris : PUF.

DE LOYOLA I., (1548). Exercices spirituels, traduction Gueydan E., (1992). Paris : Desclée de Brouwer.

RABARDEL, P., PASTRE, P. (sous la direction de)  (2005). Modèles du sujet pour la conception. Toulouse : Octarès.

RICOEUR, P., (1983). Temps et Récit, tome I. Paris : Seuil.

RICOEUR, P., (1985). Temps et Récit, tome III, Le temps raconté. Paris : Seuil.

RICOEUR, P. (1990). Soi-même comme un autre. Paris : Seuil.

RICOEUR, P. (1998). Du texte à l’action, Essais d’herméneutique II. Paris : Seuil.

RICOEUR, P. (2004). Parcours de la reconnaissance. Paris : Stock.

THOMAS J., SJ, (1984). Le secret des jésuites, Paris : Desclée de Brouwer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Désormais ICAM dans le texte

[2] Carré et al. (2010) situe son apparition dans les années 1970

[3] Citation que l’on retrouve dans les deux ouvrages : Soi-même comme un autre p.170 et Parcours de la reconnaissance, p.151​​