521 - Punition et sanction dans un établissement scolaire d’excellence. Outil de légitimation et de hiérarchisation sociale dans les classes dominantes

Vincent Chapon

LACES/ERCEP3, Université Bordeaux Segalen, France

 

Mots clés : Elites, sanctions, établissement scolaire d'excellence

 

Les établissements scolaires d’excellence ne se caractérisent pas seulement par leur recrutement dans les élites ou par leurs résultats d’exception. Ils sont à l’image de leur public dans leurs pratiques éducatives. Cette communication tentera une analyse des règlements intérieurs en tant que système de normes objectivant les implicites sociaux de ces classes. Il s’agit de décrire, par les sanctions, des normes d’excellence et leurs fonctions sociales notamment autour de l’exclusion inhérente aux phénomènes de distinction et de perpétuation de l’entre-soi. Cette étude est issue d’une immersion ethnographique de plusieurs années dans les classes dominantes. Tout au long de cette enquête différents types de matériaux ont pu être recueillis. Nous croiserons donc ici l’analyse statistique du relevé systématique des sanctions dans un lycée privé bordelais avec l’analyse approfondie du règlement intérieur ainsi qu’avec des données qualitatives issues du travail ethnographique. Il s’agira d’analyser le système de sanction comme un phénomène social et d’en relever les fonctions sociales (Foucault, 1975 ; Prairat 2003) au regard des attentes et des valeurs des familles. Le règlement intérieur et ses interprétations dans ces établissements peuvent donc apparaître comme une description, par la pratique, des comportements d’excellence. Le règlement intérieur et son application quotidienne comportent une grande part d’implicite. Cette dernière n’est pas socialement neutre. On observe notamment qu’à faute égale une application différenciée des sanctions s’opère. Cette différenciation s’avère liée à la perception subjective de l’adulte quant à un comportement général du jeune en adéquation ou non avec l’attendu dans ce type d’établissement. Par ailleurs, si nos résultats statistiques vont dans le sens des travaux de S. Ayral (2011) à propos d’une surreprésentation des garçons sur des punitions liées au comportement, nous démontrerons que d’autres éléments s’avèrent fondamentaux dans la compréhension des fonctions sociales des règlements intérieurs. En effet, on ne punit pas de la même façon en fonction des filières ou des niveaux. Ces punitions sont dépendantes d’attentes implicites spécifiques décrivant une culture d’établissement d’excellence. On remarque par ailleurs une grande permissivité sur des formes de chahuts traditionnels (Testanière, 1967). Ces derniers renforcent l’esprit de corps dans ces établissements, fondamental dans l’éducation de ces classes sociales et favorisant la construction de l’entre-soi (Pinçon et Pinçon-Charlot, 1989). L’appropriation différenciée des normes d’excellence et les distances différentes à ces normes mettent en lumière des disparités au sein même des classes dominantes. Le règlement intérieur et l’application des sanctions deviennent alors des opérateurs de hiérarchisation sociale. Il s’agira de décrire une certaine hiérarchisation au sein même des classes dominantes : une domination dans la domination.

 

Références bibliographiques :

Ayral, S. (2011). La fabrique des garçons, sanctions et genre au collège. Paris, France : Presses universitaire de France.

Foucault, M. (1975). Surveiller et punir. Paris, France : Gallimard.

Perrenoud, P. (1995). La fabrication de l’excellence scolaire : du curriculum aux pratiques d’évaluation : Vers une analyse de la réussite, de l’échec et des inégalités comme réalités construites par le système scolaire, Genève, Suisse : Droze.

Testanière, J. (1967). Chahut traditionnel et chahut anomique dans l’enseignement du second degré. Revue Française de Sociologie. Volume 8,  p. 17-33.

Pinçon, M., & Pinçon-Charlot, M. (1989). Dans les beaux quartiers. Paris, France : Le Seuil.

Prairat, E. (2003). La sanction en éducation. Paris, France : Presses universitaire de France.