508 - Le difficile changement des pratiques à l’école élémentaire. Analyse d’une situation « neutre » du point de vue du genre en éducation physique.

Ingrid Verscheure

 Université Franche-Comté, France

 

Lucie Deforêt

IUFM Franche-Comté, France

 

Marie-Paule Poggi

IUFM Antilles-Guyane, France

 

Mots-clés : Ecole élémentaire, éducation physique, genre, interactions, accompagnement du changement

 

La question des inégalités entre les filles et les garçons est une question vive dans notre société et le système éducatif. Nombreuses sont les recherches qui ont montré que les pratiques enseignantes participent activement à la fabrication de différences entre filles et garçons (Mosconi, 2003) via un ensemble de processus inconscients qui agissent quotidiennement et qui se déploient sur la scolarité entière, ce qui contribue à faire vivre aux élèves une socialisation très sexuée. Pour l’école primaire Houadec et Babillot (2008) ont proposé 50 activités, dont l’objectif est de promouvoir une éducation basée sur le respect des deux sexes. Parmi elles, la situation d’apprentissage en éducation physique appelée « les gendarmes et les voleurs » est apparue une ressource pertinente pour analyser les conditions du changement de pratiques. Les auteures proposent un ensemble de consignes, d’objectifs, de démarches relativement à cette situation qui visent à permettre à tous et toutes de participer, sans perdre l’essence du jeu. La problématique de notre recherche trouve son origine dans ces nouvelles propositions qui ont pour ambition de diminuer les comportements inégalitaires. Un des présupposés sous-jacents à cette démarche est de considérer que la mise en place d’une situation dite « neutre » du point de vue du genre en éducation physique, est à même de permettre aux professeurs d'école de transformer leurs pratiques dans le sens d'une meilleure équité entre les filles et les garçons.

Nous pensons pour notre part que les dispositifs didactiques même les mieux pensés, ne suffisent pas à rendre possible le changement souhaité.Inscrite dans une perspective didactique, l'étude a pour but, à partir d'une analyse a priori de cette situation d'observer dans l’interaction, l’intervention de l’enseignant/ et les comportements des élèves pour rendre compte des rapports sociaux de sexe au regard des savoirs mis réellement à l'étude. Notre méthodologie, inspirée de Leutenegger (2009), croise différentes données : des données d’entretiens (avec l’enseignante et 6 élèves d'une classe de CE1), des données d’observation de la situation d’apprentissage, ainsi que les interactions verbales et non verbales au fil des séances.

Les résultats montrent que dans cette situation d'apprentissage, les trois instances du système didactique, l’enseignante, les élèves observés (filles et garçons) ainsi que le savoir en jeu dans cette situation, contribuent à renforcer des postures de jeu et certains stéréotypes de sexe via un ensemblede processus contractuelsdifférentiels. Ces processus mettent en évidence que l’utilisation d’une situation dite « neutre » et la prescription de consignes particulières du point de vue du genre en éducation physique, ne suffisent pas à effacer les inégalités de traitement des filles et des garçons en éducation physique. Se pose alors la question du type d'accompagnement nécessaire à la transformation des pratiques des enseignants et des comportements sexués des élèves au regard de la nouvelle convention 2012-2017 pour l’égalité des filles et des garçons à l'école.

 

Références bibliographiques :

Houadec, V., Babillot, V. (2008). 50 activités pour l’égalité filles/garçons. CRDP Midi-Pyrénées.

Leutenegger, F. (2009). Le temps d'instruire. Approche clinique et expérimentale du didactique ordinaire en mathématique. Berne : Peter Lang

Mosconi, N (2003). Rapport au savoir et division socio-sexuée des savoirs à l¹école. La Lettre du GRAPE, 51, 31-38.