*506 - Représentations sociales de la langue française et motivations de son apprentissage : enquête auprès d’étudiants universitaires marocains

En l'absence de dépôt de l'auteur, voici le projet déposé avant expertise.

 

EL MASRAR Khouloud

Université Chouaîb Doukali

 

Mot-clés: Représentations linguistiques, langue française, apprentissage du FLE

 

Le français demeure la première langue étrangère au Maroc jouissant d’un statut privilégié. Ce statut s’explique par la multiplicité de ses fonctions. Elle a une forte présence dans le monde de l’économie et l’univers des médias. C’est la langue enseignée tout au long du parcours scolaire du préscolaire au supérieur. Elle constitue également la langue d’acquisition des savoirs scientifiques et techniques. Cependant un grand nombre d’étudiants arrivants à l’université traînent avec eux des problèmes linguistiques en français qui les empêchent d’accéder à des nouveaux savoirs . En effet, même les étudiants inscrits dans le département de langue et de littérature françaises souffrent de ce problème . Ce département vise à inculquer une compétence interculturelle à base littéraire ou linguistique à un étudiant qui devrait l’assimiler en ayant recours à un bon niveau du français. Un tel enseignement associé à la dimension culturelle de la langue ne peut être efficace qu’on faisant appel à une pédagogie mettant en valeur l’étudiant et ses attentes. A cet égard, une démarche basée sur l’étude des représentations que les étudiants se font du pays dont ils apprennent la langue, de sa culture et de la langue elle-même se montre utile pour comprendre les raisons d’échec scolaire d’une part et proposer un enseignement de qualité visant à promouvoir la dimension socioculturelle de la langue française d’autre part. La question des représentations et son impact sur l’apprentissage des langues fait aujourd’hui la une de l’actualité pédagogique aussi bien au niveau international qu’au niveau national. C’est à partir des années 1960 que les études sur les perceptions de la langue et ses locuteurs ont commencé. Empruntée à la psychologie sociale, la notion de représentation est définie par Jodelet (1989) comme étant : « une forme de connaissance socialement élaborée et partagée, ayant une visée pratique et concourant à la construction d’une réalité commune à un ensemble social ». Moscovici (1994 : 62-85) souligne le caractère collectif des représentations sociales en déclarant qu’elles sont « collectivement produites et engendrées». Ainsi il identifie deux processus indispensables pour le fonctionnement des représentations sociales : l’objectivation et l’ancrage qui permettent de rendre intelligible ce qui est étranger ou nouveau. Moliner (1996) pense que c’est grâce au mécanisme d’objectivation que l’individu peut « reconstituer le réel auquel il est confronté et lui attribuer une signification spécifique».

En didactique des langues et des cultures, une considérable importance est accordée aux représentations vu son rôle primordial dans la compréhension et la modification des pratiques des apprenants à l’égard des langues. Perrefort (1997) et Muller (1998) décèlent une corrélation forte entre l’image qu’un apprenant s’est forgé d’un pays et les représentations qu’il construit à propos de son propre apprentissage de la langue de ce pays. Dans le même sens, pour Castellotti et Moore (2002 : 10) les représentations sont d’une part « malléables », d’autres part elles entretiennent des liaisons avec les processus d'apprentissage, qu'elles contribuent à fortifier ou à ralentir. Les représentations forment un objet à manipuler, à reformuler aussi bien par l’apprenant que par l’enseignant. Elles peuvent servir de support que l’enseignant doit prendre en compte pour construire des connaissances nouvelles. Dans ce sens, M.Abdallah Preitceille souligne que les représentations « constituent en fait les véritables objets d’échanges » . L’objectif spécifique de ce travail est l’étude empirique des représentations d’un échantillon d’étudiants de la deuxième année du département de langue et de littérature françaises vis-à-vis de la France de langue française et de la culture française ainsi que leur motivation pour l’apprentissage de cette langue et les difficultés rencontrées. Pour ce faire, nous avons proposé un questionnaire à 150 étudiants. Nous avons posé les questions suivantes : - Que représente pour vous la France ? -Que représente pour vous la langue française ? -Pourquoi apprendriez – vous le français ? S’agit-il de motivations d’ordre utilitaire ou de raisons personnelles ? La tradition culturelle de la langue, son statut au niveau mondial et son caractère esthétique expliquent-ils ce choix ? - Quels sont les difficultés que vous rencontrez en français ? -Que pensez-vous de la culture française véhiculée via la langue française ? A travers cette étude des représentations des étudiants du département de langue et de littératures françaises, nous nous donnons l’ambition de voir le rôle des représentations dans le positionnement distinctif par rapport à l’autre et la reconnaissance des différences. C’est une occasion aussi pour proposer une démarche visant l’exploitation des lacunes, des motivations et des attentes des étudiants pour réussir un enseignement culturel de la langue française.

 

Bibliographie :

Beacco J.-C., 2000, Les dimensions culturelles des enseignements de langue, Paris, Hachette FLE.

Castellotti, V. & Moore, D. 2002. Représentations sociales des langues et enseignements Guide pour l'élaboration des politiques linguistiques éducatives en Europe – De la diversité linguistique à l'éducation plurilingue. Strasbourg : Conseil de l'Europe.

Jodelet, D. 1994. « Représentations sociales: un domaine en expansion». Les représentations sociales. Paris: PUF, pp. 31-61.

Moliner, P. 1996. Images et représentations. De la théorie des représentations à l’étude des images sociales. Grenoble : PU

Moore, D. (Ed), 2001, Les représentations des langues et de leur apprentissage. Références, modèles, données et méthode. Paris : Collection Crédif-Essais, Didier.

Moscovici, S. 1994. « Des représentations collectives aux représentations sociales». Les représentations sociales. Paris: PUF, pp. 62-86.

Moscovici, S., 1989, Les représentations sociales. Paris : PUF.

Moscovici, S., 1961, La psychanalyse, son image, son public, Paris , PUF.

Muller, N., 1998, « L’allemand, c’est pas du français ! » Enjeux et paradoxes de l’apprentissage de l’allemand. Neuchâtel : INRP-LEP.

Perrefort, M., 1997, « Et si on hachait un peu de paille ? Aspects linguistiques des représentations langagières », Tranel 27, 51-62.

Porcher, Louis. 1995. Le français langue étrangère. Paris : Hachette.

Porcher L., 2004, L’enseignement des langues étrangères, Paris, Hachette Éducation.