504 - La formation professionnelle en temps de crise : Stratégies de recomposition identitaire et émergence d’une nouvelle « demande de formation » chez les fonctionnaires territoriaux en Grèce.

Maria PAPANTONIOU

 LACES (EA-4041), Université de Bordeaux

 

Konstantinos MARKIDIS

 Université Paris 8 CIRCEFT-ESCOL

 

Mots clés : Formation continue, fonction publique, crise économique

 

La crise économique et financière qui sévit dans les pays du sud européen depuis 2007, a contribué à l’accélération d’un mouvement de déstructuration des identités professionnelles et des parcours de professionnalisation des employés des services publiques. L’interprétation dominante de la crise d’accumulation en termes de « crise de la dette publique »,  s’est traduite sur le plan des politiques publiques et de la gouvernance en un impératif absolu de retrait urgent de l’Etat de tout domaine d’activité considéré comme non ou peu productif. Ainsi, pour la première fois après la 2nd  Guerre Mondiale en Europe, les corps de fonctionnaires et d’employés des services publics se sont retrouvés confrontés aux conséquences d’un changement brutal des conditions de travail et sans véritable possibilité de réaction collective efficace de leur part.  La remise en cause brutale de l’utilité sociale et de la légitimité des statuts des professions des services publiques ont ainsi réduit considérablement la distance protectrice qui séparait les fonctionnaires  de travailleurs du secteur privé, et ceci à plusieurs niveaux : les référentielles statutaires, les conditions d’accès et de recrutement, la permanence des postes et l’évolution des carrières, le niveau des rémunérations.

Cette évolution majeure des conditions d’exercice et des processus de socialisation professionnelle, avait pour conséquence l’accroissement important de la demande de formation continue de la part des fonctionnaires, aussi bien sur la base des métiers  exercés mais encore plus sur la base de leur propre identité d’employés de services publics. Ce tournant des fonctionnaires vers des dispositifs de formation continue, pourrait être expliqué partiellement  comme une stratégie de survie visant le renforcement de profils professionnels individuels, face aux risques croissants de réduction des effectifs. Mais en même temps,  à un autre niveau d’analyse, nous pensons que ce mouvement doit être interprété comme un tournant significatif qui touche aux finalités et aux fonctions sociétales et politiques des dispositifs de formation professionnelle en temps de crise.  Parmi ces nouvelles dimensions émergentes, nous insisterions particulièrement sur la tendance d’expérimentation de nouvelles possibilités politiques et identitaires qui semblent se développer au sein des dispositifs de formation.  En effet, nous pensons que cette réorientation de la demande de formation vers des formes plus participatives et davantage centrés sur la subjectivité des participants, est à mettre en rapport avec une certaine nécessité sociale de réinventer des nouveaux espaces de partage de l’expérience politique et sociale au sein mêmes de collectifs de travail.

Dans cette communication nous essaierons de saisir  de manière empirique les éléments constitutifs de cette nouvelle « demande de formation », en étudiant le cas spécifique des fonctionnaires et des agents municipaux en Grèce. Notre enquête portant sur un échantillon représentatif de 1180 sujets, a été organisée à travers un dispositif de recherche qui combinait à la fois des méthodes quantitatives, quant à la description des caractéristiques de la population et qualitatives quant à l’exploration de nouvelles stratégies de recomposition des identités professionnelles en crise. L’analyse des données et notamment des productions discursives ainsi recueillies et leur mise en confrontation avec les parcours personnels et professionnels saisis dans leurs détails, nous ont permis de dresser une typologie des paramètres qui définissent,  d’après nous, un nouveau rapport spécifique à la formation professionnelle :  plus narratif au niveau des moyens expressifs, plus collectif en ce qui concerne les conditions de sa production et plus politique quant à sa finalité.

 

Bibliographie :

Lichtenberger, Y. (1999). Compétences, organisation du travail et confrontation sociale.  Formation Emploi, 67, 93-108.

Méhaut, P., Verdier, E. (2007). Recomposition de l’action publique et émergence de nouvelles scènes de négociation sociale ?  L’exemple de la formation professionnelle. In Duclos, Groux et Mériaux (Eds), La politique et la dynamique des relations professionnelles. Paris : LGDJ.

Dubar, C. (1992). Formes identitaires et socialisation professionnelle. Revue française de sociologie, 33-4, 505-529.