503 - Comment « la stratégie éducative » TEACCH s’est imposée comme la solution au problème public de l’autisme

        Florence Vallade
Université Paris Descartes, CERLIS

 

Mots-clés : autisme- sociologie des problèmes publics- entrepreneurs de cause- luttes définitionnelles.

 

Ce projet de communication, qui s’inscrit dans le cadre de la sociologie des problèmes publics (Gusfield, 1981 ; Lahire, 1999), se propose d’analyser le processus de définition du problème public de l’autisme en France. Nombreuses et toujours aussi vives sont les polémiques qui agitent l’autisme et qui ont pour enjeu l’accompagnement éducatif et thérapeutique.

Il s’agira de mettre en évidence la corrélation entre la découverte d’un programme américain, TEACCH (Treatment and Education of Autistic and related Communication-handicapped CHildren/ Traitement par l’éducation des enfants présentant de l’autisme ou un handicap de la communication), considéré comme le prototype des stratégies comportementales dites « éducatives » appliquées à l’autisme et la lutte pour la légitimation d’une nouvelle définition de l’autisme. Dans les années 1980 en France, TEACCH va attirer l’attention d’un petit groupe de parents d’enfants autistes rejetant les conceptions psychanalytiques dominantes à cette époque et agir ainsi comme un catalyseur. Ces parents vont alors s’engager dans des luttes définitionnelles et devenir ainsi des « entrepreneurs de la cause éducative ». TEACCH va leur fournir les arguments ad hoc qui vont alimenter et justifier leurs revendications. En ce sens, TEACCH  va se présenter comme « la solution qui précède le problème » (Gilbert & Henry, 2009). Eric Schopler, qui a conçu ce programme dans les années 1960, considère alors l’autisme comme un handicap (au sens de déficit) d’origine organique, fixe et irréversible, à rééduquer et non plus comme une maladie à soigner et/ou à guérir. Il va prendre ainsi l’initiative d’une nouvelle économie du « blame and worth » (Eyal et al., 2010) en opposition à l’approche bettelheimienne et proposer une place de co-thérapeutes aux parents « boucs émissaires » de la psychanalyse. Ces parents partent alors en croisade, tels des « entrepreneurs de morale » (Becker, 1985) contre la psychanalyse.

En France, l’importation de cette solution a aussi pour conséquence une montée en puissance de la mobilisation associative qui se traduit par la publicisation du problème sur la scène médiatique, sa mise sur agenda en 1994 par les pouvoirs publics et une première consécration étatique symbolisée par la circulaire dite « Veil » du 27/04/1995 et la loi « Chossy » du 11/12/1996.

Cette recherche, issue d’une thèse de doctorat en sciences de l’éducation, est basée sur l’analyse d’un corpus composé notamment des revues d’association de parents d’enfants autistes, Sésame (1963-), La Lettre d’Autisme France (1999-), d’un échantillon de 326 articles de la presse nationale et régionale française (1988- 2008) extraits de la base de données Europresse et de l’ensemble des textes et rapports officiels sur l’autisme (1994-2012).

 

Bibliographie:

Becker, H. S. (1985). Outsiders. Etudes de sociologie de la déviance. Paris : Editions A.-M. Métailié. (Ouvrage original publié en 1963 sous le titre Outsiders. Studies in the sociology of deviance. London: The free Press of Glencoe).

Eyal, G., Hart, B., Oncular, E., Oren, N. et Rossi, N. (2010). The autism matrix: the social origins of the autism epidemic. Cambridge: Polity Press.

Gilbert, C. et Henry, E. (dir.) (2009). Comment se construisent les problèmes de santé publique. Paris : Editions La Découverte.

Gusfield, J. (2009). La culture des problèmes publics, l’alcool au volant. Paris: Economica. (Ouvrage original publié en 1981 sous le titre The culture of public problems: drinking-driving and the symbolic order. Chicago: The University of Chicago Press).

Lahire, B. (1999). L’invention de l’illettrisme. Paris : Éditions La Découverte.