*495 - Le rôle des émotions dans la construction des discours d'expérience. Le cas des sauveteurs de montagne

En l'absence de dépôt de l'auteur, voici le projet déposé avant expertise.

 

GRECO Angelo

CRF, CNAM

 

Mot-clés: Expérience, Emotion, Discours, Complexité, Sauveteur de montagne

 

Déjà difficile à délimiter, la notion d’expérience l’est encore plus à appréhender. La question de la forme qu’elle relève dans notre quotidien, et tout particulièrement dans notre activité professionnelle, est déjà en elle-même un enjeu de premier plan dans notre société. Pouvoir disposer d’outils permettant d’observer l’expérience, est un atout considérable dans la formation initiale et continue. D’un point de vue épistémologique, l’observation du « travail de l’expérience », peut paraître relever d’un exercice d’équilibriste, tant ce travail est à la fois invisible et inhérent à toute activité humaine. Nous pouvons penser que du vécu de l’activité, s’élabore une expérience qui, par ce travail de mise en représentation, va pouvoir être communiquée. Et c’est bien par le biais de la communication, et encore plus sous sa forme verbale, qu’il va être le plus facile d’accéder au travail d’expérience qu’opère et/ou qui s’opère chez un individu. C’est donc à la lumière d’une perspective holiste d’une activité humaine à la fois complexe et située que nous avons tenté de comprendre ce qui peut être considéré comme significatif par les acteurs dans leurs propres récits d‘expérience. Nous avons recueilli une vingtaine de récits de vie de sauveteurs de montagne (PGHM), dans lesquels nous avons identifié et délimité ce que nous avons appelé des Discours Interactifs d’Expérience de secours significative (DIESS). Nous avons réalisé successivement trois analyses sur ce corpus. Dans un premier temps, nous avons couplé une analyse textuelle des co-occurrences (à l’aide du logiciel Alceste) à une analyse de contenu portant essentiellement sur la prosodie du discours. Ce croisement nous a permis d’opérer une sélection d’énoncés représentatifs des DIESS des sauveteurs. Et, dans un deuxième temps nous avons procédé à une analyse structurale sur ces mêmes énoncés. Nos résultats ont fait apparaître que dans les Discours d’Expérience de Secours Significative, il existerait des différences significatives, au niveau des modalités d’exposition des expériences vécues, en fonction du degré d’expérience des sauveteurs. Les sauveteurs « expérimentés » auraient accès à plusieurs niveaux de discours (polyphonie), nous en avons identifié cinq, pour relater des expériences de secours significatives, à la différence des « jeunes » sauveteurs qui n’auraient qu’un répertoire plus limité de communication. Après analyse, l’acquisition de ces niveaux serait en partie expliquée par un phénomène d’incorporation émotionnelle au niveau des DIESS. C’est donc, à travers le discours, toute la question de la construction de l’expérience qui est questionnée par le rôle qu’y jouent les émotions.

 

Références :

Barbier, J.M. et Galatanu, O. (2000). Significations, sens, formation. Paris: PUF. Cosnier, J. (1994). La psychologie des émotions et des sentiments. Paris: Puf. Bronckart, J.P. (1997). Activité langagière, textes et discours. Pour un interactionisme socio-discursif. Paris: Delachaux et Niestlé. Dewey, J. (2005). L'art comme expérience (Oeuvres philosophiques III; traduit par Jean-Pierre Cometti et al). Pau, France : Farrago.