485 - Visibilité de la recherche en santé et complémentarité d'acteurs

Elisabeth NOEL-HUREAUX

EXPERICE, France

 

Anne GAUDRY MULLER

Université Paris Ouest Nanterre La Défense, EA 1589, France

 

Emmanuelle JOUET

EXPERICE, France

 

Mots-clés : recherche, savoirs, santé

 

La polysémie des dimensions de la recherche rend sa définition délicate et seule la notion de science autorise à un consensus. Sa fonction de promotion des savoirs innovants et transposables, validés par une méthodologie rigoureuse vise, dans le domaine de la santé, l’amélioration de la qualité des soins aux patients. Cette promotion de la qualité des soins, liée à la promotion de la recherche, constitue un levier de changement pour les professionnels comme pour les malades et les étudiants.

Si l’on en croit les discours qui se tiennent en son nom ou à son propos, la recherche en santé tient à la fois de la science par la rigueur méthodologique et intellectuelle et de l’action inscrite socialement par son lien avec l’éthique et l’application pratique de ses résultats.

Nos propos seront de revisiter cette définition de la recherche notamment en santé pour l’inscrire dans le paradigme non pas des situations mais des acteurs de la situation qu’ils soient étudiants, professionnels, malades/patients formateurs, puisque « la recherche dans la santé n’est pas faite seulement par le personnel de la santé. » (Vial, 2000).

En effet considérant que ces trois acteurs sont complémentaires dans la démarche de recherche de savoirs, il nous a semblé nécessaire de pointer l’articulation qui réside dans leur façon d’apprendre. Les malades, tout particulièrement ceux souffrant de maladies chroniques, revendiquent d’être acteur et formateur de leur santé. Les professionnels sont amenés dans leurs pratiques à utiliser des résultats de recherche et à produire des savoirs issus de la recherche, voire à les transposer et les transmettre. Enfin, dans la formation infirmière, les objectifs du référentiel sont de permettre à chaque étudiant, d’appréhender une fonction sociale exigeante en devenant un acteur du monde de la santé.

Pour autant s’agit-il de formation à la recherche ou de formation par la recherche ?  Comment articuler les différentes façons d’apprendre à faire de la recherche ?

Certes, toutes les professions demandent à ce que la formation s’adapte à leurs besoins pour faire face à de nombreuses exigences conjoncturelles car la complexité des demandes des usagers comme des pratiques professionnelles amènent à la nécessité d’être outillées pour agir. Co-auteurs, collaborateurs… le défi à relever aujourd’hui est celui d’initiateur, d’acteur, de maître d’œuvre, de chercheur…Il en est de même du positionnement du malade qui auparavant s’en remettait au médecin et qui maintenant utilise l’observation ou l’entretien pour s’impliquer dans une nouvelle forme de participation.

Nous proposons l’angle d’approche conceptuelle qui fait référence au socioconstructivisme, les données empiriques, issues de recherches exploratoires, s’inscriront autour de la recension des écrits pour ce qui relève des usagers/experts, de journaux de bord établis par des professionnels de santé dans leur pratique quotidienne et de questionnaires auprès d’étudiants en soins infirmiers.

Un discutant extérieur Olivier LAS VERGNAS extérieur aux chercheures assurera la mise en perspective des différentes communications au regard de la thématique de ce symposium.

 

Références bibliographiques :

Goulet, O. (Dir), Dallaire, C. (Dir). (2002). Les soins infirmiers : vers de nouvelles perspectives. Boucheville (Canada) : Ed. Gaetan Morin.

Vial, M. (2000). La recherche en sciences de l’éducation et la santé ? Spirale. Revue de Recherches en Education,  25, 119-142.

 

 

Communication 1 : Etudiants en soins infirmiers et initiation à la démarche de recherche : Enquête sur les représentations de la recherche auprès d’étudiants en soins infirmiers de la Seine Saint Denis

 

Elisabeth NOEL-HUREAUX

EXPERICE, France

 

Mots-clés : étudiants, infirmier, représentations, recherche, initiation, mémoire professionnel

 

Depuis une décennie, la question de la formation universitaire pour les infirmières est l’objet de nombreux débats. Depuis le 31 juillet 2009, un nouveau référentiel de formation introduit validation des compétences professionnelles et licence dans le parcours LMD (accords de Bologne, 1999). Il s’agit ainsi de garantir une licence générale et de favoriser l’accès aux Masters avec la poursuite possible en doctorat qui légitimerait la recherche en science infirmière. Cela a donc amené à modifier les modalités d’obtention du Diplôme d’Etat en particulier en ce qui concerne le mémoire de fin d’études. Dans le référentiel une unité d’enseignement sur deux semestres (S4 et S6) prépare les étudiants à rédiger et à soutenir leur mémoire professionnel. Tous les étudiants de la Seine St Denis bénéficient d’un enseignement en cours magistraux à l’université et de travaux dirigés construits en partenariat avec l’université et réalisés dans chaque Institut de formation en Soins Infirmiers. Nos propos se limiteront ici à centrer la réflexion sur les liens qui peuvent être établis entre représentations (Jodelet, 1989) de la recherche et initiation à la recherche dans le cadre de la formation infirmière (Perrenoud, 1994).

Cette communication vise donc à caractériser les représentations des étudiants en soins infirmiers autour de l’enseignement magistral de l’initiation à la démarche de recherche effectué en septembre 2012, grâce à une question portant sur leur définition de la recherche lors du premier cours magistral. 85 étudiants ont répondu et il apparaît une nette méconnaissance de ce qu’est l’initiation à la recherche, voire une confusion entre recherche et recherche documentaire, voire une absence de maîtrise de termes scientifiques en rapport avec la recherche.

Pour faire suite à ces premières conclusions, en janvier 2013 la passation d’un questionnaire a permis de compléter l’exploration des représentations des étudiants en ajoutant à la question sur la recherche, quatre questions fermées et une ouverte sur ce qu’ils pensaient du mémoire de fin d’études (Eymard, 2011). A ce jour, les résultats de cette enquête sont en cours d’exploitation.

S’il est constaté des changements pédagogiques par rapport à ce qui se faisait avant 2009, il reste encore à clarifier ce qu’est la recherche infirmière alors que la profession aspire à une reconnaissance par le développement d’une science infirmière. Une des questions qui demeure est : à côté des savoirs disciplinaires, accepte-t-on l’existence de savoirs liés à la pratique professionnelle (Cros, 2006), c’est à notre avis tout l’enjeu du débat auprès des étudiants en soins infirmiers et de l’enseignement de l’initiation à la démarche de recherche.

 

Références bibliographiques :

Arrêté du 31 juillet 2009 relatif au Diplôme d'Etat d'Infirmier .

Cros, F. (2006). Les conditions d’une professionnalisation par la recherche en formation initiale. Esprit critique, 8, 1.

Eymard, C., Thuilier, O.& Vial, M. (2011). Le travail de fin d’études. S’initier à la recherche en soins infirmiers, Paris: Lamarre.

Jodelet, D. (1989). Les représentations sociales, Paris : PUF.

Perrenoud, P. (1994). La formation des enseignants entre théorie et pratique, Paris : L’Harmattan.

 

 

Communication 2 : Recherche dans le domaine de la santé et recherche en sciences de l'éducation : apprentissages infirmiers en situation de travail

 

Anne GAUDRY MULLER

Université Paris Ouest Nanterre La Défense, EA 1589, France

 

Mots clés : recherche, santé, apprentissages, épistémologie, savoirs

 

En France, le système de santé et la profession infirmière sont confrontés tous deux à des défis d’envergure. Si pour le premier, il s’agit d’assurer dans un environnement en évolution permanente sa mission : répondre aux besoins de santé de la population en proposant une offre de soins adaptée et efficiente, il est question pour la profession infirmière de l’émergence et la reconnaissance d’une discipline en soins infirmiers. Ainsi, rationalisation du système de santé et amélioration de la qualité des soins sont des enjeux majeurs au niveau national, social, économique et humain. Ministère, profession infirmière, Conseil International des infirmières ou encore Association de Recherche en Soins Infirmiers s’organisent afin de concourir aux mêmes objectifs : réformes institutionnelles, coopérations entre professionnels de santé, redéfinition des contours des métiers,  émergence de nouveaux métiers (pratiques avancées infirmières) réingénierie des formations.

Cette communication vise à caractériser l’épistémologie des savoirs appris par les infirmiers en situation de travail. Ces apprentissages professionnels informels permettent au professionnel d’acquérir et d’ajuster ses connaissances et habiletés nécessaires à la compétence dans le  juste à temps et ainsi de se professionnaliser (Le Boterf, 2010).

Lors d’une enquête exploratoire auprès de trente infirmières, exerçant dans différents  services  sur deux terrains, clinique et hôpital, nous avons recueilli les apprentissages quotidiens consignés dans un journal de bord.

L’analyse empirique  des apprentissages met en évidence une épistémologie des savoirs des cinq cent apprentissages déclarés par les professionnels. Ces savoirs mobilisés dans la pratique (Carper, 1978) sont de quatre types : un savoir empirique des manifestations de la santé et de la maladie qui résulte d’une conceptualisation  et revêt un caractère scientifique (Debout, 2008). Un savoir artistique, expérientiel utilisé pour prodiguer un soin individualisé à la personne, en mobilisant des connaissances théoriques et techniques. Un savoir personnel, basé sur la connaissance de soi et d’autrui précise la représentation et le sens attribués par le professionnel aux situations vécues. Enfin, un savoir éthique qui favorise des choix moraux en situations réelles de soins.

 

Références bibliographiques :

Carper, B. (1978). Fundamental patterns of knowing  in nursing. Advances in Nursing Science. 1, 13-23.

Carré, P. & Charbonnier, O. (2003). Les apprentissages professionnels informels, Paris : L’Harmattan.

Cros, F. (2006). Les conditions d’une professionnalisation par la recherche en formation initiale, Esprit critique. 8, 1.

Debout, C. (2008). Sciences des soins infirmiers : réflexions épistémologiques sur le projet d’une discipline. Recherche en soins infirmiers.  93.

Leboterf, G. (2010). Professionnaliser, Paris : Editions d’Organisation.

 

 

Communication 3 : La recherche en santé et les patients : de l’utilisation des corps à la contribution active.

 

Emmanuelle JOUET

EXPERICE, France

 

Mots clés : patients, usagers, co-construction, savoirs, recherche

 

La place des malades dans la recherche médicale est concomitante à l’exercice de celle-ci par les médecins. Dans un premier temps, c’est dans une « mise à disposition [contrainte] des corps » à la communauté scientifique que s’est effectuée cette relation. A  Nuremberg, après la seconde guerre mondiale, ont été établies des règles de participation fondées sur le consentement des patients afin de protéger les sujets de recherche, en contraignant les scientifiques à reconnaître et respecter à chaque étape l’intégrité physique et morale de la personne participant à une recherche. Cette évolution a impliqué pour les scientifiques le développement de nouvelles méthodologies et de nouveaux usages avec les patients.

Des premiers écrits sur la participation des usagers dans les services de santé aux USA dans les années soixante-dix à la contribution active des associations et patients au protocole de recherche, se sont développés deux axes de participation, celui du mouvement consumériste et celui du courant émancipateur (Barbot, 2002). Pour le premier, la finalité des patients s’inscrit dans la motivation d’agir sur les services et la qualité des soins. Le processus de recherche reste dans les mains des universitaires et des professionnels. Pour le second, la finalité des patients est la co-construction des savoirs. Le processus de recherche, de la construction des hypothèses à la communication à la communauté scientifique et au grand public est contrôlé par les deux parties (Akrich, 2009).

La participation des usagers à la recherche modifie les objets de recherche car, s’appuyant sur des connaissances ancrées dans l’expérience des services et des soins et de la vie avec la maladie, ils visent des priorités définies par la communauté des usagers. Les méthodes s’avèrent être plus qualitatives que celles de la recherche conventionnelle et quand elles sont quantitatives, alors les outils sont adaptés pour refléter au plus juste l’expérience des usagers que les mesures conventionnelles. Enfin, les modalités du protocole de recherche sont plus en lien avec les besoins des usagers, des besoins des participants, pendant et après les entretiens.

Dans la perspective des sciences de l’éducation appliquée à la santé, cette présentation propose par l’exemple d’une étude en santé mentale où ont été impliqués les usagers des services psychiatriques en tant que co-chercheurs (Lewin, 1946) d’aborder les questions saillantes soulevées par l’évolution de la place des patients dans la recherche médicale et de s’interroger en quoi les pratiques des malades aujourd’hui relèvent des usages de la recherche. Les nouvelles technologies permettent de fait l’accès aux résultats scientifiques pour les professionnels et les usagers. Ces derniers s’en emparent par consultation des réseaux sociaux, des communautés entre pairs, des sites académiques, modifiant leurs savoirs et de-là la relation avec les professionnels de soins. Enfin, il sera proposé de dépasser les critiques récurrentes faites à la recherche-usagère -comme trop subjective, anecdotique, cantonnée à la recherche qualitative, indicateurs biaisés- afin d’évaluer les obstacles et les facilitateurs à la prise en compte des savoirs des malades dans le sens des sciences participatives (Bœuf, 2011).

 

Références bibliographiques :

Akrich, M. (dir avec Méadel, C. & Rabeharisoa, V.) (2009). Se mobiliser pour la santé. Des associations s'expriment, Paris, France : Presses des Mines.

Barbot, J. (2002). Les malades en mouvements. La médecine et la science à l’épreuve du sida, Paris, France : Balland.

Bœuf, G. (2011). L’apport des sciences participatives dans la connaissance de la biodiversité, Paris, France : rapport à la ministre de l’Ecologie.

Lewin, K. (1946). Action research and minority problems. J. Soc Issues, 2, 34-46.