484 - Le PREFAS : essai d'institutionnalisation de pratiques de recherches ?

Vincent Enrico

PREFASS Limousin – EA FRED Université de Limoges, France

 

Corinne Rougerie

PREFASS Limousin – EA EMA Université de Cergy-Pontoise, France

 

Mots clés : Formation travail social, recherche, implication

 

Résumé : Nous nous proposons d’interroger à deux voix, la place de la recherche en centre de formation à partir du développement d’un Pôle Ressource Recherche Etude Formation Action Sociale (PREFAS). Formateurs, travailleurs sociaux, étudiants, enseignants universitaires, partenaires sociaux se retrouvent confrontés à leurs propres perceptions et ressentis en matière de recherche. En position de chercheurs impliqués dans le dispositif en train de se faire, nous proposons une voie alternative en analysant les implications dans ce mouvement singulier.

Des formateurs en tension : quelle(s) recherche(s) en centre de formation en travail social?

On observe une injonction paradoxale entre une production limitée en matière de recherche au niveau local et une volonté ministérielle et institutionnelle locale forte de développer la recherche. Des incompréhensions voire des tensions, réactivent des conflits identitaires en interne. Notamment celui du particularisme du champ de la formation qui n’est justement pas universitaire. Des professionnels ambivalents : « On ne veut plus être des rats de laboratoire ! » clament certains praticiens. La demande n’en est pas moins forte en matière d’espaces de réflexion. L’importance du faire collectif est une demande constante et revêt différentes formes : de la responsable de service du conseil général, à l’éducatrice militante, l’envie de faire ensemble et de réfléchir collectivement émerge dans les espaces proposés par le Prefas. Vers une recherche collaborative : un projet politique territorial. L’axe retenu est le développement des méthodes de recherche qualitatives privilégiant le collectif et la recherche-action. Ces méthodologies permettent de lier pratique et recherche, changement dans les institutions de travail social et connaissance, chacun restant « à sa place ». Ce constat est éminemment lié aux implications des acteurs du Prefas eux-mêmes, pris dans des rapports très variés avec l'institution de recherche universitaire. « Les faux amis » universitaires : la dynamique locale est prise dans un champ d’interférences : une recherche en sciences de l'éducation orientée sur l'approche qualitative, clinique et collaborative et une recherche classique en sociologie. On retrouve alors une dichotomie, en référence à l’Analyse Institutionnelle, entre une implication positive marquée par une approche semblable des situations (les sciences de l'éducation) et une implication négative marquée par la volonté d'objectiver la collaboration (la sociologie).

La démarche interroge donc les « champs d'interventions » différents de la recherche. S'intéresser aux pratiques des professionnels ou aux processus à l'oeuvre dans le social ? Ce débat récurrent n’empêcherait-il pas alors le développement d’une démarche de recherche par et pour les praticiens du champ sanitaire et social ?

 

 

 

Le développement d’un Pôle Ressource Recherche Etude Formation Action Sociale (PREFAS), en Limousin permet de mettre au travail les perceptions et culture de recherche des formateurs en travail social. En position de chercheurs impliqués dans le dispositif en train de se faire, nous proposons d'analyser en quoi et comment la question de recherche dite « intégrée » aux établissements de formation en travail social, devient analyseur de leur projet politique et pédagogique.

 

A partir d’une définition de ce qu’est le travail social, nous verrons que ce champ semble traversé aujourd’hui par un débat qui porte notamment sur la question de la recherche. Du point de vue de la formation comme du point de vue de la production, la recherche est une activité récente en travail social et elle pose des questions délicates. Quelle peut être sa place dans un secteur qui s’est construit en dehors de l’université qui détient la plus grande légitimité aujourd’hui sur ce sujet ? Le PREFAS est aujourd’hui à l’interface de l’université et des établissements de formation en travail social et met en analyse la place de la recherche dans ces établissements.

Après avoir réinterrogé cette notion du travail social et sa spécificité dans la formation (processus d’alternance articulant théorie/pratique), nous étudierons la manière dont est abordée la recherche par le dispositif PREFAS dans ce contexte. L’étude de la dynamique locale de la région limousine et ses singularités illustrera cet espace en train « de se faire ».

 

 

1. Le travail social

 

1.1. Un espace de formation en tension

 

Il nous semble important de revenir sur ce que nous entendons par « travail social » et ses enjeux dans le champ de la formation professionnelle.

 

Comme le souligne Autes, il est : « un espace à la fois pathétique et tristement banal, où peut s’accueillir toute souffrance, toute parole perdue et toutes les déshérences nées des ruptures du lien social » (Autes, 1999). Il revêt différent domaines de l’action sociale et différentes modalités de mise en œuvre (de projets d’intervention collectifs à des suivis individuels d’assistance, de la délinquance, au maintien à l’autonomie etc.).Il est souvent associé aux métiers particuliers qui le mettent en œuvre et considéré pour reprendre le vocabulaire de Chopard comme le « noyau dur » (Chopard, 2000) : assistant social, éducateur spécialisé, conseiller ESF, animateur, validés par un Diplôme d’Etat (DE).

 

Cette notion caractérise donc génériquement un ensemble d’acteurs et d’activités qui ont émergées d’actes caritatif et/ou religieux pour progressivement se professionnaliser et ce depuis la fin du XIXe siècle pour les plus anciens. Marqué par le passage du bénévolat à une professionnalisation de l’acte professionnel, on ne peut cependant généraliser la mise en œuvre pratique des métiers et leur formation spécifique. Mais, s’ils s’inscrivent sur un socle pédagogique commun qu’est l’alternance dite intégrative, les rapports aux savoirs et la construction de leurs champs théorique et pratique sont spécifiques et singuliers. A tel point que l’on peut observer parfois une méconnaissance des spécificités entre les professionnels de ce même champ du travail social. On est donc en présence d’un champ qui revendique son autonomie tout en étant pris dans ses propres contradictions.

 

La création de nouveaux métiers, notamment via les parcours professionnalisant proposés par l‘université tend à se complexifier.

 

1.2. La signification et la scientificité du travail social en débat

 

Depuis le début des années 2000, le travail social est revisité voire rebaptisée en Intervention sociale comme le proposent de nombreux sociologues (Micoud et Peroni, 2000). D’autres au contraire revendiquent le travail social comme une discipline garantissant ainsi l’autonomie de ce domaine (Rullac, 2011).

 

La formation au travail social est donc au cœur des débats de ce champs professionnel, qui revendique sa singularité et son autonomie face à l’université par la validation d’une formation spécifique via à un Diplôme d’Etat et une formation professionnelle articulant pratique et théorie. Le diplôme comme sa modalité pédagogique spécifique jouent le rôle de déterminant professionnel, d’appartenance professionnelle et ce malgré ou d’autant que la formation est désormais soumise aux critères Licence, Master, Doctorat (LMD) avec une reconnaissance niveau Licence (180 crédits European Credits Transfer System (ECTS), ouvrant droit de fait à une entrée en master à l’université).

 

L’articulation avec l’université est clairement posée et en débat : le fleurissement de licences professionnelles et de masters à l’université pouvant être considérés ou comme complémentaires ou concurrentiels en fonction des points de vue et des positionnements de chacun. Enfin se profile à l’horizon 2015 la volonté d’inscrire l’appareil de formation dans l’enseignement supérieur (hors champs universitaire) sur le modèle de hautes écoles spécialisées.

On notera là encore une tension en germe : si cette mission de formation a depuis son origine été déléguée au secteur privé et associatif (Institut Régional du Travail Social (IRTS), école à structure associative), la double dépendance des structures depuis 2004 remet en question ce monopole. L’Etat reste garant de l’organisation et de la création des diplômes via son ministère de tutelle et le Conseil régional qui définit et met en œuvre la politique de formation des travailleurs sociaux via son schéma régional de formation.

 

Ce très bref rappel historique sur cette notion de travail social, de ses métiers mais aussi des dispositifs de formation, montre déjà en germe cette polysémie et cette polymorphie du champ.

 

2. Recherche et travail social

 

2.1. Définir la recherche

 

Pour poursuivre la réflexion, il paraît indispensable de se doter d’une définition « minimale » de la recherche. Ce caractère «  indispensable » est lui-même analyseur d’un besoin que nous ressentons à justifier ou expliciter cette question d’identification, de clarification ou de positionnement de la recherche dans les centres de formation en travail social. Selon J. Beillerot, certaines conditions doivent être réunies pour pouvoir parler de « recherche » :

 

« Il semble que plusieurs littératures s'accordent, sous des dénominations quelque peu différentes, à reconnaître une démarche de recherche à trois conditions : une production de connaissances nouvelles (critère n° 1) : une démarche d'investigation rigoureuse (critère n°2) ; une communication des résultats (critère n° 3) ».

 

Ces critères constituent un premier niveau de la recherche, une recherche « minimale ». J. Beillerot complétait ainsi son propos :

 

« Il semble que l'on puisse trouver un accord sur l'existence de trois nouveaux critères qui constitueront les 4e, 5e et 6e. Le quatrième a trait à la possibilité pour ladite recherche d'introduire une dimension de critique et de réflexivité (un travail au second degré) sur ses sources, ses méthodes, ses modes de travail. Le cinquième critère est relatif à la systématisation dans le recueil des données ; enfin le sixième est celui de la présence d'interprétations énoncées selon des théories reconnues et actuelles qui contribuent à permettre l'élaboration d'une problématique aussi bien que l'interprétation de données (ce qui permet de signaler que la recherche de niveau minimal peut faire l'impasse sur l'interprétation des faits ou phénomènes qu'elle identifie). » (Beillerot, 1991).

 

Cette définition part du principe de l’existence possible de plusieurs degrés dans la recherche, sans hiérarchie entre eux mais avec des finalités différentes.

 

Ainsi, penser la question de la recherche dans l’espace particulier du travail social n’est pas si simple, et révèle un enjeu politique fort dans le domaine de l’enseignement supérieur. D’autant que sa place à proprement parlé n’apparaît que très tardivement dans les référentiels de formation, des centres de formations du « noyau dur » des métiers du travail social.

 

 

2.2. La jeunesse de la recherche dans le secteur social

 

Quelques dates montrent la jeunesse de la recherche dans le secteur social, en matière de corpus de formation et de production scientifique.

 

En matière de corpus de formation :

 

  • 1962 : l’initiation à la recherche apparaît dans le référentiel de formation des Assistants de Service Social et sera validée en 1980 par un mémoire de pré recherche.

 

  • 1978 : le Diplôme Supérieur de Travail Social (DSTS) introduit le mémoire d’initiation à la recherche qui sera institué en 1985 et transformé en 2005 en Diplôme d'Etat d'Ingénierie Sociale (DEIS, reconnu de niveau 1). Il demande une maîtrise de la compétence en matière de méthodologie de recherche.

 

En matière de production scientifique :

 

  • premier colloque sur la recherche en travail social en juin 1983, à l’initiative des centres de formation permanente et supérieure en travail social. L’un des premiers ouvrages traitant de cette question date de 1989. Il s’agit de «  la recherche en travail social » de Drouard, Bouquet et Duchamp.

 

  • Premier ouvrage en matière de méthodologie de recherche en travail social « manuel d’initiation à la recherche » de Pascal Lièvre, en 1998 (seconde édition en 2006).

 

  • Conférence dite « de consensus » 2011/2013 : espace de débats approfondis à l’initiative de la chaire «  travail social et intervention sociale » du CNAM, soutenue par la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) dont l’objectif est «  le développement de la recherche dans le domaine du travail social » en vue « d’améliorer la qualité des formations » et d’ « éclairer les politiques publiques et pour faire évoluer les pratiques professionnelles » (« Recherche et travail social : Avis du jury de la conférence de consensus », Communiqué de presse DGCS du 26 juin ). Elle s’inscrit dans la logique du processus de Bologne de 1999.

 

Dans cette perspective, en accord avec ces objectifs, à l’instar de la plupart des pays européens, les réseaux des établissements de formation dorénavant fédérés au sein de l’Union nationale des associations de formation et de recherche en intervention sociale (UNAFORIS) ont créée des plates-formes régionales et soutiennent le projet des Hautes écoles professionnelles en action sociale et de santé (HEPASS).

 

Les Pôles Recherche Etudes Formation en Action Sociale (PREFAS) se sont donc constitués en lien avec cette problématique, dans le cadre de l’appel à projets initié par la circulaire de la Direction Générale de l’Action Sociale du 6 mars 2008. Cette circulaire « vise à encourager et développer les pôles ressources pour favoriser la mutualisation des ressources pédagogiques et permettre une meilleure articulation formation/recherche, et milieu professionnel/recherche ».

 

 

3. La recherche collaborative du Prefass Limousin

 

3.1. Les spécificités du contexte local

 

En limousin, les acteurs se sont adaptés à leur réalité locale notamment autour de l’articulation sanitaire et sociale. Depuis sa création en 2008, le PREFASS Limousin regroupe les trois seuls instituts de formation en travail social et sanitaire du Limousin. L’Institut Régional de Formation Sanitaire et Sociale du Limousin Croix-Rouge française (IRFSS), l’Institut d’ Economie sociale et Familiale (IESF) et, l’Institut Régional de Formation aux Fonctions Educatives (IRFE). Le S de sanitaire témoigne d’une orientation spécifique, et d’une nouvelle manière de coopérer entre les acteurs du champ social et sanitaire. La création du pôle coïncide et entérine le renforcement d’un partenariat entre les centres de formation qui s’inscrivent dans une démarche transversale, et pensent leur stratégie dans le cadre d’un espace régional.

 

En faisant le choix de structurer sa démarche autour de l’alternance intégrative, le pôle a entamé un processus de structuration débouchant sur une volonté d'institutionnaliser la recherche en lien avec les institutions professionnelles. Cette démarche s'appuie dans un premier temps sur la création d'un espace collaboratif faisant ressource et recherche et dans un second temps sur un choix naturel : la recherche collaborative, illustrée par des actions concrètes « sur le terrain ».

 

 

La construction progressive de nouvelles collaborations sur le territoire à partir de l’alternance intégrative participe à promouvoir et stabiliser la démarche partenariale. Par exemple, la première étude du Prefass concernant la parole de jeunes dans les missions locales du Limousin (Nadaud, Selebran,Thers, 2011) fait ressortir localement la nécessité d’organiser et de coordonner des espaces dédiés aux études et recherches dans les centres de formations. Elle met en avant des questions récurrentes : le statut des formateurs chercheurs, l’articulation entre temps de recherche et temps de formation... Le partenariat avec le laboratoire FRED (Francophonie-Education-Diversité, Université de Limoges) en 2011 crée des synergies nouvelles avec le milieu universitaire. Il permet d’interroger l’articulation avec les professionnels de terrain. Par exemple, un professionnel d’une structure sociale alerte le Prefass sur la nécessité de développer des modes de collaboration compréhensible permettant un échange de connaissances adapté.

 

 

3.2. Aller « sur le terrain » : une posture en « recherche action »

 

Aller à la rencontre des professionnels de l'action sanitaire et sociale du point de vue de la recherche prend ici toute sa signification :

- leur activité propre peut constituer un objet dont ils seraient des experts, ou du moins des informateurs.

- leur collaboration aux travaux de recherche peut être plus importante lorsqu'ils sont acteurs des travaux mis en oeuvre avec le Prefass.

 

Dans la première perspective, le Prefass Limousin a développé des recherches dans le secteur du Haut Limousin au sujet de l'aide aux personnes âgées dépendantes : un diagnostic de territoire réalisé par trois étudiantes de troisième année Assistant de service social et un mémoire de Master de Santé Publique réalisé par une formatrice infirmière.

 

Le premier travail analyse la parole des personnes âgées bénéficiaires d'une aide à domicile sur ce territoire particulier et le second travail répertorie les compétences des personnes en charge de l'aide à domicile, professionnels ou non. A partir de ces travaux, une réflexion est engagée sur la formation des aidants sur ce territoire. La restitution par les auteurs dans le cadre de la journée d'études du Prefass a permis de confronter ces analyses avec les personnes qui avaient été prises dans la démarche de recherche sur le terrain en tant que personnes ressources ou enquêtées : responsable ou salariés d'associations d'aide à domicile, travailleurs sociaux, infirmières...

 

En investiguant sur le terrain, ces stagiaires du Prefass ont initié une dynamique dont l'étape la plus récente est une journée d'études organisée sur le territoire en novembre dernier. Cette journée a permis aux professionnels rencontrés lors des deux recherches concernées de s'informer mais aussi d'orienter la suite du travail. Aujourd'hui se pose la question de la publication de ces échanges en tant que poursuite de la démarche « sur le terrain », entre recherche et action, comme dans la deuxième perspective.

Enfin, l’implication des salariés du Pôle participe, par leurs appartenances croisées à l’université, à l’orientation du dispositif dans le champ des sciences de l’éducation.

 

Cette orientation en matière de recherche justifie un retour théorique sur le type de recherche mené au sein du Prefass Limousin. Nous proposons pour la plupart de nos études et/ou recherche des dispositifs méthodologiques permettant de générer des modes collaboratifs. A partir des commandes institutionnelles, nous faisons émerger les demandes implicites du terrain. Les salariés et personnes bénéficiaires sont associés au recueil de données et sont invités aux restitutions collectives de nos travaux. Les étudiants sont intégrés à certains stades du processus (réalisation de diagnostic, entretiens et analyse, restitution de travaux menés aux partenaires institutionnels…).

 

L’apport de connaissances est ainsi effectué tant par les praticiens de la recherche que les salariés des établissements sanitaires et sociaux que par les étudiants. Ces différents temps de rencontres permettent alors de construire progressivement de la collaboration, générant une relation de confiance. « La collaboration entre « praticiens » et « chercheurs » est nécessaire pour mener à bien le projet de recherche (…) » les chercheurs sont aussi des praticiens (de la recherche) et les praticiens sont amenés à entrer, au moins temporairement, dans une logique de recherche » (Monceau 2012)

 

Les démarches de recherche de terrain ont une dimension « action » lorsque les enquêtés ont connaissance des résultats. La recherche-action, elle, consiste à placer directement le chercheur dans une posture d'intervenant et les enquêtés dans une posture réflexive.

 

Par exemple, dans le cadre d'une commande faite par une entreprise de prestataire de location de matériel médical à domicile, l'organisation du travail a pour objectif de réaliser d'un côté une action médico-technique (location et entretien du matériel, contrôle de son usage par le patient et de ses effets pour le patient, en relation avec un médecin prescripteur) et d'un autre côté une action sociale (prise en compte des conséquences de la maladie et de son traitement sur la qualité de vie). Certaines situations nécessitent un travail collaboratif difficile dans ce contexte interprofessionnel entre les techniciens, les soignants et les assistantes sociales.

 

Ainsi, le service social, à partir de son questionnement sur la place et la lisibilité de son action dans la société de location de matériel médical, est à l'origine de la mise en œuvre de la recherche-action. Il est porteur d'un désir de réflexion accompagnée sur l'exercice du travail social dans un contexte interprofessionnel. Ce désir a trouvé dans la structure un certain écho qui a permis de mener des réunions collectives.

 

L'approche collective privilégie « la construction du sens et l’accroissement, par les acteurs sociaux, de la connaissance des logiques, mécanismes, processus dans lesquels ils sont pris et de la façon dont ils en sont partie prenante » (Giust-Desprairies). A partir des connaissances ainsi produites, il revient aux professionnels de dégager de nouvelles orientations de travail, les incitant à renouveler, sur tel ou tel aspect, leurs pratiques professionnelles. Le caractère collectif et partagé de la démarche pose question : est-ce de la recherche ? Est-elle la spécificité d'une recherche en travail social ?

 

Conclusion : la mise en analyse de la place de la recherche par le PREFAS

 

Si les débats nationaux ont beaucoup portés sur la spécificité ou non d’une recherche en travail social, au niveau local la finalité de la démarche de recherche présentée ici repose sur « un moyen de meilleure connaissance pour adapter son action » (Lièvre, 1998 et Drouard, 1989). En ce sens qu’elle soit dite « appliquée » ou en travail social, l’intérêt de la recherche est son apport en connaissances, avec, par, et pour les acteurs de ces champs professionnels.

 

D’où l’intérêt d’associer professionnels et étudiants et pas seulement les formateurs à la démarche afin de maintenir et garantir la particularité de la formation des métiers du social qui repose sur le principe d’alternance entre théorie et pratique. Ce qui en fait sa spécificité, notamment par rapport à l’université, ne serait-ce que par l’accès au terrain (stage) et l’articulation avec les praticiens. « Les professionnels doivent largement s’emparer de ces débats, en être partie prenante. Il est aussi de la responsabilité des chercheurs de mettre en discussion dans les espaces publics les résultats des recherches afin qu’ils soient questionnés et appropriés par les acteurs » (Communiqué de Presse DRJSCS 2013).

 

La recherche pratiquée en centre de formation en travail social, faite avec des travailleurs sociaux, réinterroge les règles scientifiques en matière de recherche et son enseignement. Si la pratique professionnelle fait souvent entrer dans la recherche, l’immersion prolongée dans le milieu, doublée d’un engagement professionnel (valeurs professionnelles) est-il facilitateur ? Si l’on s’intéresse aux effets de l’implication comme le propose le courant de l’analyse institutionnelle (à savoir « nos manières de percevoir, de penser et de nous comporter, d’une multiplicité d’appartenances, présentes, passées et futures » (Monceau 2010), cette mise au travail ouvre d’autres perspectives méthodologiques. Qu’advient-il alors du statut des formateur pratiquant la recherche : s'agit-il de nouveaux professionnels ou de l'institutionnalisation de pratiques « à côté » (Weber, 1989) ?

 

Aujourd'hui la mise en cohérence de l'espace de formation avec les pratiques professionnelles passe notamment par l'institutionnalisation de pratiques de recherche au sein du Prefass. Ainsi la position du Prefass Limousin interroge la place de la recherche dans le champ du travail sanitaire et de l'intervention sociale et dans la relation des établissements de formation sanitaire et sociale avec l'institution universitaire.

 

Références

 

Autes (1999). Les paradoxes du travail social. Paris : Dunod.

 

Beillerot, J. (1991). La recherche, essai d’analyse. Recherche et formation, n°9. Paris. INRP.

 

Chopart (2000). Les mutations du travail social. Dynamique d'un champ professionnel. Paris : Dunod.

 

Duchamp, M. Drouard, H. Bouquet, B. (1989). La Recherche en travail social. Paris : Le Centurion.

 

Lièvre (2006), Manuel d’initiation à la recherche sociale. Rennes : ENSP. (2ème édition).

 

Lourau (1997). La clé des champs. Paris : Anthropos

 

Micoud, A. et Peroni, M. (2000). Ce qui nous relie. La Tour d’Aigues :Editions de l'Aube.

 

Ministère des Affaires Sociales et de la Santé (2013). Recherche et travail social : Avis du jury de la conférence de consensus. Communiqué de presse DGCS du 26 juin 2013

 

Ministère des Affaires Sociales et de la Santé (2008). Circulaire DGAS/PSTS/4A N° 2008-86 du 6 mars 2008 relative aux actions de qualification en travail social.

 

Monceau, G. (2010). Analyser ses implications dans l´institution scientifique: une voie alternative. Estudos e pesquisas em psicologia n°1 Ano 10. UERJ. 13-30.

 

Nadaud, D. Selebran, C. et Thers, A. (2011). La parole des jeunes dans les missions locales en Limousin. Etude PREFASS 2011. OSLIM – DRJSCS Limousin.

 

Rullac, S. (2011). De la scientificité du travail social. Quelles recherches pour quels savoirs ? Pensée plurielle n°26. 2011/1. 111 -128

 

Weber (1989). Le travail à côté. Etude d’ethnographie ouvrière. Paris :Emess et Inra.