470 - Ecole et nation aujourd'hui: approches comparées (France - Grande-Bretagne)

Géraldine Bozec

Centres d'études européennes de Sciences Po (Paris), France

 

Mots clés: nation, immigration, citoyenneté.

 

Ce symposium interroge la contribution de l’école contemporaine à la formation et au renforcement des identités collectives, de l’identité nationale en particulier. Historiquement, les systèmes éducatifs ont joué un rôle clef dans la construction des nations (Thiesse, 2001), de manière toutefois différente selon les pays considérés (Green, 1990). A l’image des travaux sur le nationalisme (Gellner, 1989 ; Anderson, 2006), les recherches s’intéressant aux rapports entre l’école et la nation ont surtout porté sur les débuts de la construction nationale au 19ème siècle et dans la première moitié du 20ème siècle et beaucoup moins sur la manière dont l’école contribue aujourd’hui à forger le lien national. Les réflexions sur le sujet soulignent pourtant la nouveauté du contexte contemporain. L’accélération de la mondialisation, le développement de l’intégration européenne, la montée de l’individualisme et le pluralisme culturel qui caractérise les sociétés actuelles viennent questionner la place de la nation (et l’image qui en est donnée) à l’école.

Ces réflexions se développent sans pour autant que ce phénomène soit étudié de manière extensive sur la base de données empiriques relatives aux débats et aux systèmes éducatifs contemporains. Ce symposium vise à nourrir ce champ de recherche en faisant dialoguer les travaux fondés sur une base empirique et portant sur différents contextes nationaux. Le point de vue se veut comparatif : les communications portent sur la France, sur la Grande-Bretagne ou sur ces deux cas nationaux. Le symposium permettra ainsi de mettre à jour tant les convergences que les différenciations qui apparaissent aujourd’hui entre les deux pays. Les communications interrogent les relations entre l'école et la nation à partir de diverses entrées thématiques et empiriques : débats publics récents sur la problématique coloniale dans l'histoire enseignée en France ; perceptions par les élèves du rôle des minorités dans l'histoire britannique ; définition et place de la nation dans les curricula scolaires (d’histoire, de géographie et d’éducation à la citoyenneté) en France et en Grande-Bretagne. Les trois communications soulignent l'importance prise aujourd’hui par les controverses sur la place des minorités et des populations issues de l'immigration dans l'identité et l'histoire nationales.

 

Références bibliographiques :

Anderson, B.  (2006). L'imaginaire national : réflexions sur l'origine et l'essor du nationalisme. Paris : La Découverte.

Gellner, E. (1989). Nations et nationalisme. Paris : Payot.

Green, A. (1990). Education and state formation: the rise of education systems in England, France and the USA. Basingstoke: Macmillan.

Thiesse, A.-M. (2001). La création des identités nationales : XVIIIe-XXe siècle. Paris : Seuil.

 

Discutante: Patricia Legris, CERHIO, Université Rennes 2.

 

Comment les débats publics sur le colonial interrogent-ils le national à l’école ?

 

Laurence de Cock

ISPEF, Université Lyon 2, France

 

Le 23 février 2005, une loi « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés »  est adoptée au Parlement français. Son article 4 provoque un tollé dans la communauté des historiens et des professeurs d’histoire-géographie. Une pétition circule demandant l’abrogation de l’article 4 stipulant l’obligation d’ « enseigner les aspects positifs de la présence française outre-mer ». Les arguments mobilisés dans les débats publics relèvent à la fois de la posture éthique du chercheur en histoire qui s’interdit toute prise de position morale ou partisane sur un événement historique, mais aussi d’enjeux scolaires autour des finalités assignées à l’enseignement de l’histoire, notamment au regard de la présence, dans les classes, d’élèves héritiers du passé colonial français. 

En 2008 sont promulgués de nouveaux programmes d’histoire au collège. Un thème est introduit sur les royaumes médiévaux africains. Cette soi-disant nouveauté provoque une polémique très médiatisée impulsée et relayée par des enseignants du secondaire. Accusée de sacrifier l’enseignement de l’histoire nationale, l’Inspection Générale s’est sentie sommée de répliquer.

Si ces deux controverses ne sont pas similaires en tout point, elles soulèvent néanmoins un aspect justifiant la comparaison. Chacune provoque, dans l’espace public, un débat où, derrière le colonial, vient se loger la question de la finalité nationalo-identitaire de l’enseignement de l’histoire. Elles révèlent à quel point l’histoire scolaire se trouve aujourd’hui mise en tension entre deux modèles :

  • Le premier repose sur l’adhésion à un passé commun constitutif d’une identité dite « nationale ».  Formalisée dès le second Empire, cette mission matricielle assignée à l’histoire scolaire intègre le colonial comme une donnée essentielle constitutive de la fierté nationale.
  • Le second se focalise désormais sur la nécessité de l’acquisition d’un esprit critique  et de la « politique de la reconnaissance » (Honneth, 2013) qui appelle à la fois à la prise en compte du caractère multiculturel de la société mais aussi à la nécessité de se tourner vers les pages sombres de l’histoire nationale. Ici, le colonial se charge doublement : il est à la fois prisme de lecture de la diversité culturelle (Sénac, 2012) et support d’une réflexion critique sur la politique républicaine.

Le colonial véhicule donc une vision très politisée de l’histoire qui, en se « scolarisant », rencontre les problématiques inhérentes à l’école, à savoir, la définition d’un projet de société.

Nous proposons donc de procéder à l’analyse et à la comparaison des ces deux controverses (supports médiatiques et échos dans les réseaux sociaux d’enseignants d’histoire-géographie) afin d’évaluer comment la problématique coloniale, ces dernières années, est venue bousculer le paradigme de l’histoire enseignée en France.

 

Références bibliographiques :

Honneth, A. (2013). La lutte pour la reconnaissance. Paris: Gallimard.

Legris, P. (2010). Les programmes d’histoire en France, la construction progressive d’une citoyenneté plurielle, 1980-2010. Histoire de l’éducation, 126, 121-151.

Sénac, R. (2012). L’invention de la diversité, Paris: Presses Universitaires de France.

 

History and Britishness: alternatives for school history

 

Robin Whitburn, Abdullahi Mohamud, Sharon Yemoh

Institute of Education, London University, Britain

 

Public debate about the school history curriculum in Britain often highlights its connection to issues of identity within British society and associated values, including social cohesion and patriotism.  Some commentators give central importance to heroic figures associated with the nation’s narrowly perceived triumphs (Gove, 2011).  The school courses discussed here bear the hallmarks of both ‘British History’ and ‘heroism’ but focus on history that seldom features in either political or academic debates:  the experience of Black and Asian peoples in Britain.  Rather than the veneration of traditional icons, the approach to heroism was for both students and teachers to encounter historical actors who can inspire their future conduct, particularly when they are hemmed in by constraining forces (Halpin, 2010). One was a public examination course for 16-year old students studied at a highly diverse multicultural comprehensive secondary school in north London, taught from 2004 to 2010.  The other is an historical enquiry for 12- and 13-year olds that has been taught in five different London schools and focuses on people of Somalian heritage who have been a presence in Britain for over a hundred years, but whose migration has changed in nature significantly in the past few decades.

Some people believe that there needs to be an exclusive focus on positive aspects of multicultural Britain in order to create social cohesion, but we considered such an approach unhistorical, and indeed unlikely to succeed, since our young people would be sceptical of an unconditionally positive picture.  Heroism of Black British people is sometimes presented in terms of personal struggles to emerge paramount in fields of sport and culture, but our courses involved socio-political communal struggles; students examined how the concepts of assimilation, autonomy and integration, were experienced and debated during the twentieth century.  In the British Somali enquiry the role of the immigrant workers in the nation’s struggles in two world wars was highlighted, and questions discussed about the way remembrance of their role had been largely ignored for so long. 

Two small-scale research projects examined aspects of the impact of these courses on students, and small groups of students were selected as samples to be interviewed.  The approach followed the idea of ‘Appreciative Enquiry’ (Ludema et al, 2006) and so concentrated on positive impact, rather than critique.  In both cases, the students talked in terms of the development of their appreciation of their nation and their heritages.  Studying the struggles of Black and Asian peoples in post-Imperial Britain had not been antithetical to giving them a confident sense of Britishness.

 

Références bibliographiques :

Gove, M. (2011). National curriculum review: children failed by Labour's education reforms, says Gove. Daily Telegraph, January 20th 2011.

Halpin, D. (2010). Heroism and pedagogy. Pedagogies: An International Journal, 5(4), 265-274.

Ludema, J.D., Cooperrider, D.L., & Barrett, F.J. (2006).  Appreciative Inquiry: the Power of the Unconditional Positive Question, in Reason, P. & Bradbury, H. (eds.) Handbook of Action Research.  London, Thousand Oaks and New Delhi: Sage.

 

La nation à l'école en France et Grande-Bretagne: poids des héritages nationaux et évolutions communes

 

Géraldine Bozec

Centres d'études européennes de Sciences Po (Paris), France

 

Cette communication vise à analyser la manière dont les systèmes éducatifs britannique et français contribuent aujourd'hui à construire l’identification des élèves à leur nation. Il s'agit d'étudier dans les deux pays la définition et la place de la nation dans les curricula scolaires, et son articulation avec d’autres référents identitaires (place du local, des appartenances ethniques et religieuses, des échelons supranationaux). L’analyse porte sur les débats éducatifs et les curricula scolaires (d’histoire, de géographie et d’éducation à la citoyenneté) de la dernière décennie.

La mission civique de l'école a été affirmée depuis longtemps en France (Déloye, 1994) et correspond à une véritable tradition scolaire. En Grande-Bretagne, cette finalité citoyenne n'a été mise en avant que dans les dernières décennies, marquant un tournant dans l'histoire du système éducatif anglais et dans les conceptions de la citoyenneté (Frazer, 2000 ; Harber, 2002). Dans les deux cas toutefois, le systèmes d’enseignement sont confrontés à des enjeux communs: l'intégration européenne, la mondialisation et les interrogations sur l'unité et la diversité de la nation (en lien avec l'immigration) affectent la manière dont la formation du citoyen à l'école est pensée et mise en pratique.

La communication montrera que les configurations historiques nationales continuent de peser sur la définition et la place de la nation dans les contenus scolaires actuels en France et en Grande-Bretagne. Cependant, des tendances communes se donnent aussi à voir. Les discours scolaires sur la nation évoluent dans des directions comparables (déclin des mythologies nationales, articulation plus forte du référent national et des échelons supranationaux). Et on relève dans les deux pays une insistance forte sur l’impératif de cohésion de la nation. Si l’opposition entre un modèle républicain français et un modèle multiculturel britannique reste à bien des égards pertinente, elle se trouve nuancée par l’essor, dans les deux cas, des discours unitaires. 

 

Références bibliographiques :

Déloye, Y. (1994). Ecole et citoyenneté : l’individualisme républicain de Jules Ferry à Vichy : controverses. Paris : Presses de la Fondation Nationale de Sciences Politiques.

Frazer, E. (2000). Citizenship education: anti-political culture and political education in Britain. Political Studies, 48(1), 88-103.

Harber, C. (2002). Not quite a revolution: citizenship education in England, in M. Schweisfurth, L. Davies, & C. Harber (Eds.), Learning democracy and citizenship: international experiences (pp. 225-237). Oxford: Symposium Books.