467 - Les « repris de justesse » : Etude ethnographique de l’échec scolaire dans les classes dominantes

Vincent Chapon

LACES/ERCEP3, Université Bordeaux Segalen, France

 

Mots clé : Elites, échec scolaire, effet établissement 

 

L’étude des élèves en situation scolaire difficile dans les classes dominantes nous permet un autre éclairage quant à la construction de l’idée d’échec. Les enfants issus de milieux très favorisés bénéficient d’un cumul de capitaux leur assurant théoriquement la reproduction de leur posture et de leur niveau social. Cependant on observe au sein même de ces classes des situations d’échec non négligeables. Si ces cas sont statistiquement minoritaires, ils n’en sont pas pour autant marginaux (Daverne, 2003 ; Peugny, 2009 ; Henri-Panabière, 2010). La difficulté d’entrée sur le terrain liée à la discrétion et à la méfiance de ces classes (Pinçon & Pinçon-Charlot, 1997), d’autant plus afin de décrire l’échec, nous a conduit à multiplier les approches. Cette recherche est basée sur une étude ethnographique de près de 5 ans sur des terrains divers. Deux établissements scolaires privés très favorisés de Bordeaux ont été étudiés, un établissement réputé au sein de ces classes sociales comme étant un établissement scolaire d’excellence et un autre réputé quant à lui pour rattraper les situations scolaires difficiles : les « repris de justesse ». Cette étude est également basée sur une immersion ethnographique dans les classes dominantes, cette dernière nous a permis de réellement circonscrire les enjeux de ces classes en dehors de l’espace scolaire et de mieux comprendre leurs intérêts et leurs méfiances envers l’école. Tout d’abord, cette communication tentera de montrer à quel point les établissements scolaires d’excellence créent eux-mêmes de l’échec dans ces classes sociales. En effet, nous avons analysé les normes d’excellence (Perrenoud, 1995) par l’intermédiaire des règlements intérieurs et de leur application ainsi que les distances à celles-ci. Les systèmes de sanctions sont analysables comme des phénomènes sociaux et ont des fonctions sociales (Foucault, 1975 ; Prairat 2003) au regard des attentes et des valeurs des familles. Le règlement intérieur et ses interprétations dans ces établissements peuvent donc apparaître comme une description, par la pratique, des comportements d’excellence. Ensuite, l’étude montre à quel point une culture d’établissement trop forte et tournée exclusivement vers les codes des classes favorisées est créatrice d’échec pour les plus éloignés de ces normes et des règles d’excellence y compris au sein des classes dominantes, montrant ainsi l’importance d’analyse d’une domination dans la domination. L’étude montre enfin comment des établissements se mettent au service d’une classe entière afin de récupérer ces « repris de justesse » et leur assurer la perpétuation attendue. Loin d’une attitude rationnelle de rupture volontaire avec les codes de leur classe, ces élèves en situation d’échec sont les produits des structures même des classes dominantes et des établissements scolaires qui les accueillent.

 

Références bibliographiques : 

Daverne,C. (2003). Echec scolaire ou déclassement des classes favorisées ? Recherche sur des « héritiers…déshérités » (Thèse de doctorat inédite). Université de Rouen.

Foucault, M. (1975). Surveiller et punir. Paris, France : Gallimard.

Henri-Panabière,G. (2010). Des « héritiers » en échec scolaire. Paris, France : La Dispute. Perrenoud, P. (1995). La fabrication de l’excellence scolaire : du curriculum aux pratiques d’évaluation : Vers une analyse de la réussite, de l’échec et des inégalités comme réalités construites par le système scolaire. Genève, Suisse : Droze.

Peugny,C. (2009). Le déclassement. Paris, France : Grasset et Fasquelle.

Pinçon, M., & Pinçon-Charlot, M. (1997). Voyage en grande bourgeoisie. (2e éd. rév.) Paris, France : Publication universitaires de France.

Prairat, E. (2003). La sanction en éducation. Paris, France : Publication universitaires de France.