465 - De l'usage des technologies à l'apprenance

Nathalie Tingry

Université Paris Ouest Nanterre La Défense- Laboratoire Dicen, France

 

Mots clés : Usages, jeunes, technologies

 

Il est admis aujourd’hui que les technologies transforment nos pratiques à un rythme exponentiel. Il est cependant moins reconnu que ce sont les personnes elles-mêmes qui façonnent les usages de ces technologies en fonction de leurs goûts ou leurs intérêts. Or la  logique de l’usager et les pratiques de détournement des outils techniques confirment cette place centrale de l’usager dans l’exploitation finale des ressources (Perriault, 2008). Ces mutations ouvrent des perspectives de transformation radicales des pratiques d’apprentissage et de formation. Parallèlement un mouvement de recherche dévoile le fait que les personnes n’apprennent pas que dans les lieux formels de formation (Cyrot, 2011; Brougère & Ulmann, 2010 ; Carre & Charbonnier, 2003). D’autre part, la crise de l'école et du modèle du stage en formation continue, amènent certains auteurs à poser une question un peu provocante mais qui mérite réflexion face à « l’intrusion » du numérique dans nos vies et au fait que toute la connaissance du monde est à portée de doigts : "Faut-il encore apprendre"? (Enlart & Charbonnier, 2010). Cette question d’importance pour l’ensemble des sujets sociaux revêt un caractère particulièrement crucial pour les nouvelles générations.

Cette double problématique technologique et éducative nous a amenée à nous poser une question de recherche, à la fois descriptive et prospective, concernant les usages des ressources numériques par les jeunes de 16 à 25 ans et de mettre en exergue les enjeux de ces pratiques pour l’éducation et la formation.

Notre recherche de nature quantitative repose sur deux études par questionnaires adressés par messagerie électronique. Le corpus total étudié de 896 répondants de 15 à 78 ans, de toutes origines sociales, a permis de comparer l’usage des ressources numériques, la perception d’apprentissage avec ces ressources et les motivations d’usage (plaisir/utilité) entre les jeunes de 16 à 25 ans de notre première étude et les autres classes d’âge de notre population.

Nos premiers résultats montrent que les technologies banalisent l’accès au savoir, ouvrant des possibilités de démocratisation de l’accès à la culture, autorisant de nouveaux espoirs d’égalisation des chances. Il a été également mis en évidence que les technologies transforment les modalités d’apprentissage. La question à l’issue de cette recherche n’est plus de réfléchir à « faut-il encore apprendre ? » mais comment faciliter l’apprenance des élèves et des adultes par un entraînement méthodique à l’ « autoformation numérique » ?

 

Références bibliographiques

Brougères, G., et ulmann, A.-L. (Dir.) (2009), Apprendre de la vie quotidienne, Paris, PUF, 288 p.

Carré, P. et Charbonnier, O. (Dirs.) (2003), Les apprentissages professionnels informels. Paris : L’Harmattan, 305 p.

Carré, P. (2005) L’apprenance, vers un nouveau rapport au savoir, Paris, Dunod, 224 p.

Cyrot, P. (2011). Autoformation(s). In Carre, P., & Caspar, P. (Dir.) (2011). Traité des sciences et des techniques de la formation. Paris: Dunod. 3ème édition, 331-350.

Enlart, S. et Charbonnier, O. (2010), Faut-il encore apprendre ?, Paris : tendances psy, Dunod, 208 p.

Jauréguiberry, F. et Proulx, S. (2011), Usages et enjeux des technologies de communication,  Toulouse : Érès 143 p.

Lahire, B. (1998) L'Homme pluriel: les ressorts de l'action, Paris : Nathan

Perriault, J. (2008), La logique de l’usage. Essai sur les machines à communiquer, 2ème éd. Paris: L’Harmattan, coll. Anthropologie, ethnologie, civilisation (1 ère éd. 1996).