457 - Les gestes professionnels d’enseignants stagiaires en éducation physique et sportive

Fabienne BRIERE

CIRCEFT, Université de Paris 12, FRANCE

 

Mathilde MUSARD

ELLIADD, Université de Franche Comté, FRANCE

 

Marie-Paule POGGI

CRREF, IUFM de Guadeloupe, FRANCE

 

Mots clés : Education physique et sportive, gestes professionnels, théorie de l’action conjointe en didactique, théorie anthropologique du didactique.

 

Cette recherche qui s’inscrit dans une perspective didactique comparatiste, s’intéresse aux gestes professionnels d’enseignants d’EPS lors de leur insertion professionnelle correspondant à leur première année d’enseignement sans formation professionnelle. Les gestes professionnels s’expriment dans le contexte interactif de la classe et actualisent diverses préoccupations de façon systématique, modulaire et dynamique (Bucheton & al., 2009). Ils désignent un ensemble de tâches concrètes (des classes d’actions génériques) dont la dimension symbolique rend compte de l’enjeu de sens et/ou de valeurs qui se joue dans la pratique professionnelle (Alin, 2010). Pour rendre compte de leur dynamique, nous prenons appui sur : a) la théorie de l’action conjointe en didactique (Sensevy & Mercier, 2007) selon laquelle le système des gestes du professeur et celui des élèves se déterminent mutuellement en fonction de leurs rôles respectifs (ou topos) ; b) la théorie anthropologique du didactique (Chevallard, 1997), qui définit ces gestes en lien avec l’accomplissement de tâches didactiques coopératives orientées par la fonction d’étude / d’aide à l’étude au sein d’une institution déterminée.

La méthodologie adoptée repose sur : a) l’enregistrement filmé de trois leçons réalisées par deux enseignants stagiaires à différents moments de l’année ; b) des entretiens d’autoscopie, de type « auto-confrontations » après chaque leçon filmée ; c) un entretien ante réalisé en début d’année et un entretien post réalisé en fin d’année, de type semi-directif, dont l’enjeu est d’accéder aux arrières plans épistémologiques et culturels sous-tendant les choix didactiques des enseignants.

Les résultats montrent une évolution des gestes des enseignants et de leur articulation au fil des leçons, fondée sur une transformation de leurs préoccupations. Si les gestes de conception et d’organisation des dispositifs des deux enseignants novices sont avant tout ancrés sur les programmes en début d’année, ils tendent à prendre davantage en compte les obstacles rencontrés par les élèves au fil des séances. De même, les gestes de régulation traduisent le passage d’un guidage individualisé et ponctuel à un guidage plus collectif, traduisant une plus grande interaction entre mésogenèse et chronogenèse (Sensevy & Mercier, 2007) ainsi qu’une dévolution plus importante des apprentissages aux élèves (topogenèse). La tendance initiale à privilégier les fonctions de pilotage, d’atmosphère et d’étayage s’enrichit progressivement de la prise en compte des fonctions d’apprentissage et de tissage (Bucheton & al., 2009), malgré la ténacité des difficultés éprouvées par les stagiaires pour analyser les conduites d’apprentissage singulières des élèves. Mais au-delà des convergences caractérisant les gestes des deux enseignants, se dessinent des spécificités liées au type d’activité physique sportive et artistique, au contexte d’enseignement ainsi qu’au style (Clot, 1999) construit par chacun d’entre eux.

 

Références bibliographiques :

Alin, C. (2010). La Geste Formation - Gestes professionnels et Analyse des pratiques. Paris : L’Harmattan.

Bucheton et al. (2009). L’agir enseignant : des gestes professionnels ajustés. Toulouse : Octarès.

Chevallard, Y. (1997). Familière et problématique, la figure du professeur. Recherche en  Didactique des Mathématiques, 17/3, 17-54.

Clot, Y. (1999). La fonction psychologique du travail. Paris : Presses universitaires de France.

Sensevy, G. et Mercier, A. (2007). Agir ensemble : l'action didactique conjointe du professeur et des élèves. Rennes, France : PUR.