452 - Contribution à une redéfinition du concept d’éducation dans le champ de la santé : au croisement de l’anthropologie et de la théorie des situations didactiques

Bernard Sarrazy

LACES Univ. Bordeaux - Equipe Anthropologie et diffusion des savoirs

Mots clefs : éducation thérapeutique, anthropologie de la santé, maladie chronique, changements de comportements

La visée de ce symposium est d’attester l’intérêt théorique et pratique du renouvellement de l’étude des phénomènes éducatifs dans le champ de la santé, entendu ici au plein sens de l’OMS (1946) : « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consist[ant] pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité ». Ce cadre d’étude, développé depuis 1998, a montré sa fécondité dans divers domaines : le champ scolaire, l’éducation familiale… et depuis trois ans dans le champ de la santé. L’éducation est ici envisagée comme un processus d’incorporation de (nouvelles) manières d’être, d’agir et de penser, se déployant sur une temporalité longue. Ce processus est coextensif des conditions objectives d’existence des patients (au sens du background  de J. Searle, 1985) et aux milieux (au sens de G. Brousseau, 1998) avec lesquels ils interagissent au quotidien. Ainsi, l’éducation n’est plus seulement conçue comme le seul produit de l’information, de l’instruction ou d’un enseignement ponctuel, mais comme la résultante d’un ensemble de conditions hétérogènes contribuant à la transformation (ou au maintien) d’une façon d’agir de façon pérenne. Ce sont les propriétés de telles conditions, situées à l’intersection du « didactique » (spécifique de la pathologie ou de certains facteurs de risque) et du « non didactiques » (spécifiques de l’environnement et de l’histoire des patients), que nous nous proposons de présenter. Ce cadre d’étude s’inscrit en rupture avec les approches essentialiste comme on peut en trouver dans le champ psychologique ou psycho-sociologique reposant le plus souvent sur l’étiquetage du patient faisant parfois appel à des ressources internes dont l’origine reste mystérieuse. Nous faisons le pari que cette approche permettra de dépasser la contradiction apparente entre les deux modèles classiques : l’un directif centré sur la maladie, l’autre empathique centré sur le malade (perspective de la patient-centred medicine) autrement dit entre un point de vue objectiviste (le patient comme agent) et un point de vue phénoménologique et subjectiviste (le patient comme sujet) (Bourdieu, 1972). Ce dépassement est rendu possible en considérant que les conditions matérielles d’existence des individus (objectives et objectivement descriptibles), que la structure de l’espace social telle qu’elle s’impose à eux (et qui rend possible leur expérience sociale), produisent des habitus différents.

Références

Bourdieu P. (1972) – Esquisse d’une théorie de la pratique, Genève : Droz.

Brousseau G. (1998). Théorie des situations didactiques. Grenoble : La pensée sauvage, 1998, 395 p.

Searle J.R. (1985). – L’intentionnalité : essai de philosophie des états mentaux. Paris : Minuit. 344 p., coll. Propositions.