449 - Comment les enseignants jugent les parents ? Le cas d’un collège en éducation prioritaire

Pierre Périer

Professeur de Sciences de l’éducation, Université Rennes 2, France

 

Mots clés: Jugement, Enseignants, Familles populaires.

 

Les recherches sur les rapports entre les familles et l’école envisagées sous l’angle des enseignants insistent centralement sur la position de classe des enseignants face aux parents de milieux populaires. La distance des origines et l’écart entre les normes éducatives dans les familles et à l’école alimentent la théorie implicite du « handicap socioculturel » qui oriente les interprétations des difficultés d’apprentissage ou problèmes de comportement des élèves (Thin, 1998 ; van Zanten, 2001). On sait moins cependant comment le jugement des enseignants sur les parents se construit, selon quels critères et avec quels effets. Cette communication s’intéresse précisément à analyser le processus par lequel des professeurs du secondaire perçoivent et jugent les parents d’élèves de milieux populaires et immigrés au sein d’un collège de l’éducation prioritaire (alimenté par une école de quartier en « réussite éducative »), en se focalisant plus particulièrement sur quelques élèves dont les parents ont été également interviewés. Au total, le corpus se compose d’une part, de 20 entretiens d’enseignants des différentes disciplines rencontrés en fin d’années scolaires 2010 et 2011 et, d’autre part, de huit entretiens avec des parents ayant un enfant en classe de 6ème.

Dans la problématique de ce texte, le jugement des enseignants repose sur une ambivalence quant au rôle attribué aux parents. D’un côté, ils les placent au « centre », en insistant sur la nécessité de leur collaboration et implication, dans l’intérêt supposé de l’enfant (et secondairement de l’enseignant lui-même). A ce titre, les parents font figure d’« alliés ». De l’autre, ils ne manquent pas, en cas de difficultés d’apprentissage ou de problèmes de comportement de l’élève, de faire porter leur regard sur les familles qu’ils perçoivent au travers de leurs excès (« trop » en retrait, « trop » dans l’attente) ou de leurs manques (dans le suivi scolaire, l’encadrement éducatif). Un glissement se produit qui fait passer d’un modèle de parent idéalement partenaire à une famille responsable des « maux » scolaires de l’élève ou encore, d’un enjeu scolaire à un jugement social. On s’intéresse dans l’analyse de ce processus à identifier les critères qui construisent le regard des enseignants sur les « parents » ou les « familles » (Glasman, 1994), et le poids accordé à certaines caractéristiques individuelles et sociales dans l’interprétation des « accrocs » scolaires ou de comportements des élèves. Il s’agit de saisir la manière dont ces éléments d’appréciation différenciée des « qualités » parentales affectent le jugement sur les élèves et de s’interroger plus largement sur les effets d’un tel processus.

 

Références bibliographiques:

Glasman, D. (1994). « Parents » ou « familles » : critique d’un vocabulaire générique. Revue française de pédagogie, 100, 19-33.

Thin, D. (1998). Quartiers populaires : l’école et le quartier. Lyon : PUL.

van Zanten, A. (2001). L’école de la périphérie. Paris : PUF.