438 - Regards croisés sur les inégalités scolaires

Stéphane Bonnéry

ESCOL-Circeft, Université de Paris 8, France

 

Aurélie Chesnais

LIRDEF (EA 3749), Universités Montpellier 2 et Montpellier 3, France

 

Martine Dreyfus

LIRDEF (EA 3749), Universités Montpellier 2 et Montpellier 3, France

 

Christophe Joigneaux

RECIFES, Université d'Artois & ESCOL-Circeft, Université de Paris 8, France

 

Karine Molvinger

LIRDEF (EA 3749), Universités Montpellier 2 et Montpellier 3, France

 

Valérie Munier

LIRDEF (EA 3749), Universités Montpellier 2 et Montpellier 3, France

 

Yves Soulé

LIRDEF (EA 3749), Universités Montpellier 2 et Montpellier 3, France

 

Mots-clés : inégalités scolaires, littératie, sociologie, didactique

 

Ce symposium vise à aborder le sujet des inégalités scolaires à partir de trois points de vue différents : un point de vue sociologique, un point de vue de didactique des mathématiques et des sciences, et un point de vue de didactique du français. Dans le prolongement du colloque Sociologie et Didactique – vers une transgression des frontières (Lausanne, 2012), l’objectif est de faire dialoguer ces différentes approches des mêmes questions.

Les trois communications questionnent la manière dont les inégalités scolaires se construisent. Une hypothèse essentielle est que celles-ci résultent de la rencontre entre des dispositions d’élèves construites dans la sphère familiale et des pratiques de classe. Les différences de rapport au savoir et au langage d’élèves en fonction de leur milieu d’origine ont été mises en évidence depuis longtemps (voir notamment Charlot, Bautier & Rochex 1992, Bautier 1995) et l’enjeu de ce symposium est de poursuivre la tâche d’étudier la manière dont ces différences se transforment, en classe, en inégalités.

La première communication s’intéresse ainsi, avec un point de vue sociologique, aux manières de faire de différents élèves face à « des fiches » en classe de maternelle, en les mettant en relation avec des pratiques familiales de lectures partagées d’albums. La deuxième, avec un point de vue didactique, propose de s’appuyer sur des analyses de séances d’ateliers d’écriture au CP et sur des éléments issus d’un projet d’étude en cours concernant l’apprentissage de la lecture afin d’éclairer le rôle de la « conscience disciplinaire » (Reuter, 2007) des enseignants sur la construction de ces inégalités ; les auteurs s’appuient pour cela sur le modèle de l’agir enseignant (Bucheton & Dezutter, 2008, Chabanne & Dezutter, 2011).  La troisième enfin, toujours d’un point de vue didactique, porte sur l’analyse de productions langagières dans des tests écrits et à l’oral en classe à propos de contenus de mathématiques et de sciences, notamment en ce qui concerne des argumentations. Le corpus a été recueilli dans des classes de CM2 et de sixième d’établissements accueillant des publics contrastés, ce qui devrait permettre de mettre en évidence d’éventuelles spécificités en ce qui concerne les difficultés des élèves de milieu social défavorisé.

 

Références bibliographiques :

BAUTIER E. (1995). Pratiques langagières, pratiques sociales, de la sociolinguistique à la sociologie du langage. Paris : l’Harmattan.

BUCHETON, D., DEZUTTER, O. (dir.) (2008). Le développement des gestes professionnels dans l’enseignement du français.  Bruxelles : De Boeck.

CHABANNE, J-C., DEZUTTER, O. (dir). (2011). Les gestes de régulation des apprentissages dans la classe de français. Quelle improvisation professionnelle ? Bruxelles : De Boeck.

CHARLOT B., BAUTIER E., ROCHEX J.-Y. (1992). Ecole et savoirs dans les banlieues… et ailleurs. Paris : Armand Colin.

REUTER, Y., (2007), La conscience disciplinaire, présentation d'un concept. Education et didactique, Volume 1, n°2, 54-70.
 

 

La genèse des dispositions à la réussite scolaire. Le cas des lectures partagées d'albums de jeunesse.

 

Stéphane Bonnéry

ESCOL-Circeft, Université de Paris 8, France

 

Christophe Joigneaux

RECIFES, Université d'Artois & ESCOL-Circeft, Université de Paris 8, France

 

Nous avons cherché à comprendre comment les dispositions cognitives que manifestent les différentes manières de faire des élèves d'école maternelle face aux « fiches » peuvent être construites lors des lectures familiales d'albums, selon notamment la fréquence et les types d'interactions langagières dont elles sont l'occasion. À cette fin, nous avons filmé, au sein de 52 familles de la région parisienne socialement contrastées, des lectures faites à des enfants de moins de six ans d'albums que nous avions présélectionnés en fonction de leur degré de complexité sémiotique (redondance/complémentarité/contradiction des narrations textuelles et iconiques, intertextualité et intericonicité, métafictions...). Nous avons également observé, durant environ 200 heures, dans des classes de Grande Section, les manières de faire de 16 élèves lorsqu'ils ont comme support de travail des fiches, elles aussi complexes sur le plan sémiotique (nombre, profusion des propriétés et dispersion des éléments graphiques les composant...). De la comparaison systématique des pratiques observables au sein de ces deux types de contextes familiaux et scolaires, des affinités apparaissent sur plusieurs plans, plus ou moins enchevêtrés: plus ou moins grandes tendances à suspendre l'enchaînement des actions pour contrôler la cohérence de ce qui a déjà été et de ce qui va être dit/fait/vécu, à prendre pour objet de réflexion les propriétés des signes écrits, à mettre en relation des éléments éloignés dans l'espace graphique pour en constituer une vision et une signification globales... Or un nombre croissant de recherches tendent à montrer que l'inégal degré de maîtrise de ces « techniques intellectuelles » de l'écrit (gestes de l'étude) constitue un des principaux ressorts de la construction des inégalités tout au long du cursus scolaire. Un des effets les plus discriminants scolairement de la socialisation primaire à l'écrit pourrait donc être l'inégal développement dès la petite enfance de la disposition à exploiter certaines ressources cognitives qu'offre la permanence graphique.

 

Références bibliographiques:

BONNERY, S. (2011). Les définitions sociales de l’apprenant : approche sociologique, interrogations didactiques, Recherches en didactiques, 12, 65-84.

FRIER, C. (dir.) (2006). Passeurs de lecture. Lire ensemble à la maison et à l’école. Paris:Retz. 

JOIGNEAUX, C. (2009). La construction de l’inégalité scolaire dès l’école maternelle, Revue Française de Pédagogie, 169, 17-28.

LAPARRA, M. (2006). « La Grande Section de maternelle et la « raison graphique » », Pratiques, n°131-132, pp. 237-249.

PANTALEO, S. (2008). Exploring Student Response to Contemporary Picturebooks, Toronto, University of Torento Press. 

 

 

Différenciation « active », différenciation « passive » dans les méthodologies d’enseignement de la lecture au CP.

 

Martine Dreyfus

LIRDEF (EA 3749), Universités Montpellier 2 et Montpellier 3, France

 

Yves Soulé

LIRDEF (EA 3749), Universités Montpellier 2 et Montpellier 3, France

 

Reprenant d’une part les corpus et analyses réunis lors d’une recherche antérieure sur le lexique et l’accès à la lecture puis ceux élaborés pour un ouvrage consacré aux ateliers d’écriture au CP, d’autre part les réflexions engagées au sein du laboratoire dans le cadre de sa participation au groupe de recherche de L’IFÉ, Lecture et écriture à l’école primaire, coordonné par Roland Goigoux (2011 - en cours), la communication se propose d’aborder les deux formes de différenciation « passive » et « active » génératrices de difficultés et d’inégalités (Rochex, J.-Y. & Crinon, J. 2011). Loin d’ignorer les facteurs externes – sociologiques, psychologiques et culturels – qui conditionnent les problèmes rencontrés par les élèves, le point de vue adopté, résolument  langagier et didactique, interroge des choix et des dispositifs qui, parce qu’ils prennent ou non en compte les facteurs extérieurs, autrement dit les sous-estiment ou les surdéterminent didactiquement et langagièrement, orientent l’activité des enseignants et modifient le rapport qu’ils ont – devraient avoir ? – aux savoirs, aux langages et aux apprentissages. Le déficit d’explicitation des objectifs et des procédures (différenciation « passive ») ou un traitement trop radical, « à la baisse », de l’hétérogénéité des élèves, (différenciation « active ») se manifestent notamment dans la systématisation d’activités de décodage fonctionnant « à vide » ou le peu d’intérêt pour le passage par l’écrit. Ils apparaissent également dans le rôle et les fonctions attribuées au langage, celui du maître et des élèves, dans l’identification des contenus et l’examen des difficultés langagières, particulièrement lexicales. Pour aborder cette question, le modèle de l’agir enseignant (Bucheton D., Dezutter O., 2008, Chabanne J.-C., Dezutter O., 2011) autorise, à partir de la notion centrale de préoccupation, un regard différent sur la nécessaire « conscience disciplinaire » (Reuter, Y. 2007) des enseignants, confrontés aux exigences institutionnelles en matière de conscience phonologique et phonographique, elles-mêmes peut-être sources d’inégalités ! Ce modèle sera croisé avec les modèles actuels de l’agir langagier en situation de formation (Canelas-Trevisi S., Guernier M-C. & al. 2009).

 

Références bibliographiques

BUCHETON, D., DEZUTTER, O. (dir.) (2008). Le développement des gestes professionnels dans l’enseignement du français. Bruxelles : De Boeck.

CANELAS-TREVISI, S., GUERNIER, M.-C., SALES CORDEIRO, G., SIMON, D.-L. (2009). Langage, objets enseignés et travail enseignant. ELLUG.

CHABANNE, J-C., DEZUTTER, O. (dir), (2011). Les gestes de régulation des apprentissages dans la classe de français. Quelle improvisation professionnelle ? Bruxelles : De Boeck.

REUTER, Y., (2007), La conscience disciplinaire, Education & Didactique, vol.1, n°2.

RICHEX, J-Y., CRINON, J., (dir), (2011). La construction des inégalités scolaires. Au cœur des pratiques et dispositifs d’enseignement. Presses universitaires de Rennes.

 

 

Difficultés langagières spécifiques des élèves de milieu social défavorisé en mathématiques et en sciences à la transition école-collège en France (élèves de 10 à 12 ans).

 

Aurélie Chesnais

LIRDEF (EA 3749), Universités Montpellier 2 et Montpellier 3, France

 

Karine Molvinger

LIRDEF (EA 3749), Universités Montpellier 2 et Montpellier 3, France

 

Valérie Munier

LIRDEF (EA 3749), Universités Montpellier 2 et Montpellier 3, France

 

L’objectif de cette étude est d’identifier d’éventuelles difficultés langagières spécifiques des élèves de milieu social défavorisé en mathématiques et en sciences. Notre hypothèse est que, compte-tenu de leur rapport au savoir et au langage pointé notamment par les recherches en sociologie (Charlot, Bautier & Rochex, 1992, Bautier 1995), ces élèves présentent des spécificités dans leur rapport aux pratiques langagières de ces deux disciplines. Même si l’identification des spécificités des pratiques langagières dans les différentes disciplines reste un vaste chantier (Bernié, Jaubert, Rebière, 2012), nous fondons notre travail sur plusieurs hypothèses, sans bien entendu prétendre à l’exhaustivité. Certaines caractéristiques des pratiques langagières en mathématiques et en sciences nous semblent ainsi faire écho aux spécificités du rapport au langage des élèves de milieu social défavorisé : le caractère dépersonnalisé et détemporalisé et plus généralement décontextualisé des énoncés mathématiques ou la difficulté en mathématiques comme en sciences, d’identifier les objets du discours (par exemple, modèle VS phénomène en sciences, représentation VS objet idéal théorique en géométrie) ; par ailleurs, on peut pointer des usages d’un lexique identique pour signifier des choses différentes en mathématiques et en sciences : par exemple les mots « hypothèse » ou « alors ». Nous faisons aussi l’hypothèse que les pratiques langagières des élèves sont différenciées dans le domaine des grandeurs et de la mesure. Le corpus sur lequel porte la communication est issu de données recueillies dans le cadre d’un projet de recherche sur la transition école-collège en mathématiques et en sciences qui vise à mettre en relation les inégalités scolaires avec des pratiques d’enseignement. Nous étudions les productions langagières d’élèves de CM2 (13 classes dont 9 en ZEP), sixième (6 classes dont 4 en ZEP) et cinquième (4 classes, dont 2 en ZEP) dans le cadre de tests écrits. Nous étayerons ces analyses de manière ponctuelle par des extraits d’entretiens avec des élèves et de transcriptions de séances de classes. Notons qu’il s’agit d’une première étude qualitative qui ne prétend pas à la représentativité statistique de nos observations, mais que des recueils de données complémentaires sont en cours.

 

Références bibliographiques :

BAUTIER, E. (1995). Pratiques langagières, pratiques sociales, de la sociolinguistique à la sociologie du langage. Paris : l’Harmattan.

BERNIE, J.-P., JAUBERT, M. & REBIERE, M. (2012). Positionnement énonciatif et communautés discursives disciplinaires scolaires : une modélisation de l’activité d’enseignement. Communication aux deuxièmes journées d’étude sur le langage, La place du langage dans les modèles d’analyse du travail enseignant et de la co-activité dans des situations didactiques, Montpellier, 14-15 décembre 2012.

CHARLOT, B., BAUTIER, E., ROCHEX, J.-Y. (1992). Ecole et savoirs dans les banlieues… et ailleurs. Paris : Armand Colin.

CHESNAIS, A. (2012). Peut-on parler de différentiation entre ZEP et non ZEP ? Questions de langage. Journées d’étude « la place du langage dans les modèles d’analyse du travail enseignant et de la co-activité dans des situations didactiques », Montpellier, 14-15 décembre 2012.

CHESNAIS, A., MUNIER, V. (2013). Learning and teaching geometry at the transition from primary to secondary school in France : the cases of axial symmetry and angle. Proceedings CERME 8, Antalya (Turkey).