436 - Accéder à l'épistémologie dominante des enseignants en sciences et technologie à l'école.

Élisabeth Plé

Université Reims Champagne-Ardenne/CEREP. France 

 

Mots-clés : Genèse instrumentale, épistémologie enseignante, enseignement des sciences

 

Notre cadre théorique convoque d’une part le concept de double médiation, cognitive et didactico-pédagogique, défini par Lenoir (1996). Celui-ci nous amène à présenter le manuel scolaire comme un maître, un « maître de papier ». D’autre part, en nous appuyant sur le concept d’instrument subjectif au sens de Rabardel (2005), nous nous intéressons, non pas au manuel en tant qu’artefact mais, au manuel-instrument et plus précisément aux « schèmes d’utilisation » qui organisent l’activité de chaque enseignant. Nous avons énoncé l’hypothèse que dans ce jeu d’artifices utilisés par de nombreux enseignants dans le quotidien de la classe pour gérer ce que nous appelons la « tension didactique », le manuel scolaire est une « aide précieuse » du type béquille car « pédagogiquement correcte » du fait qu’il incarne la « forme scolaire » par excellence. Dans cette perspective nous avons conduit 13 entretiens semi-directifs avec des phases d’explicitation. Leur analyse nous a permis de caractériser la genèse instrumentale de chacun de ces enseignants. Nous avons ainsi dégagé des figures d’utilisation du manuel qui nous renseignent sur les nœuds de difficultés que rencontrent les maîtres dans la pratique des activités scientifiques à l’école. Nous insisterons sur l’intérêt d’une telle méthodologie. En effet, ce type d’entretien est aussi une sorte de « trilogue » (Kerbrat-Orecchioni & Plantin, 1995), une conversation à trois entre l’enseignant, le chercheur et le « maître de papier ». Par l’intermédiaire d’un tiers interposé, le « maître de papier » muet certes, mais respectable, pliable et corvéable, l’enseignant va dévoiler ses pratiques, sa conception de l’enseignement des sciences et ses manques. Autrement dit, sans viser frontalement les pratiques enseignantes, cette méthodologie nous offre un moyen d’accès indirect à l’épistémologie dominante des enseignants interviewés. Il nous semble que cette technique douce, mais malgré tout puissante, pourrait trouver une place à côté d’autres techniques d’entretien en « trilogue » comme « l’entretien d’auto-confrontation ». En effet, si cette dernière met en avant le fait de travailler sur du « réalisé », elle soumet parfois l’enseignant à une épreuve délicate, celle de se « voir faire », dont la brutalité a tendance parfois à faire adopter des positions défensives. Nos résultats feront en particulier apparaître les rapports des enseignants de l’école primaire avec, l’empirie, la notion de problème, le savoir à construire chez les élèves.

 

Références bibliographiques :

ASTOLFI, J.P. (2008). La saveur des savoirs. Disciplines et plaisir d’apprendre. Issy-les-Moulineaux : ESF.

FLEURY, B. & FABRE, M. (2005). Psychanalyse de la connaissance et problématisation des pratiques pédagogiques. La longue marche vers le processus apprendre. Recherche et Formation n°48. Lyon : INRP.

KERBRAT-ORECCHIONI, C. & PLANTIN, C. (1995). Le trilogue. Lyon: Presses universitaires de Lyon.

LENOIR, Y. (1996). Médiation cognitive et médiation didactique. Dans M. Caillot et C. Raisky (Dir.) : Au-delà des didactiques, le didactique. Bruxelles, Belgique :De Boeck université.

RABARDEL, P. (2005). Instrument subjectif et développement du pouvoir d’agir. Dans P. Rabardel et P. Pastré (Dir.) : Modèles du sujet pour la conception. Toulouse, France : Octarès.