433 - Parcours de scolarisation de l’élève "difficile" : entre nomadisme et relégation

Frédérique Petit-Ballager

CURAPP-CNRS UMR 7319, UPJV Amiens, France

 

Mots clés : élève difficile, nomadisme, relégation scolaire, parcours de scolarisation, désaffiliation.

 

Depuis la mise en œuvre de la loi d’orientation pour l’école de 2005, tous les élèves en difficulté doivent bénéficier d’une aide personnalisée dans le cadre d’un Programme Personnel de Réussite Educative (PPRE). Notre recherche sur le signalement des élèves difficiles au sein de l’école primaire nous conduit actuellement à étudier leurs parcours effectifs de scolarisation. Notre hypothèse est que des parcours personnalisés, administrativement légitimés, permettent aux équipes éducatives de soulager les pairs et les enseignants d’un élève jugé "inenseignable" en initiant une scolarité « empreinte de nomadisme ou de relégation » (Millet & Thin, 2005, p 207-262).  Notre étude s’appuie sur l’analyse d’écrits professionnels dont des fiches de signalement d’élèves en difficulté au RASED, des Programmes Personnels de Réussite Educative ou des Projets Personnels de Scolarisation recueillis auprès d’enseignants du premier degré et du second degré en Picardie. Au travers de choix d’aides se voulant au service de l’élève surgissent des arrangements de terrain « institutionnellement ambiguës » (Millet & Thin, 2005, p 261), surtout lorsque les réponses pédagogiques manquent. Ces écrits mettent en évidence l’élaboration de scolarités "marginalisantes" pensées et mise en œuvre par un partenariat institutionnel ou "bricolées" par les maîtres eux-mêmes. Les élèves subissent un nomadisme et une relégation qui les rendent alors « précaires », les désignant à eux-mêmes « inutiles à » l’école (Castel, 1995). S’élaborent alors progressivement des parcours de scolarisation différents de la norme institutionnelle. Privés de repères spatio-temporels, culturels, et de savoirs communs à tous les élèves, ils sont progressivement « désaffiliés » d’une institution qui les place dans une position de « surnuméraires » les situant à la limite du cadre scolaire institutionnel (Castel, 1995). Dans ce type parcours, « les écarts d’acquisition de savoir préparent "l’orientation" future » (Bonnery,  2007, p 19) d’un élève mis en échec vers les enseignements adaptés ou des structures ou dispositifs scolaires de rélégation : classe-atelier relais, internat éducatif, SEGPA ou ITEP.

 

Références bibliographiques :

Bonnery, S. (2007). Comprendre l’échec scolaire. Elèves en difficultés et dispositifs pédagogiques. Paris : Editions La Dispute/ L’enjeu scolaire.

Castel, R. (1995). Les métamorphoses de la question sociale. Paris : Edition Fayard, collection Folio essais.

Millet, M. & Thin, D. (2005) Ruptures scolaires. L’école à l’épreuve de la question sociale. Paris : PUF. Collection Le Lien social.