418 - Les TICE à l'école élémentaire : entre didactique cachée et didactique inexistante

Gilles Teyssèdre
Univ. Bordeaux, LACES, EA 4140, F-33000 Bordeaux, France
Equipe Anthropologie et diffusion des savoirs
 

Mots-clés : TICE, B2i, école primaire, informatique, professeur des écoles.

 

En France, plus de 30 ans après l’entrée des TICE dans la « sphère pédagogique », la question de leur intégration aux enseignements de l’école élémentaire demeure problématique. Si l’école française n’est pas un cas isolé, elle se démarque par sa faible utilisation de l’ordinateur en classe (ECISM, 2006). Cette communication est issue d’une thèse soutenue récemment, dans laquelle nous nous sommes appuyé sur une double approche, anthropo-didactique d’une part (Sarrazy, 2002), et centrée sur le concept de concern (préoccupation) intégré au modèle américain CBAM (Concerns Based Adoption Model) d’autre part (Hall & Hord, 2001), pour montrer que des contraintes fortes pèsent plus que jamais sur les maîtres, qui se trouvent assujettis à des effets de contexte qu’ils ne maîtrisent pas, et à des effets d’Arrière-plan (Searle, 1998) très souvent ignorés. A l’issue de cette recherche, nous avons proposé une typologie des obstacles à l’intégration des TICE aux enseignements, distinguant obstacles objectifs et exogènes (matériels, techniques, formation…), aujourd’hui bien repérés, et obstacles subjectifs et endogènes (modèles pédagogiques de référence, convictions, épistémologie pratique, représentations…), dont l’influence est mal connue. C’est principalement sur l’un des obstacles de cette seconde série que se centrera l’actuelle contribution. Partant du traitement quantitatif (Chi2, arbres de segmentation) et qualitatif d’un double corpus de 212 questionnaires et de 11 entretiens, qui a fourni des données centrées sur la fréquence d’utilisation des TICE en classe (Fitice), et sur la durée d'utilisation (Dutice), l’étude montre notamment qu’au-delà des contingences matérielles, l’un des obstacles endogènes à l’intégration des TIC aux enseignements semble relever de l’absence d’espace de réflexion didactique, héritée du cadre officiel dans lequel doivent s’intégrer les TIC à l’école. En effet, en proposant une intégration par l’usage exclusivement transverse et a-temporelle, dont le principe est largement accepté par les enseignants, la commande institutionnelle dénie à ce domaine particulier des apprentissages scolaires la possibilité d’exister à travers un temps didactique propre, et ce malgré l’existence d’une évaluation formelle des acquisitions. On observe toutefois sur ce point une résistance des enseignants à la prescription officielle, qui ne relève pas de la « résistance au changement » puisqu’ils utilisent majoritairement les TIC dans leur pratique professionnelle personnelle, mais plutôt d’une adaptation pratique des programmes aux nécessités de la classe. En effet, les maîtres qui se montrent les plus forts intégrateurs des TICE à leurs pratiques de classe, obtiennent ce résultat en s’affranchissant partiellement des programmes.

 

Références :

HALL, G.E., HORD, S.M., Implementing change. Patterns, Principles and Potholes, Allyn and Bacon, Needham Heights, 2001.

Marchive, A., La pédagogie à l’épreuve de la didactique, PUR, Rennes, 2008.

SARRAZY, B., Approche anthropo-didactique des phénomènes d’enseignement des mathématiques : Contribution à l’étude des inégalités scolaires à l’école élémentaire, HDR, Université de Bordeaux 2 Victor Segalen, 2002.

SEARLE, J., La Construction de la réalité sociale, Gallimard, Paris, 1998.