396 - Travailler à deux dans une classe : une approche ergonomique de l’activité enseignante dans des dispositifs de co-intervention à l’école élémentaire.

Christelle Combes

EAM ADEF équipe ERGAPE Aix-Marseille-Université ; France

 

Frédéric Grimaud

EAM ADEF équipe ERGAPE Aix-Marseille-Université ; France

 

Mots clés : co-intervention, ergonomie de l’activité enseignante, développement professionnel.

 

Notre communication porte sur la co-intervention à l’école élémentaire et s’appuie sur les résultats de deux thèses en cours. Le maître supplémentaire dans la classe est au cœur de la nouvelle politique de refondation de l’école pour les dispositifs d’aides à la réussite des élèves. Les diverses recherches sur cette question étudient l’efficacité du point de vue des élèves, mais peu se centrent sur les effets de ce dispositif sur le travail de l’enseignant. Nos recherches s’inscrivent dans le champ de l’ergonomie de langue française et l’analyse du travail réel. Nous intervenons à la demande des enseignants, dans une démarche de co-analyse du travail et dans une double visée épistémique et transformative. Notre méthodologie est indirecte et repose sur des expérimentations cliniques (Clot et Leplat, 2005) : nous utilisons à cette fin dans nos recherches l’instruction au sosie (Clot 2001) et l’autoconfrontation (Amigues, Faïta, Saujat 2004).

Notre première recherche étudie le dispositif de co-intervention mis en œuvre dans le cadre de la réussite pour tous. Une enseignante spécialisée intervient au sein même d’une classe de CE2 en coopération avec l’enseignante titulaire. Sous certaines conditions, les échanges entre les deux enseignantes entraînent une réorganisation du milieu de travail pouvant constituer une source de développement professionnel. Il ressort de notre recherche que ce processus de développement n’est pas suscité prioritairement par la réorganisation du travail autour des élèves en difficulté mais autour de la réorganisation du milieu-classe dans sa globalité et du collectif de travail constitué par le groupe-classe. Dans notre deuxième recherche, une enseignante de CE1 accueille une élève avec une AVS. Celle-ci devient une ressource non seulement pour gérer l’élève intégrée mais aussi des élèves perturbateurs dans la classe, le dispositif de co-intervention apparaissant ainsi comme un instrument au service de l’activité de l’enseignant et des buts qu’il poursuit en fonction des préoccupations qui sont les siennes. Dans le déroulement de l’activité réelle, pour faire face à une difficulté du métier, à une situation extraordinaire, cet outil peut être instrumentalisé (Rabardel, 1995) et ainsi détourné de sa fonction institutionnelle.  

Nos recherches nous incitent donc à ne pas considérer la co-intervention uniquement comme une nouvelle situation d’enseignement mais bien comme une nouvelle situation de travail, entendue dans sa double dimension de pilotage de la classe et des apprentissages et de gestion par l’enseignant de l’activité requise pour y parvenir. A partir de nos résultats, travailler à deux peut être vu comme une désorganisation du travail qui, sous certaines conditions de réorganisation que nous préciserons, peut ouvrir sur une co-élaboration d’outils et un travail partagé au sein d’un milieu de travail commun au bénéfice des élèves mais aussi du développement du métier et de ses ressources génériques.

 

Références bibliographiques :

Amigues, R., Faïta, D. & Saujat, F. (2004). L’autoconfrontation croisée : une méthode pour analyser l’activité enseignante et susciter le développement de l’expérience professionnelle. Bulletin de psychologie, 469, 41-44.

Clot, Y. (2001). Méthodologie en clinique de l’activité. L’exemple du sosie. In M. S. Delefosse & G. Rouan (Eds.). Les méthodes qualitatives en psychologie. Paris : Dunod.

Clot, Y., & Leplat, J. (2005). La méthode clinique en ergonomie et en psychologie du travail. Le Travail Humain, 68(4), 289-316.

Combes, C. (2010). Dilemmes de l’activité enseignante : un exemple avec le dispositif de co-intervention. In Actes de congrès AREF. Présenté à Actualité de la recherche en Education, Genève.

Félix, C., Saujat, F., & Combes, C. (2012). Des élèves en difficulté aux dispositifs d'aides : une nouvelle organisation du travail. Dans C. Marlot, & M. Toullec-Thery, Diversification des parcours des élèves : pratiques enseignantes et organisations scolaires en question. (Vol. HS4, pp. 18-30). Nantes.

Grimaud, F. (2010). La présence d’un élève en situation de handicap dans une classe ordinaire: un effet loupe pour étudier le travail enseignant. In Actes de congrès AREF. Présenté à Actualité de la recherche en Education, Genève.

Grimaud, F. (2012). Coopération entre chercheur et enseignants scolarisant un élève en situation de handicap: une co-activité (p. 167‑179). Nouvelle Revue de l’ASH. Suresne : INS HEA.

Grimaud, F., & Saujat, F. (2012). Des gestes ordinaires dans des situations extraordinaires : approche ergonomique de l’intégration d’élèves en situation de handicap à l’école primaire. Travail et formation en éducation.

Rabardel, P. (1995) Les hommes et les technologies, approche cognitive des instruments contemporains. Paris : Armand Colin.

Saujat, F. (2009). L’analyse du travail comme source et ressource de formation : le cas de l’orientation en collège. In M. Durand et L. Filliettaz (Eds.). Travail et formation des adultes (pp. 245-274). Paris : PUF.