395 - Vers la notion de théâtralité scolaire

Sylvie Fontaine

Centre de Recherche en Education de Nantes, axe 5 : savoirs apprentissages, valeurs de l’éducation ; Université de Nantes (44)

 

Mots clés : théâtralité, sens, situation pédagogique 

 

Considérer le théâtre comme le lieu où règnent les apparences rend cet art suspect et moralement condamnable. Cette critique, particulièrement développée par Rousseau dans La Lettre à d’Alembert (1758), est aussi présente dans son traité d’éducation, l’Emile (1762). Rousseau y condamne la pédagogie traditionnelle parce qu’elle abuse d’une rhétorique qui occulte ce qu’elle veut dire et représente les choses au lieu de les faire vivre (Fabre, 2009). Comme telle, elle relève d’une théâtralité négative, fondée sur le pédantisme verbeux du maître et le manque de prise en considération de l’élève. Or, paradoxalement, les premiers livres de l’Emile comportent des saynètes, conçues pour permettre au lecteur de tester les idées éducatives avancées et dans lesquelles les artifices de la théâtralité servent le projet éducatif. Ce constat m’amène à poser l’hypothèse d’une théâtralité « positive » des situations pédagogiques.

Ma communication rendra compte de mon approche de l’Emile par un double pari – analyse de la théâtralité dans l’Emile et lecture dramaturgique de ses « leçons » (Emile, II, III) - et tentera de montrer ce que la notion de théâtralité, construite par cette relecture,  signifie au regard des trois dimensions du sens dans une situation pédagogique (Fabre, 1997) : la signification, qui questionne la valeur des savoirs enseignés et leur pertinence ; la manifestation, qui interroge le rapport du sujet à son activité ; la référence, qui questionne le rapport des tâches scolaires avec les pratiques sociales.

 

Références bibliographiques :

FABRE, M. (1999). Jean-Jacques Rousseau, une fiction théorique éducative. Paris : Hachette.

PAVIS, P. (1996). Dictionnaire du théâtre. Paris : Dunod.

VARGAS, Y. (1995). Introduction à l’Emile de Rousseau. Paris : PUF.