394 –L’orientation professionnelle entre science, technique et pratique sociale. Un éclairage historique à partir de l’exemple français, 1900-1940

Le champ de l’orientation, professionnelle (OP) avant d’être scolaire en France, est riche d’une histoire maintenant séculaire. Portée sur les fonds baptismaux par les « sciences du travail » puis par la psychologie expérimentale au tournant du XXe siècle, l’OP est traversée d’enjeux épistémologiques. Entre savoirs pratiques et savoirs savants, elle oscille entre deux modèles, celui des sciences appliquées et celui des sciences sociales. L’orientation professionnelle émerge au début des années 1900 portée par trois dynamiques de nature différente, la formation professionnelle, le placement et la psychologie expérimentale. La médecine, la physiologie et la psychologie constituent sa base scientifique. Parallèlement, d’autres sciences – l’économie notamment et la sociologie dans une moindre mesure  - élaborent une  conception macrosociale et moins centrée sur le sujet de l’OP, tandis que des savoirs empiriques sont également mobilisés. La frontière entre science et technique est l’objet d’un débat récurrent dont l’un des enjeux est la professionnalisation d’une fonction dont la création, en 1928,  de l’Institut National d’Orientation Professionnelle (INOP) est une étape décisive. La formation initiale que l’INOP délivre  est pluridisciplinaire et s’ancre dans la psychologie, la physiologie et la pédologie. Cependant,  la formation comporte aussi l’enseignement de la psychométrie, de la pathologie, de la technique des métiers et d’économie politique. Henri Piéron, le directeur de l’INOP, trace une frontière nette entre science et science appliquée: le conseiller est avant tout un technicien et non un psychologue, lequel élabore dans son laboratoire les outils destinés aux agents. Si les scientifiques s’attachent à construire scientifiquement soit l’orientation elle-même (biotypologie), soit ses outils (tests psychotechniques), l’OP est aussi une pratique sociale et éducative qui repose sur des savoirs souvent plus empiriques et socialement ancrés. Les pratiques d’orientation utilisées dans les écoles s’appuient souvent sur des pratiques pédagogiques antérieures et mobilisent des catégories scolaires. Elles posent également la question de la finalité scolaire et sociale de l’orientation, outil de démocratisation ou simple moyen de stabilité sociale ?

La crise des années 1930 modifie fortement les équilibres et les problématiques. La science est mise au service d’une technique directement utile, par exemple pour le reclassement des chômeurs et la lutte contre le chômage. La neutralité des outils comme les tests sont l’objet de débats, tandis que la séparation entre domaine psychologique et domaine social semble remise en doute. Ainsi s’annoncent de nouveaux questionnements – éducatifs et sociaux – qui viendront renouveler l’orientation

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