389 - Effets des multiples réfléchissements d’une parole subjective dans un dispositif d’analyse réflexive de pratique.

Nicole Clerc

IUFM, Université de Cergy Pontoise, chercheuse associée au CREF, « clinique du rapport au savoir », Paris Ouest Nanterre La Défense

 

Mots clés : clinique- parole- co-pensée- réflexivité

 

Mon propos portera sur les professionnels « des métiers de la relation », animateurs, enseignants, éducateurs, personnels de la santé et du travail social (Cifali., Perilleux, 2012) dans un dispositif  d’« Analyse Réflexive de Pratique Professionnelle » dont je suis la formatrice et l’animatrice. A cette dernière place, j’ai acquis une expertise depuis plus de dix ans qui veille à ce que la tenue du cadre par l’animateur-trice garantisse la « co-pensée » du groupe (Blanchard Laville, 2008). Mais cette visée suppose que cet espace soit travaillé dans la perspective d’un partage. Je vais ici interroger le processus qui y conduit depuis une première parole subjective adressée.

Comment le partage se construit-il dans un groupe d’analyse ? La règle du volontariat des participants ne peut seule garantir l’échange. Pour que l’analyse permette distanciation, déplacements de points de vue et ouverture encore faut-il qu’un sujet questionné par une situation professionnelle s’autorise à déposer dans l’espace de formation une parole subjective sans trop de risque de jugement. En effet tout partage suppose de se confronter à la peur de l’inconnu de l’Autre. La rencontre avec la « troisième différence » (Kaes,1998) monde culturel de l’autre, suppose l’engagement dans « le risque imaginaire d’être soi même envahi et contaminé par la barbarie de l’autre ».

Par ailleurs la narration d’un « vécu (qui) ne peut être saisi que dans la parole d'un sujet qui en ouvre l'accès à autrui » (De Gaulejac, 2009) est l’expression d’une autorisation singulière, certes, mais aussi d’une construction sociale. Car la pratique est enclavée dans la logique productive des institutions qui « place le savoir comme extérieur aux personnes » (Giust-Desprairies, 2005). Alors, les sujets professionnels, piégés à leur insu dans une rationalité causale, produisent des discours explicatifs et justificatifs. En groupe les sujets seront tentés de se positionner, se défendre.

Comment faire travailler le groupe malgré ces risques ? Comment garantir la sécurité de tous-toutes ? Celui-celle qui proposera une parole subjective sur sa pratique autant que celui-celle qui, dans l’écoute, revisite les repères de son propre vécu et doit se déprendre autant du jugement que de l’empreinte affective de la parole qui lui est adressée.

Mon cadre de référence théorique clinique orientera mon analyse qui s’appuiera,  avec l’accord des participants, sur le verbatim d’une analyse groupale pour repérer comment chacun-e réagit à cette « parole subjective adressée ». Je fais l’hypothèse que l’échange dans le groupe se fait parce que la parole interpelle chacun-e dans sa propre subjectivité. In fine, une double énigme mettrait en résonance les sujets entre eux, celle du non su de la pratique du-de la  narrateur-trice, celle de l’affect dégagé qui vient toucher leur intériorité. Une trame inter-subjective et trans-subjective ( Amati, 2004) serait à l’œuvre. Je pointerai comment pendant la séance, tout en se tissant, cet espace fait penser le groupe et comment les dégagements et les déplacements s’opèrent.

 

Références bibliographiques :

Amati, S. (2004). « L’interprétation dans le trans-subjectif. Réflexions sur l’ambiguité et les espaces psychiques », Revue Psychothérapies n°4 p.207-213

Blanchard- Laville, C. (2008). Effet d’un cadre clinique groupal sur le travail du penser des participants. Approche psychanalytique, in Cifali M., Giust Desprairies F.(dir) Formation clinique et travail de la pensée, Bruxelles, Ed De Boeck, col. Perspectives en éducation et formation

Cifali, M., Perilleux, T. (2012). Les métiers de la relation malmenés. Paris : Lharmattan

De Gaulejac, V. (2009).  « Grand résumé de Qui est « je » ? Sociologie clinique du sujet, Paris, Éditions du Seuil, 2009 », SociologieS [En ligne], Grands résumés, Qui est "je" ?, mis en ligne le 27 décembre 2010, consulté le 06 novembre 2012. URL : http://sociologies.revues.org/3362

Giust Desprairies, F. (2005). « Une approche partagée de l'expérience » p.10-18 et  « Analyse de la complexité des situations et de son impact sur les identités professionnelles »  p19-28 in Analyser ses pratiques professionnelles en formation, Ed Créteil, Scéren.

Kaes, R. (1998). Différence culturelle et souffrance de l’identité.  Paris : Ed. Dunod.