388 - Premières discussions des recherches portant sur les objectifs, formes et enjeux de l’éducation à l’entreprenariat.

Coord : Patricia Champy-Remoussenard

 

François Audigier

Université de Genève

 

Thomas Dumet

Université Lille1, Trigone-CIREL

 

Mohamed Ait Mbark

Profeor-CIREL

 

Patricia Champy-Remoussenard

Univeristé Lille 3, Profeor-CIREL

 

Discutants :

Patrice Delabroise

Vice-président CEVU, Université Lille 3

 

Francis Danvers

Proféor-CIREL ? Université Lille 3

 

La réflexion proposée dans ce symposium portera sur le développement de l’éducation à l’entreprenariat dans les systèmes éducatifs, inscrite dans les objectifs des politiques éducatives transnationales et européennes. Elle relève notamment d’une des compétences des socles communs des compétences européens - « esprit d’initiative et d’entreprise » - et français – « l'autonomie et l’initiative ».

Il s’agira d’une part, d'interroger les liens qui peuvent être tracés entre le contexte social, économique et culturel – aux échelles locales, nationales ou internationales - et le développement relativement récent d'actions éducatives visant une acculturation aux logiques de l'entreprenariat – actions valorisées, initiées et mises en œuvre par une grande diversité d'acteurs dans des contextes variés. Un des objectifs du symposium consistera aussi à imaginer les moyens de cartographier à l’avenir l'ensemble de ces actions et d'y analyser la place des dispositifs ancrés dans un contexte scolaire ou universitaire ainsi que l’activité des acteurs impliqués.

Il s'agira d'autre part de focaliser la réflexion sur les actions relevant explicitement d'une éducation à l'entreprenariat mise en œuvre dans les contextes scolaires et universitaires afin de mieux comprendre :

-          Ce qu’est l’éducation à l’entreprenariat (ou à l’esprit d’entreprendre), les objectifs divers qui lui sont fixés, les discours qui sont tenus à son propos. Comment la situer par rapport à, ce qu’en France, on appelle les « éducations à », mais aussi par rapport aux disciplines d’enseignement, programmes, référentiels, examens et organisations curriculaires.

-          Les dispositifs et pratiques pédagogiques qui sont élaborés et choisis pour la mettre en œuvre. Une attention particulière sera portée aux niveaux et filières d’enseignement concernées par ces dispositifs et pratiques. Il s’agira notamment de discuter les résultats d’enquête qui ont pour objet des dispositifs tels que les mini-entreprises (student enterprises) ou d’autres démarches pédagogiques supposées en permettre le développement. Au delà de la diversité des publics concernés, des pratiques mises en œuvre, existe-t-il des invariants de l'éducation à l'entreprenariat ? Faut-il distinguer « éducation à » et « enseignement de » l'entreprenariat et si oui, selon quels critères ? Qui sont les acteurs de l’éducation à l’entreprenariat ? Comment œuvrent-ils à la faire (re)connaître et à la développer dans une division et une reconnaissance du travail éducatif complexe et fluctuante en fonction des territoires.

Enfin, ce symposium sera l’occasion  de commencer un état des lieux actuel de la recherche en éducation portant sur l’éducation à l’entreprenariat. Proposé par une équipe de recherche française, la discussion initiée ici aura pour ambition de repérer quelques lignes de force et enjeux du développement de la recherche en éducation relatif à cet objet. L’ensemble des analyses produites constituera une base pour le développement de recherches en lien avec cet objet nouveau dans le paysage des sciences de l'éducation. Il s'agira donc aussi d'identifier des perspectives de cadres d’analyses pour des recherches à propos de cette « éducation à » dans le contexte français, et, compte-tenu du caractère mondial du projet éducatif, en la mettant en perspective avec les pratiques existantes dans d’autres pays.

 

Bibliographie indicative :

Breen, J. P. (2004). Enterprise, entrepreneurship and small business: Where are the boundaries? International Journal of Entrepreneurship and Small Business, 1(1-2), 21-34.

Audigier F. (2012) Les éducations à…et la formation au monde social. Recherches en didactiques, 14, p.47-64.

Champy-Remoussenard P. (2012) L’éducation à l’entreprenariat : enjeux, statuts, perspectives. Spirale, 50, p. 39-51.

Danvers F. (2003) Peut-on enseigner l’entrepreunariat ? Article n° 76. In 500 mots-clefs pour l’éducation et la formation tout au long de la vie, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, pp.232-233.

Lange, J.-M. & Victor, P. (2006). Didactique curriculaire et « éducation à... la santé, l'environnement et au développement durable » : quelles questions, quels repères ? Didaskalia, 28, 85-100.

Lebeaume J.(2012) Effervescence contemporaines des propositions d’éducations à…Regard rétrospectif pour le tournant circulaire à venir, Spirale, 50, p.111-24.

Lemoine C., Danvers F. (2010) Représentations, valeurs et compétences préparant à la création d’entreprise. Transformations, 3/2010, 201-213.

Leffler E. (2009) The many faces of Entrepreneurship : a discursive battle for the school arena. European Education Research Journal, vol. 8, number 1, 2009 (www.wwwords.eu/EERJ.

Pépin M. L’entrepreneuriat en milieu scolaire, de quoi s’agit-il ? (2011) McGill Journal of Education / Revue des sciences de l'éducation de McGill, vol. 46, n° 2, 2011, p. 303-326.

Rapports

Champy-Remoussenard P. (2008) Etude du dispositif Entreprendre en Lycée-Guadeloupe, rapport remis au GIP-DAIFI de l’académie de Guadeloupe, juin 2008, 64p.

Developping key competences at schoool in europe. Challenges and opportunities for policies. (2012) Europena Commission, rapport Eurydice.

Entrepreneuship education at school in Europe. National strategies, curricula and learning outcomes.(2012)  European Commission, rapport Eurydice.

Entrepreneurship Education in Europe : fostering Entrepreneurial Mindsets through Education and Learning. Final proceedings. (2006) European Commission, Oslo, 26-27, october 2006.

Les mini-entreprises dans l’enseignement secondaire. Rapport final du groupe d’experts. Projet « procédure Best ». (2005) Commission européenne. Direction générale Entreprise et industrie.

Vers la création d’une culture entrepreunariale. Promouvoir des attitudes et des compétences entrepreunariales au travers de l’éducation. Guide des bonnes pratiques. (2004) Communauté Européenne, Publication DG Entreprises.

Commission européenne (2004) «Progress Report on the implemantation of the Education and training 2010 » Work Programme, Group B, Key competences http://ec.europa.eu/comm/education/policies/2010/doc/basic2004.pdf

Décret du 11 juillet 2006 relatif au socle commun de connaissances et de compétences et modifiant le code de l’éducation.

 

Communication 1 :

Education à l'entreprenariat et disciplines du monde social. Histoire, géorgraphie, citoyenneté

 

François Audigier

Université de Genève

 

Parmi les Éducation à… qui frappent à la porte de l’École, l’Éducation à l’entreprenariat (ci-après EE) se présente comme relativement nouvelle. Non que l’entreprise, terme qui lui est immédiatement associé, soit absente des contenus d’enseignement, mais d’une part la présence de ces derniers était et reste très largement liée aux logiques et curriculums disciplinaires, d’autre part elle déplace les intentions de formation vers des compétences sociales impliquant des capacités d’action et d’initiatives et leurs conséquences sur les dispositifs et pratiques d’enseignement.

Selon de nombreux auteurs qui ont travaillé sur cette Éducation, celle-ci comporte deux grandes significations qui chacune, sans être exclusive l’une de l’autre, conduit à privilégier une orientation dans et pour le travail scolaire : ce qui relève des attitudes avec notamment l’« esprit d’initiative et d’entreprise » ; ce qui privilégie l’objet « entreprise » comme organisation centrale dans nos systèmes économiques.

Sans ignorer les données de contextes et de débats dont l’EE, plus largement les Éducation à… sont l’objet, la proposition présentée ici adopte un point de vue didactique ; elle privilégie donc  les savoirs en jeu, les enjeux de savoirs. Ce point de vue ne nie pas les autres, mais affirme l’importance de ces savoirs dans la formation des élèves.

Dans un premier temps, j’examine les relations entre l’ée et la forme scolaire en soulignant le fait que cette Éducation partage et produit de nombreux éléments communs à d’autres Éducation à... Ainsi, elle appelle la mise en œuvre de nouveaux dispositifs d’enseignement liés à l’expérience, au « learning by doing », à la pédagogie de projet. Ce sont d’abord des situations favorables à la construction de compétences d’initiatives et d’actions qu’il convient de mettre en œuvre. Mais ces dispositifs et leur mise en œuvre déstabilisent fortement une forme scolaire qui reste fondée très largement sur une organisation disciplinaire du savoir et du temps scolaire. Pour préciser l’analyse, il conviendrait de différencier les degrés d’enseignement et les filières.

Dans un second temps, j’entre plus directement dans les relations entre l’ée et les disciplines du monde social, principalement citoyenneté, géographie et histoire, pour ce qui est de l’école primaire et du premier cycle du secondaire. Ces relations sont étudiées de deux manières. La première se fonde sur les curriculums de ces disciplines et certaines enquêtes auprès des élèves. La seconde se fonde sur une recherche étudiant les contributions des disciplines du monde social à l’Éducation en vue du développement durable (EDD). Durant les enseignements de ces disciplines et/ou de travaux liés à l’EDD, les élèves construisent des conceptions du monde de la production, du monde économique qui vont jouer un rôle déterminant dans la suite de leurs études ; ils témoignent aussi d’« ignorances » qui se présentent comme des obstacles pour la construction de savoirs et la réflexion sur les pratiques et expériences, concernant l’entreprendre et l’entreprise. Ces éléments sont des matériaux très utiles pour identifier les ressources nécessaires à introduire dans la perspective de l’EE.

 

Communication 2 :

Premières hypothèses pour des perspectives d’analyse de l’éducation à l’entreprenariat, du point de vue des Sciences de l’Education

 

Patricia Champy-Remoussenard

Proféor-CIREL, Université Lille 3

 

Cette communication insistera sur les hypothèses d’analyse de l’éducation à l’entreprenariat au vu de l’état des connaissances scientifiques existantes, du point de vue spécifique des Sciences de l’éducation. Différents rapports préconisent l’introduction généralisée et précoce de l’esprit d’entreprise dans l’enseignement initial en lien avec le cadre européen de référence de 2004 qui définit « des compétences clés pour l’apprentissage tout au long de la vie. L’éducation à l’entreprenariat est pourtant un objet quasi absent des recherches en Sciences de l’Education françaises, alors que des travaux existent au Québec, en Suède, au Royaume Uni  ou aux Etas Unis[1] et que des recherches sur l’éducation à la santé, à l’environnement, au développement durable etc. se développent. Le sujet est complexe car saturé d’énoncés de croyance en lien avec les idéologies et les valeurs des acteurs. Signe que la déconstruction des discours de l’opinion n’a pas encore été entreprise, la question « Peut-on enseigner l’entreprenariat ?» semble d’emblée  résolue. Pourtant la légitimité même d’enseigner et d’apprendre l’entreprenariat est questionnée (Vilette, 2011) si la création d’entreprise relève d’un « effet essentiellement secondaire qui (…) a d’autant plus de chances de se produire qu’il n’est pas le produit d’un acte volontaire explicite » (Elster 1986). Globalement, l’objet de recherche reste encore à construire à partir de pratiques sociales dont le périmètre demeure en partie à identifier.

Le projet de développement d’une culture entrepreneuriale pour tous et dès le plus jeune âge dépasse les frontières européennes. Présenté comme une réponse à des questions sociales vives (chômage, insertion des jeunes), s’il ne fait pas explicitement consensus, il est relayé dans les pratiques, quels que soient les pouvoirs politiques. Les finalités et leur expression ne sont pas stabilisées dans les discours. L’éducation à l’esprit doit-il, peut-il s’enseigner à n’importe quel âge, dans quels cursus, par qui ? A toutes ces questions, il n’y a pas de réponses en lien avec des points de vue scientifiques en éducation. Une perspective globale interrogera les politiques éducatives, leur mise en œuvre et les formes et les enjeux du développement de l’éducation à l’entreprenariat. Mais les points de vue sur l’objet sont potentiellement nombreux. D’un point de vue sociologique, on peut analyser les transformations du rapport au travail, du  type d’individu fabriqué par la société, d’une culture en rupture avec le modèle fordiste du salariat (Glayman, 2012), la participation de l’esprit d’entreprendre à un mouvement de singularisation de la société (Martucelli, 2012) avec son lot de flexibilités et un rapport au risque redéfini. Dans une perspective philosophique de l’éducation et du travail (Weil, 1943) on peut y observer des formes d’enracinement ou de déracinement. L’objet peut encore être saisi comme un analyseur de l’évolution de la forme éducative de la société, des relations entre Ecole et monde du travail, de l’ouverture de l’école sur l’entreprise. Enfin pourront être étudiées les formes prises dans l’école : les processus de résistance, de militance, les stratégies de contournement, de détournement etc., le rôle des enseignants volontaires, impliqués ou spectateurs ; les modalités pédagogiques (pédagogies du projet), l’insertion dans les curriculum en relation avec la forme scolaire. Cette « éducation à » est-elle susceptible d’être alors analysée avec des approches comparées (Lebeaume, 2012) par niveaux d’études, disciplines, de territoires, types d’élèves, genres ? Enfin, d’un point de vue historique c’est la généalogie du projet éducatif, et de ses origines (depuis le Junior achievement aux USA au début du XXème siècle) qui est à faire.

Il est trop tôt encore pour savoir de quelle manière faire fonctionner et combiner ces hypothèses analytiques afin de construire un cadre d’analyse de l’éducation à l’esprit d’entreprendre. Mais il est temps de les envisager et de les mettre à l’épreuve des données de différents types recueillies par les premières enquêtes menées à ce sujet (Champy-Remoussenard, 2012).

 

Bibliographie indicative :

Audigier F. (2012) Les éducations à…et la formation au monde social. Recherches en didactiques, 14, p.47-64.

Champy-Remoussenard P. (2012) L’éducation à l’entreprenariat : enjeux, statuts, perspectives. Spirale, 50, p. 39-51.

Danvers F. (2003) Peut-on enseigner l’entrepreunariat ? Article n° 76. In 500 mots-clefs pour l’éducation et la formation tout au long de la vie, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, pp.232-233.

Lebeaume J. (2012) Effervescence contemporaines des propositions d’éducations à…Regard rétrospectif pour le tournant circulaire à venir, Spirale, 50, p.111-24.

Leffler E. (2009) The many faces of Entrepreneurship : a discursive battle for the school arena. European Education Research Journal, vol. 8, number 1, 2009.(www.wwwords.eu/EERJ.

Martucelli D. (2010) La société singulariste, Paris : Armand Colin, col. Individu et société.

Pépin M. L’entrepreneuriat en milieu scolaire, de quoi s’agit-il ? (2011) McGill Journal of Education / Revue des sciences de l'éducation de McGill, vol. 46, n° 2, 2011, p. 303-326.

Rapports

Champy-Remoussenard P. (2008) Etude du dispositif Entreprendre en Lycée-Guadeloupe, rapport remis au GIP-DAIFI de l’académie de Guadeloupe, juin 2008, 64p.

Entrepreneurship Education in Europe : fostering Entrepreneurial Mindsets through Education and Learning. Final proceedings. (2006) European Commission, Oslo, 26-27, october 2006.

Les mini-entreprises dans l’enseignement secondaire. Rapport final du groupe d’experts. Projet « procédure Best ». (2005) Commission européenne. Direction générale Entreprise et industrie.

Vers la création d’une culture entrepreunariale. Promouvoir des attitudes et des compétences entrepreunariales au travers de l’éducation. Guide des bonnes pratiques. (2004) Communauté Européenne, Publication DG Entreprises.

Commission européenne (2004) «Progress Report on the implemantation of the Education and training 2010 » Work Programme, Group B, Key competences http://ec.europa.eu/comm/education/policies/2010/doc/basic2004.pdf

Décret du 11 juillet 2006 relatif au socle commun de connaissances et de compétences et modifiant le code de l’éducation.

 


[1] Cet article ne prétend pas constituer une note de synthèse sur les travaux réalisés. A ce sujet voir Pépin (2011).

 

Communication 3 :

Éduquer par l’entrepreneuriat : une illustration

 

 

Communication 4 :

Les mini-entreprises : un projet indiscipliné ?

 

Sylvain Starck

Université Lille 3, CIREL, équipe Proféor-CIREL

 

C’est dans un contexte européen incitant à la mise en œuvre de dispositifs et de stratégies éducatifs associés à la compétence clé : « sense of initiative and entrepreneurship » (Commission européenne, 2004), que de multiples initiatives relevant des éducations à l’entrepreneuriat se développent en France. Ces initiatives visent essentiellement à instaurer chez les individus en formation un « esprit d’entreprendre » - capacité à être entrepreneur de sa vie – et/ou un « esprit d’entreprise » – maîtrise des processus liés à la création d’entreprise. Comme le souligne le rapport Euridyce 2012 « Entrepreneuship education at school in Europe National Strategies, Curricula and Learning Outcomes », seules certaines formations supérieures (économie ou ingénierie essentiellement) ainsi que la filière économie sociale dans le secondaire ont intégré explicitement ces objectifs dans leur curriculum. Le dispositif des mini-entreprises (ME) mis en œuvre dans le secondaire (collège ou lycée) - objet de la recherche dont il est fait ici état - constitue une nouveauté dans le paysage éducatif français et qui n’a, pour l’heure, pas été exploré à partir du point de vue des sciences de l’éducation.  Dans une visée compréhensive, il s’agit de mettre en évidence les processus éducatifs liés à ce dispositif. Nous faisons l’hypothèse que les modalités d’action dans les mini-entreprises vont mettre en tension deux formes de travail : l’une liée au travail scolaire – marqué par la forme scolaire -, l’autre liée au monde de l’entreprise parfois considéré dans les représentations sociales comme la « vraie vie », le « monde réel » (Labbé, Starck, Champy-Remoussenard, 2012). 

Les analyses développées par la suite prennent appui sur un ensemble d’observations participantes réalisées dans 4 ME, d’entretiens réalisés auprès d’enseignants et d’élèves engagé dans une ME mais aussi des responsables académiques et partenaires des ME. Ce corpus est complété par un ensemble de documents institutionnels, prescripteurs ou médiatiques, liés aux ME. La collecte des donnés est actuellement en cours, et les premiers résultats proposés ici sont à considérer avec la réserve de rigueur.

Pour comprendre comment les acteurs intègrent les différentes dimensions qui organisent leur travail, nous sollicitons les théories de l’activité. Ce cadre théorique met en avant le fait que l’activité visible, réalisée est riche des activités suspendues, non réalisées, processus qui traduit un débat de normes chez les professionnels (Clot, 1995 ; Schwartz, 2009), débat que cette recherche tentera de mettre en lumière.  Pour cela, nous sollicitons conjointement les théories latouriennes sur l’enquête en sciences sociales (Latour, 2006) qui instituent les objets comme de véritables « actants » dans l’action. En suivant la manière dont le réseau des actants (enseignants, élèves, « actants non-humains ») se configure, nous mettons en évidence les tensions qui se déploient dans ce dispositif inscrit dans une double référence : scolaire et entrepreneuriale. Le fait d’inscrire les ME dans une pédagogie du projet constitue une résolution pratique de cette double référence. Toutefois, les modalités de fonctionnement et les finalités visées s’éloignent implicitement de la forme scolaire et de sa double logique disciplinaire (au sens des matières d’enseignement et du maintien de soi), perturbant l’activité des différents actants et interrogeant de manière empirique les liens entre travail scolaire et travail en entreprise.  

 

Bibliographie :

Clot, Y. (1995). Le travail sans l’homme ? Pour une psychologie des milieux de travail et de vie. Paris : La Découverte.

Commission européenne (2012). Entrepreneuship education at school in Europe National Strategies, Curricula and Learning Outcomes, Bruxelles, Euridyce.

Commission européenne (2004) «Progress Report on the implemantation of the Education and training 2010 » Work Programme, Group B, Key competences http://ec.europa.eu/comm/education/ policies/2010/doc/basic2004.pdf

Labbé S., Starck S., Champy-Remoussenard P. (2012), Immersion d’enseignants du second degré en entreprise : une reconfiguration des représentations du travail, Colloque « Expérience et professionnalisation dans les champs de la formation et du travail ; état des lieux et nouveaux enjeux », Université de Lille 1 et université de Lille 3, 26-27-28 septembre 2012.

Latour B. (2006). Changer de société, refaire de la sociologie. Paris : La Découverte.

Schwartz Y., Durrive L. (sous la dir.) (2009). L’activité en dialogues. Entretiens sur l’activité humain (II) suivi de : Manifeste pour un ergo-engagement. Toulouse : Octarès Editions

 

Communication 5 :

L’éducation à l’entreprenariat : un vecteur de professionnalisation de l’institution scolaire et de ses produits

 

Thomas Dumet

Trigone-CIREL, Université Lille1

 

Mots-clés : Education à l’entreprenariat / Skholè / Professionnalisation / Scolarisation

 

Si l’éducation à l’entreprenariat est un objet d’une actualité forte, elle reste très largement à circonscrire et à découvrir. Pour cela, elle peut être caractérisée, au regard de sa désignation, par l’articulation d’éléments scolaires à des éléments professionnels. En tant que telle, elle peut donc être considérée comme l’une des manifestations d’un mouvement qui débute, pour le cas de la France, dans les années 60 avec la mise en relation de l’éducation et de l’emploi (Tanguy, 2002). Ce mouvement dual allie une tendance à la scolarisation du travail à une propension à la professionnalisation de l’institution scolaire et de ses produits (Dumet & Leclercq, 2012 ; Dumet, 2013). De ce point de vue, l’éducation à l’entreprenariat, incarnant et matérialisant la deuxième évolution, désignerait un « espace-temps » de rencontre entre la skholè, ce loisir studieux qui caractérise l’école (Bourdieu, 2003), et l’activité professionnelle ou le travail, défini a contrario par l’impératif de production ou de création d’utilité économique (De Coster, 1998).

Basée sur l’observation participante d’un dispositif d’éducation à l’entreprenariat réalisée dans le cadre d’une recherche collective en cours, la contribution propose de revenir sur la réalisation de cette rencontre. Il s’agira alors de répondre aux questions suivantes : si l’éducation à l’entreprenariat manifeste une tendance à la professionnalisation de l’institution scolaire et de ses produits, quelles en sont les manifestations observables et les incidences sur les situations d’enseignement et d’apprentissage ? Au-delà de l’éventuel sentiment d’évidence que génère ce terme, qu’implique cette « professionnalisation » ? Sans pouvoir présumer à ce stade des résultats et conclusions de ces analyses, quelques pistes de résultats peuvent déjà être évoquées. Elles sont principalement de deux ordres. Tout d’abord, ce travail devrait permettre d’identifier la manière dont la cohérence des situations d’enseignement et d’apprentissage se structure dans le cas de l’éducation à l’entreprenariat. Ensuite, il devrait permettre d’identifier les sources de tensions, voire de conflits, entre l’un et l’autre des référents convoqués ici. Finalement, au terme de ce cheminement, c’est l’expression même de professionnalisation de l’institution scolaire et de ses produits qui devrait gagner en précision et en intelligibilité.

 

Bibliographie :

Bourdieu, P. (2003). Méditations pascaliennes. Paris : Editions du Seuil.

De Coster, M. (1998). Bilan, actualité et perspectives de la sociologie du travail. Dans De Coster, M. Pichault, F. (eds). Traité de sociologie du travail. Bruxelles : Editions De Boeck.

Dumet, T. (2013 à paraître). Vers une scolarisation de l’expérience et une professionnalisation du savoir ? Questions Vives.

Dumet T. Leclercq V. (2012). Pour une lecture sociologique des contenus d'enseignement et des programmes : l'exemple de la formation d'adultes peu qualifiés et peu scolarisés, Colloque Sociologie et didactiques : vers une transgression des frontières, Haute Ecole Pédagogique du canton de Vaud / UER Acteurs, Gestions, Identités, Relations, Systèmes / UER Didactiques des mathématiques et des sciences de la nature / UER Didactique du français / UER Didactiques des sciences humaines, Lausanne (Suisse).

 

Communication 6 :

Principes éducatifs sous tendant le développement des dispositifs de mini-entreprises dans l’enseignement secondaire français

 

Mohamed Ait M'bark

Proféor- CIREL, Université Lille 3, France

 

Mots-clés : principe éducatif, entreprenariat, action, mini- entreprise

 

Notre recherche porte sur « l’éducation à » ou « par l’entreprenariat », et les différents acteurs  développant des dispositifs de mini-entreprises en France, mais aussi à un niveau international. Une mini-entreprise a comme caractéristique d'être créée par un groupe d'élèves, et consiste à mettre en place les conditions de son fonctionnement tout au long de l'année scolaire.

Le nom d'une importante association qui intervient en direction des mini-entreprises, Entreprendre Pour Apprendre, reflète bien les préconisations, notamment en matière d’objectifs éducatifs. Au niveau international, une organisation (Junior achievement worldwide) préconise des dispositifs appelés « Entrepreneurship education programme » qui sont l’équivalent des dispositifs de mini-entreprises. Nous pouvons également noter au niveau européen, l’existence de Junior achievement – young enterprise.

Il s’agit de comprendre les liens que les différentes associations et organisations peuvent nouer entre elles et leurs effets, notamment en matière de pratique et de représentations des acteurs. Dans ce contexte, nous menons une analyse des multiples représentations (Becker H.S, 1998), liées aux pratiques et aux discours des acteurs évoqués précédemment, et en lien avec la mise en place des dispositifs de mini-entreprises au sein de l'académie de Lille.

Dans le cadre de notre recherche de type ethnographique, notre postulat est que le modèle pédagogique sous-jacent correspond à celui de l’éducation par l’action (learning by doing). Cela se vérifie sur notre terrain d’enquête (observation, entretien), particulièrement auprès des acteurs qui développent des dispositifs de mini-entreprises, ainsi que dans des documents provenant de ces acteurs qui sont analysés, notamment ceux à caractère prescriptif (charte, règlement, etc.).

Nos investigations relatives à « l’éducation à » ou « par l’entreprenariat » se situent dans le champ de recherche des Sciences de l’éducation, et dans un programme de recherche de notre laboratoire visant à comprendre les relations école/travail, et école/entreprise. Nous les situerons également par rapport à la question des « éducations à... » (Audigier, 2012), en nous demandant si celles-ci (Éducation à la santé, à la citoyenneté, etc.) doivent ou peuvent adopter des principes éducatifs communs.

Au final, nous apportons des éléments de définition du principe éducatif d’éducation par l’action. Pour cela, la mise en place effective des dispositifs de mini-entreprises est interrogée, en distinguant ce qui relève, d’une part de l’éducation par l’action, et d’autre part de l’apprentissage par projet (Proulx, 2004 ; Reverdy, 2013). Cette distinction permet notamment d’observer et de comprendre les méthodes éducatives privilégiées par les différents types d’acteur.

 

Références bibliographiques :

Audigier F. (2012) Les éducations à…et la formation au monde social. Recherches en didactiques, 14, p.47-64.

Leffler E. (2009) The many faces of Entrepreneurship : a discursive battle for the school arena. European Education Research Journal, vol. 8, number 1, 2009.(www.wwwords.eu/EERJ).

Pépin M. L’entrepreneuriat en milieu scolaire, de quoi s’agit-il ? (2011) McGill Journal of Education / Revue des sciences de l'éducation de McGill, vol. 46, n° 2, 2011, p. 303-326.