384 - L’explicitation pour documenter l’expérience vécue et optimiser la formation

Alain Mouchet

Université Paris Est Créteil, LIRTES, France

 

Mots-Clés :Formation d’adultes, expérience subjective, triangulation des données.

 

Cette communication participe à poser les fondations d’un programme de recherche sur la caractérisation de l’expérience des acteurs en contexte habituel de pratique. Ce programme répond à des enjeux scientifiques sur l’analyse de l’activité et de la subjectivité, tout en possédant une utilité sociale pour les praticiens. Elle permet en effet d’envisager un renouvellement des pratiques professionnelles et des démarches de formation dans les métiers relatifs à l’intervention, en prenant mieux en compte les logiques intrinsèques des sujets.

Nous mettons ici en valeur l’usage de l’explicitation entendue dans ses différentes dimensions : en tant que posture épistémologique qui valorise ce qui apparaît au sujet dans des situations singulières et spécifiées, comme éclairage théorique de la psycho-phénoménologie et comme méthode de recueil de données par entretien (Vermersch, 2012). Nous voyons dans la mobilisation de l’explicitation un double intérêt. D’une part documenter l’expérience subjective en accédant à ce que les experts nomment souvent instinct ou intuition, c'est-à-dire des savoirs d’action implicites, non conscients au moment de l’action et difficilement verbalisables. D’autre part contribuer à l’organisation d’un dispositif de formation permettant de transformer sa pratique, par la mise en place d’un suivi ancré sur le vécu subjectif. Huard (2010) souligne à cet égard la pertinence de l’analyse réflexive rétrospective sur l’expérience vécue.

La méthodologie utilisée articule l’entretien d’explicitation avec d’autres sources de données, comme des enregistrements audiovisuels, pour effectuer une triangulation entre les dimensions privées de l’activité et les aspects observables d’un point de vue extérieur. Cela permet de combiner la subjectivité des acteurs et l’objectivation des actions. Nous précisons cette méthodologie et nous illustrons son intérêt par des données obtenues lors de recherches sur l’attention et les décisions de joueurs de rugby experts dans des situations complexes et évolutives de match, ou sur l’activité d’entraîneurs experts en compétition.

De plus, nous montrons l’exploitation de ce cadre d’analyse et de cette méthodologie dans un objectif de formation. Nos propositions visent à organiser un dispositif susceptible d’articuler les dimensions épisodiques et sédimentées de l’expérience (Rogalski, Leplat, 2009), de capitaliser et d’optimiser des savoirs d’action. Nous avons ainsi utilisé la verbalisation du vécu subjectif comme outil de développement des compétences et comme contribution à l’analyse et la transformation de sa pratique, que ce soit avec des joueurs en ce qui concerne les prises de décision ou des entraîneurs à propos du discours à la mi-temps.

Si nous présentons l’emploi de cette démarche dans le champ spécifique du sport de haut niveau, sa portée est plus générale, car elle peut constituer une source d’inspiration pour les ergonomes et formateurs dans d’autres domaines d’activité professionnelle.

 

Références

Huard, V. (2010). L'intérêt de la didactique professionnelle pour la mise en œuvre d'une pragmatique de formation. Savoirs, 23, 73-94.

Rogalski J., Leplat J. (2011). L’expérience professionnelle : expériences sédimentées et expériences épisodiques. @ctivités, 8(2), 4-31.

Vermersch, P. (2012). Explicitation et psycho-phénoménologie, Paris : ESF.