382 - Jugements évaluatifs-en-acte: analyse des discours et des pratiques des enseignants de l'école primaire

Lucie Mottier Lopez

Walther Tessaro

Lionel Dechamboux

Fernando Morales Villabona

Sophie Serry

Université de Genève, Suisse

 

Mots-clés: Jugement évaluatif-en-acte, discours des enseignants, pratiques situées, culture de l’évaluation

 

Si les recherches sur les pratiques des enseignants sont nombreuses, peu portent spécifiquement sur leur jugement évaluatif tel qu’il se réalise « en acte » (Crisp, 2010), c'est-à-dire, par analogie à la conception de cognition in practice de Lave (1988), sur la façon dont le jugement d’évaluation se co-constitue entre les dimensions psychologiques de l’évaluateur et les ressources et contraintes des contextes socio-culturels. Ce jugement évaluatif « en acte », pris comme jugement professionnel (Lafortune & Allal, 2008), est conceptualisé comme un processus dynamique et complexe intégrant des sources d’informations diverses, et s'exerçant sur l'ensemble des opérations de l'évaluation : de la conception des situations d'évaluation à la communication des résultats et prises de décision, en passant évidemment par l'interprétation et appréciation de la production de l'élève.

Notre recherche-formation a impliqué 18 enseignants de l’école primaire genevoise (élèves de 8-10 ans), de 6 établissements différents. Le dispositif est composé de trois volets. (1) Des observations de pratiques de correction de copies en français et en mathématiques, assorties à des entretiens semi-structurés. La méthode du Think Aloud (Charters, 2003) a permis de susciter des verbalisations de la pensée-en-acte des enseignants lors de leurs évaluations sommatives. (2) Des réunions de modération sociale (Klenowski & Wyatt-Smith, 2008), visant à confronter les différentes évaluations du volet 1 et à construire une culture commune. (3) Un réplication du volet 1, 4-5 mois plus tard.

Nous avons effectué une analyse qualitative systématique : (a) des contrôles écrits - contenus, types d'items, barèmes, (b) du discours des enseignants à propos de leurs contrôles écrits, (c) de leur jugement-en-acte pendant la correction. Pour cette analyse, nous nous sommes basés sur la distinction entre deux niveaux de jugement : la construction de l’instrument d’évaluation (contrôle écrit ou autre type de tâche évaluative) et l’appréciation du travail de l’élève sur une tâche donnée (réponses à un contrôle écrit ou production élaborée par l’élève).

Dans notre communication, nous mettrons en exergue les caractéristiques contrastées de trois enseignants de notre recherche au sujet de la construction et de la passation de contrôles écrits en français (production écrite) et en mathématiques (problèmes additifs). Nous soulignerons également les arrangements évaluatifs et ajustements du dispositif d’évaluation pouvant être observés lors de la correction de l’épreuve. Les exemples choisis témoigneront de la diversité des jugements-en-acte, mais aussi des valeurs partagées susceptibles de relever d’une culture professionnelle en évaluation.

 

Références bibliographiques:

Charters, E. (2003). The use of think-aloud methods in qualitative research: An introduction to think-aloud methods. Brock Education, 12(2), 68-82.

Crisp, V. (2010). Towards a model of the judgement processes involved in examination marking. Oxford Review of Education, 36(1), 1-21.

Klenowski, V. & Wyatt-Smith, C. (2008). Standards-driven reform Years 1-10: Moderation an optional extra? Paper for AARE Conference.

Lafortune, L. & Allal, L. (2008). Jugement professionnel en évaluation. Pratiques enseignantes au Québec et à Genève. Québec: Presses de l'Université du Québec.

Lave, J. (1988). Cognition in practice: Mind, mathematics and culture in evryday life. Cambridge, MA: Cambridge University Press.