374 - Réflexions sur les vêtements des enfants et l'éducation du corps – les années 1950

Fernanda Theodoro Roveri

Universidade Estadual de Campinas (UNICAMP), Brésil

 

Mots-clés : éducation du corps, enfance, genre, mode

 

Résumé : La façon de s’habiller montre beaucoup d’une société. L’une des intentions de cette communication est de discuter comment les vêtements pour les enfants peuvent contraindre ou libérer le mouvement corporel. L’éducation du corps est inscrite dans la culture (Soares, 2011 ; Vigarello, 2004), alors nous montrons comment les jeux et les manières d’agir socialement sont influencés par les vêtements. Le fait de porter soit une robe, une jupe ou alors une chemise, un short ou même un pantalon, montre les signes approuvés ou rejetés par la société. Chaque époque conçoit de différentes règles et façons d’habiller les enfants.

Des discours pédagogiques sur le corps de l’enfant se prêtent souvent à prescrire certains types de coutumes sociales. Pendant les années 50, les magazines de variétés ont prescrit aux lecteurs (plutôt aux mères) de différents modèles de vêtements pour les enfants. Les dessins y montraient des codes de distinction pour habiller filles et garçons comme des adultes. Au Brésil, les magazines dirigés aux enfants « Tico-Tico » et « Cirandinha » leur montraient surtout des règles de comportement, d’autre part les magazines de couture comme « Jornal das Moças » donnaient aux femmes des exemples pour confectionner des vêtements en consonance aux signes d’élégance.

Ainsi, les vêtements constituent un témoignage de la façon dont les enfants vivaient: l'histoire des vêtements permet d'observer l'histoire sociale, les règlements sur les manières d'agir et les habitudes d'une époque (Grau, 1999 ; Roche, 1989). Cette recherche historique analyse les images et les discours sur les enfants dans les magazines des variétés des années 1950, au Brésil. L'objectif de cette recherche est de comprendre comment les enfants étaient éduqués dans cette période où une société de consommation se consolidait au Brésil.

Les résultats de la recherche nous ont permis d’observer que des règles vestimentaires et de comportement ont été enseignées aux garçons et aux filles dans les écoles et reprises par les magazines de variétés.  Notre hypothèse est qu’un idéal de civilité et de progrès stimulait l'achat de nouveaux produits, considérés comme prestigieux. De cet idéal de vie, non seulement la maison et son mobilier devraient être remis à neuf, mais encore l'apparence, les gestes et le comportement en public. Dans cette communication, nous allons présenter  les arguments utilisés par ces magazines pour produire des enfants dont l’image correspondait à ce que la société attendait d’eux. À partir de l'analyse des magazines destinés aux enfants et au public féminin nous discutons l’apparence des garçons et des filles telle que la société brésilienne au cours d’un processus d'urbanisation en attendait.

 

1. Introduction

 

Les vêtements, intégrant l'éducation du corps, expriment la sensibilité propre à chaque époque, ils affirment et/ou condamnent des comportements et d'appartenances sociales. Ce que les enfants portent peut, donc, nous aider à comprendre les sentiments, les discours et les attentes des sociétés par rapport à l’enfance. 

Lorsque l’on considère l’enfance sous la perspective de l'histoire, nous constatons que chaque époque produit des signifiés distincts par rapport au sujet enfant. Ainsi, penser historiquement la condition de l'enfant par rapport à l'adulte, à la famille et à la société, aux éléments culturels et non pas seulement à ceux qui sont biologiques et chronologiques nous permet de mieux comprendre les pratiques qui établissent un idéal d'être enfant[1].

Soares, 2011, lorsqu'elle aborde la question de l'éducation du corps, elle analyse que tout au long de l'histoire, des discours médicaux, religieux, philosophiques et pédagogiques ont développé et prescrit une éducation du corps, en détail, son hygiène et sa discipline. Dès la fin du XIe siècle les Traités et Manuels de Bonnes Manières, de Peinture et d'Hygiène, ont commencé à se développer et sont devenus partie intégrante d'une longue tradition d'idéaux de conduite, de civilité et de bon comportement. Le corps de l'enfant, conçu comme objet à être éduqué, apparaît dans des Manuels Scolaires qui circulaient en Europe à partir du XVIIIe siècle. Ces manuels prescrivent des “règles claires et précises qui insistent à effacer un corps pour qu'un autre, expression d'un type de civilisation, puisse naître” (SOARES, 2011, p.33). Suite à ce processus continu qui efface le corps et qui le fait émerger à nouveau, différent, en fonction de la sensibilité d'une époque, nous serons confrontés à un vaste ensemble d'images, de gestes et de techniques qui visent à éduquer.

La culture à l'école à la fin du XVIIIe siècle brésilien a été construite dans un moment d'intense mouvement de personnes, objets et modèles culturels, parmi lesquels on pourrait souligner, par exemple, des appropriations et des réinterprétations du système éducationnel français.

Au Brésil, les transformations que la société a subies dans la période comprise entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle ont fait de l'école la scène des discours d'intellectuels qui désiraient avant tout le progrès, l'ordre et la civilité (Rocha, 2000). Tout au long de cette période, le Brésil était en train de retravailler le concept d'identité nationale dans la littérature, optant pour des modèles autres que ceux du colonial portugais et ibérique[2]. Les relations politiques et culturelles entre le Brésil et la France vont alors devenir de plus en plus étroites.

Cette recherche historique analyse les images et les discours sur les enfants présentes dans les magazines des variétés des années 1950[3]. L'objectif de cette recherche est de comprendre comment les enfants étaient éduqués dans cette période où une société de consommation se consolidait au Brésil.

Dans les années 1950, de nouveaux médias diffusant des nouvelles de toute autre ampleur affirmeront la vie urbaine avec ses rythmes, comportements, gestes et habitudes vraiment distincts de ceux que l'on vivait dans le monde rural entouré des activités tout à fait diverses et qui étaient encore très répandues dans le pays. L'idée du progrès associé à l'urbanité serait confirmée et renforcée par les médias comme la radio, la télévision, le cinéma et les magazines. En général, les images de groupes sociaux privilégiés étaient exaltées comme exemple d'élégance et de beauté. L'éducation des enfants était en harmonie avec les mêmes normes sociales des adultes.

Les revues brésiliennes analysées dans cette recherche apportent également des allusions au mode de vie américain et européen. La revue Jornal das Moças a été créée en mai de 1914 et a été publiée jusqu'en 1961. La publication contenait des contes, des feuilletons, la vie des artistes et des gens célèbres de la radio, quelques photos de fêtes telles que des mariages et des bals de carnaval, des modèles pour les vêtements féminins, des publicités de produits d'hygiène et beauté et aussi des conseils – sentimentaux, culinaires, pour les tâches domestiques, comportements et soins des enfants, par exemple. À partir de 1930, on a incorporé à la publication une section de journal de modes et de broderies intitulée Jornal da Mulher. Dans les années 1950, ce magazine publiera des photos de revues de mode de Paris et de New York, stimulant ainsi une couture vue comme élégante et distinguée.    

Les magazines pour enfants Tico-Tico et Cirandinha[4] constituaient un des véhicules où se produisaient des discours servant à définir l'enfant. Publié durant plus de cinquante ans, O Tico-Tico a atteint une collection d'environ 2.097 exemplaires. Les éditeurs se sont inspirés, durant longtemps, dans les bandes dessinées françaises telle que Le Petit Journal Illustré de la Jeunesse (1904-1910). Cette revue apparaît au moment où la société défend l'officialisation de l'enseignement primaire obligatoire. La revue O Tico-Tico envisageait à la fois de servir de divertissement pour les enfants et d'offrir un soutien scolaire. Ses histoires et illustrations dépeignent la maison, la rue, la campagne, la famille, l'école, le travail et la patrie et sont conçues pour atteindre un public formé par des enfants déjà alphabétisés ou pas encore (Rosa, 2002).

En avril 1951, la même maison d'éditeur, O Malho, qui éditait O Tico-Tico publiera la première revue dédiée aux filles, Cirandinha. Avec près de 30 pages, la revue présentait sur la couverture des illustrations de filles qui s'occupaient des plantes et soignaient des animaux, jouaient à s'occuper d'une maison, comme le fait la maîtresse de maison, ou à la couture et à d'autres tâches ménagères. Ses éditeurs dialoguaient avec la lectrice de façon à renforcer des comportements et attitudes qui seraient propres à une fille “polie” et “attentive”. Les sections présentaient des histoires et des poésies, de l'art culinaire, “nos bonnes blagues”, des curiosités sur les outils domestiques, des “idées pratiques”, des phrases et des pensées “pour son album”. Il y avait des sections qui apprenaient aux filles de la couture et de la broderie, du décalque et d'autres travaux manuels «pour que les filles restent ‘tranquilles’, comme maman aime» (Cirandinha, VI, n. 64, juillet 1956, p.11). Le magazine dirigeait, soigneusement, le regard de la lectrice aux vêtements présentés dans la section “maman va faire pour moi”, qui suggérait des modèles de robes à faire.

Dans l'analyse qui suit, nous allons discuter de la façon dont les vêtements pour enfant apparaît dans les revues et quels comportements sont revendiqués. Nous signalons que notre but n'est pas de mettre en relief si les enfants agissaient ou s'habillaient conformément à ce qui était publié. Certaines questions peuvent se présenter ici telles que: Quels vêtements et modèles de comportements étaient véhiculés et diffusés aux lecteurs? Serait-il possible de lire sur les pages de ces revues un effort de participer à l'éducation des enfants au-delà des limites de l'école?

 

2. Tu fais une bonne impression?

 

Les magazines des années 1950 soulignaient des éléments qui définissaient ce qui était le bon ou le mauvais goût. Le souci de l'apparence, soit-elle féminine ou masculine, fait partie de nouvelles sociabilités et sensibilités urbaines. Les vêtements des hommes et des femmes, délimitaient, ainsi, leur place dans cette société. L'enfant n'échappe pas à la règle, il doit donc lui aussi s'ajuster à l'idéal de la modernité, le corps de l'enfant est éduqué pour correspondre à ce que l'on attend d'un futur citoyen d'un pays prospère - construit par la force de travail des hommes et les tâches ménagères des femmes.

Les magazines pour enfants des années 1950 présentaient dans leurs contenus une sorte de raffinement culturel et scolaire – la mythologie grecque, la science, les leçons de grammaire, des musiques et des partitions etc. – et encore d'importants distinctifs pour classifier la famille de la classe moyenne et garantir la continuité de sa lignée – l'habillement, les leçons d'hygiène et de santé, la bonne éducation etc.

Lorsque Bourdieu, 1979, affirme que les goûts fonctionnent comme des “marqueurs privilégiés de classe”, il vise à établir les conditions dans lesquelles sont produits les consommateurs des biens et leur goût, affirmant que celui-ci n'est pas un don de la nature et que sa formation passe par l'instruction du consommateur et par son éducation dans la famille et dans l'école. Les institutions de la famille et de l'école sont les lieux de la compétence, agissant comme deux marchés qui renforcent ce qui est socialement acceptable et découragent ce qui ne l'est pas.

La revue Cirandinha souligne l'importance de porter des vêtements de bons goûts. Sur plusieurs de ses pages on trouve des patrons pour des robes et il y est aussi indiqué aux mères des lectrices les meilleurs tissus pour la couture: laine, piqué, taffetas, shantung et les finitions et ornements en dentelles, broderies, fleurs et plissés. Les ornements des vêtements féminins sont généralement des fleurs, broderies et rubans. Il y a une présence constante de détails tels que des poches, des plis, des fermetures, cols et manches. Ces ornements permettent à l'enfant de plaire et en même temps de se distinguer et d'être envié. Simmel, 2008, p. 59, dit que le désir de se parer pour plaire aux autres signifie la conquête d'une estime, d´une valeur qui nous est attribuée, et signifie encore le pouvoir de “mettre en relief sa personnalité”.

 

Cirandinha, I, nº1, avril 1951, p.11.

 

La composition d'un vêtement pour la fille était également soulignée dans les discours qui enseignaient le zèle, la propreté ou encore à travers des bandes dessinées et des illustrations des personnages enfants et adultes. Être toujours “bien présentable” était une préoccupation plus grande pour les filles. La saleté chez la femme était signe de se laisser-aller. Alors que chez les garçons, quand ils se salissaient, on les considéraient comme très actifs, espiègles: bien que les revues leur recommandent aussi la propreté, chez eux la saleté était entendue dans le cadre de leurs jeux.

 

« rien ne peut causer une si mauvaise impression qu'une fille qui a les ongles sales, trop longs ou... rongés. Lorsqu'ils sont sales, surtout, c'est un triste témoignage de se laisser-aller. Qu' importe si cette fille porte les plus belles robes, les meilleurs bijoux et ornements, si ces bandes noires, au bout des doigts crient, proclament qu' elle n'est pas propre et ne prend pas soin de soi? Prenez soin de vos mains. Donnez à vos ongles l'aspect de propreté et d' hygiène d' une personne civilisée». (Cirandinha, VI, n. 61, avril 1956, p. 6.).

 

La distinction, comme souligne Bourdieu, 1979, s'exprime dans les détails, dans de petits et grands gestes, mais, en particulier dans des choses apparemment banales. Elle s'ancre dans la lutte incessante, peut-être inconsciente, de l'individu avec son groupe social, dans ce désir d'être pareil et de se différencier, peut-être même dans le désir d'imiter (Soares, 2011).

La publicité se révèle aussi comme une des formes de susciter ce désir de s'égaler et de se différencier, proposant au public des modèles d'imitation. De nombreuses publicités dans les revues différencient les garçons élégants: ce sont des garçons qui réussissent à jouer sans déranger les cheveux ou ceux qui peuvent courir sans que pour autant l'éclat de leurs souliers se perde. La publicité du magazine O Tico-Tico nous montre aussi qu'il était souhaitable que les garçons lecteurs aient un comportement différent de celui des filles, comme le suggère une publicité du fixateur pour les cheveux “Gomalina Excelsior”: “soyez un garçon espiègle, mais toujours bien peigné” (Almanaque d’O Tico-Tico, 1956, p.128).

 

Almanaque d’O Tico-Tico, 1951, p.143.

           

Nous pouvons constater que, en général, les magazines analysés non seulement montrent des modèles de santé et donnent des conseils pour garder une “bonne mine”, pour être propre et se présenter bien: mais nous constatons que les illustrations suggèrent l'utilisation des vêtements considérés distincts, élégants, appropriés pour cette société qui traverse une période d'urbanisation et que soient également compatibles avec les rôles sociaux des enfants auxquels la publicité se destine, que ce soit des garçons ou des filles.

L'habillement est un élément qui définit l'existence de l'enfant dans la société, il peut être compris comme le résultat des efforts des adultes pour la masculinisation ou la féminisation du corps. Ainsi, les vêtements choisis pour les garçons et les filles affichent, dans leurs détails, les procédures de contrôle des corps et les marques du pouvoir entre les sexes. Un simple bouton, lorsqu'il est cousu sur une pièce masculine, suggère un pouvoir viril, contrairement à l'habillement des femmes et des filles lesquels se boutonnent généralement à l'aide des épingles et des rubans (ROCHE, 2000).

Une photographie publiée dans la revue de couture Jornal das Moças nous renvoie à une éducation du corps différenciée pour le garçon et pour la fille. La lingerie de nuit apparaît ici comme un vêtement pour les deux sexes, cependant on constate qu'un tas de détails définira une posture et un comportement différent pour les enfants. Pour le garçon, un pyjama avec des boutons cousus sur l'épaule et qui, avec une poche dans la région de la poitrine, met en évidence la force et la virilité masculine. Le pantalon est parfait, le vêtement dans son ensemble bien comme la posture du garçon font penser à un soldat en uniforme impeccable. Le vêtement de la fille est une chemise de nuit, la couture présente certaines parties froncées, des volants, des rubans et des boutons qui remplissent et gonflent la région des seins et valorisent le ventre. Une grande poche est cousue au-dessous de la ceinture comme celle d'un tablier, pièce très utilisée par les femmes de ce temps-là pour le service domestique. Le vêtement, la posture et la poupée dans son bras suggèrent la maternité.

 

Jornal das Moças, nº 2029,6 mai1954.

 

Sur les photos et l'image du vêtement des enfants on peut constater une éducation des gestes les plus minutieux. Sur d´autres photographies des vêtements pour la fille, pour la femme, on remarque que leurs mains tiennent des poupées, des cahiers, des crayons ou des fleurs, ce qui nous permet de penser que l'on s'attend à ce que la fille se tienne occupée avec ses études ou avec des activités de soins.

Sur les pages de couture du Jornal das Moças, on peut se rendre compte que le type de vêtement suggéré pour que la mère fasse pour la fille est associé au symbolisme de la poupée. Les recettes de couture avaient l'habitude d'utiliser des termes tels que votre petite fille, petit vêtement, petit modèle et petite robe, transformant le travail de couture dans un mélancolique jeu de poupée. L'exemplaire du Jornal das Moças de juin 1954 apprend aux femmes à faire une robe en matelassé pour la fille et celle-ci est photographiée immobile, comme s'il s'agissait d'un jouet attendant les câlins de la mère. La revue suggère que l'activité de couture serait un jeu agréable dans une maisonnette pour les filles, évoquant chez les lectrices le sentiment de nostalgie et de retour à leur propre enfance.

 

Jornal das Moças, nº2034, 10 juin 1954, p23.

 

 Mais, au même temps que le vêtement de la fille va la transformer en une naïve poupée maternelle, d'autres subtils éléments vont projeter l'image d´un corps de femme, déguisant la figure puérile qui se trouve à l'intérieur du vêtement. La poitrine toute droite deviendra plus volumineuse par des fronces et des volants, la ceinture sera modelée par des rubans transpercés. Le corps de l'enfant sera enveloppé par les vêtements et ses mouvements deviendront limités. Sur certaines photographies on peut se rendre compte des sensibilités que le vêtement éveille chez les filles: leurs mains, considérées comme pures, ne toucheront pas directement le monde, elles sont protégées à l'intérieur des gants blancs raffinés. Peut-être que leurs corps ne toucheront pas le sol, puisqu'ils seront enveloppés dans de délicates robes de velours attachées à la taille par des ceintures, des lacets ou élastiques.

 

Jornal das Moças, nº2029,6 mai 1954, p.24.

 

Lorsque la revue Jornal das Moças définit des modèles de vêtements appropriés pour une fille, elle établit aussi une apparence désirée et un idéal d'enfance. Il est facile de se rendre compte que les vêtements pour enfants publiés dans ces revues suscitent des sentiments de pureté. La liaison de la mère avec ses enfants ou sa régression au monde infantile grâce à l'activité de couture démontrait de la noblesse d'esprit et ramenait la purification dans sa vie.

Si nous regardons la femme des années 1950 représentée sur les pages du Jornal das Moças, nous la trouverons vêtue d'innocence, de modestie et d'équilibre. Définissant le foyer comme l'espace de vie de la femme, le magazine a lutté pour affirmer la féminité de la lectrice, lui montrant comment accomplir son destin naturalisé de mère et d'épouse. Exclues des positions sociales élevées, les femmes cherchaient le mode de vie accepté accomplissant ce qui leur était imposé et faisant ce que l'on attendait d'elles (Simmel, 2008). Parmi ces impositions, il y avait celle de prendre soin de leur apparence et de s'occuper de leur famille. La couture et également les tendances de la mode appartenaient aussi au monde féminin. Les revues de couture soulignaient les codes vestimentaires qui différenciaient les vêtements de la classe supérieure et ceux de la classe moyenne basse, indiquant à la lectrice le choix de la couleur, du tissu et de la coupe, en plus des détails qui mettaient en relief les vêtements élégants. Il fallait aussi que la femme sache habiller son fils et sa fille chacun d'eux de façon différente, ayant déjà en tête la conception d'avenir qu'on leur désirait. En outre, il était nécessaire d'encourager la fille à prendre soin de son apparence et de son hygiène, tout en lui apprenant de bonnes manières pour qu'elle puisse avoir du succès dans ses “devoirs de femme”.

Ce type d'éducation donnée aux femmes entraînaient comme conséquence le fait que l'image des femmes qu'on publiait dans les revues se  montrait très similaire à celles de leurs filles. Il était important que la décence des femmes des années 1950 soit préservée, veillant à la qualité de “fille de bonne famille” Durant cette période où le taux de natalité et la domesticité féminine montent, il est fréquent de trouver des femmes et des filles portant des robes similaires car toutes les deux doivent maintenir l'image de la grâce, de la candeur, de la pureté, ingénuité et élégance. Lurie, 1997, affirme que dans les années 1950, pour les occasions formelles, les très jeunes enfants se présentaient en tenue style adulte et sophistiqué. Il y avait, donc, une préoccupation pour éduquer les enfants conformément aux attentes sociales par rapport au comportement des hommes et des femmes.

 

3. Conclusion

 

Les revues analysées, en plus d'avoir un rôle de premier plan en tant que source d'information et de conseils divers, reflétaient les comportements et séparaient ce qui était convenable pour le sexe féminin ou pour le masculin. Les modèles de vêtement pour adultes ou enfants étaient soigneusement élaborés pour ce scénario d'urbanisation. L'option pour une mode venue de l'étranger et véhiculée sur les photographies, musiques ou par les stars du cinéma, déterminait ce qui était le bon-goût et l'élégance au même temps qu'elle servait à marquer les appartenances sociales.

Pour la fille, une tenue qui était favorable à cet idéal de féminité: mère, bonne épouse, élégante et sage. Habillées comme une femme adulte, les filles apprenaient certaines tâches que les garçons, dans ces revues, n'apprenaient pas, car il s'agissait des tâches concernant une bonne épouse: enlever des taches d'un tissu, connaître l'équivalence de poids et mesures dans la cuisine pour préparer ses recettes, fabriquer une spatule en bois pour servir des gâteaux, peler l'oignon sans irriter les yeux, nettoyer un miroir qui a des taches et quelques secrets de couture, par exemple. Si la jeune fille apprenait très tôt à être responsable des tâches domestiques, prendre soin de plantes, d'animaux et de ses petits frères, il lui fallait porter le tablier, pièce très utile pour le service domestique, comme nous pouvons le voir dans de nombreuses illustrations des revues. Outre s'habiller pour des fonctions de “soigner”, la fille était aussi encouragée à porter des vêtements qui suggéraient charme, joie et affection. Des détails tels que des lacets, dentelles et rubans composaient à la fois une image de pureté et celle d'un corps semblable à celui de sa mère.

Les garçons, constructeurs de la nation, représentaient la virilité, l'intelligence et la force. Ainsi, leurs vêtements étaient cousus sans excès, pour assurer leur mouvement pendant les jeux vigoureux. Leurs vêtements ressemblaient à ceux des adultes du sexe masculin: chemises, cravates et boutons, mais il y avait aussi, pour eux, un pantalon court, considéré encore impropre pour les filles. En tant que futurs travailleurs et “hommes sérieux”, les garçons apprenaient à garder les chaussures brillantes et la coiffure bien plaquée. Ainsi, de la même façon que pour les filles, les garçons étaient encouragés à soigner leurs vêtements et leurs affaires personnelles, mais pour eux, le but était d'apprendre la discipline et non les aptitudes manuelles, comme pour les filles.

Alors, on constate dans les magazines analysés, une éducation du corps et des comportements liée à la façon de s'habiller, à un désir d'appartenance et d'affirmation de sa place dans les couches sociales. Les magazines produisaient certaines apparences pour leurs lecteurs et ont contribué à l'éducation de leurs corps, construisant le tissage des limites du grossier et du galant, du sérieux et du frivole, de l'adéquat et de l'inadéquat pour l'expérience de vie de l'enfance dans cette période-là.

 

Références

 

BAREL, Ana Beatriz Demarchi (2002). Um romantismo a oeste: modelo francês, identidade nacional. São Paulo, Brasil: Annablume : Fapesp.

BOURDIEU, Pierre (1979). La Distinction: Critique sociale Du jugement. Paris, France : Les éditions de Minuit.

E. BECCHI et D. JULIA (Eds.) (1998). Histoire de l'enfance en Occident ( vol.2). Paris, France : Seuil.

GRAU, F.M. (1999). Histoire du costume. Paris, France : Presses Universitaires de France.

KUHLMANN Jr., M. (1998). Infância e educação infantil: uma abordagem histórica. Porto Alegre, Brasil : Mediação.

LURIE, Alison (1997). A linguagem das roupas. Rio de Janeiro, Brasil: Rocco.

ROCHA, Heloísa Helena Pimenta (2000). Prescrevendo regras de bem viver: Cultura escolar e racionalidade científica. Cadernos Cedes, XX- 52, p.1-19.

ROCHE, D. (1989). La culture des apparences: une histoire du vêtement XVIIe-XVIIIe siècle. Paris, France : Fayard.

ROSA, Zita de Paula (2002). O Tico-Tico: meio século de ação recreativa e pedagógica. Bragança Paulista, Brasil: EDUSF.

SIMMEL, G. (2008). Filosofia da moda e outros escritos. Lisboa, Portugal : Edições Texto e Grafia.

SOARES, C. L. (2011). As roupas nas práticas corporais e esportivas: a educação do corpo entre o conforto, a elegância e a eficiência (1920-1940). Campinas, Brasil : Autores Associados.

VIGARELLO, G. (2004). Histoire de la beauté: le corps et l’art d’embellir de la renaissance à nos jours. Paris, France : Seuil.

 

 

 


[1] Consulter par exemple, BECCHI et JULIA (Eds.), 2008; KUHLMANN Jr., M., 1998.

[2] Le modèle culturel français diffusé au Brésil tout au long du XIXe siècle et commence lorsque D. João VI, en 1816 crée une mission civilisatrice pour le pays, il fait venir un groupe d'artistes, surtout d'origine française et y fonde l'École de Beaux-Arts. Consulter BAREL, 2002.

[3] Au Brésil, il y a une large culture de revues depuis la fin du XIXe siècle qui se répand durant les premières décennies du XXe siècle, constituant ainsi une source importante pour l'étude des façons de s'habiller.

[4] Le titre de la revue Tico-Tico fait référence à un oiseau brésilien et Cirandinha c'est le nom d'une traditionnelle ronde.