372 - Expérimentation d'un nouveau dispositif et traitement de ses effets sur la composante linguistique

Guénola JARNO-EL HILALI

Chercheure associée à l’UMR EFTS, France

 

Mot-clés: Recherche expérimentale, didactique de la grammaire, ponctuation, performances en écriture, école primaire.

 

Contrairement aux autres aspects graphiques, la ponctuation est souvent considérée comme secondaire dans l’enseignement de la langue écrite, l’objectif de sa maîtrise venant après les objectifs orthographiques classiques. Connaître la ponctuation constitue pourtant un impératif dans la maîtrise de l’écriture. Un texte produit sous la dictée ou en situation d’écriture spontanée sans ponctuation demande très souvent beaucoup d’efforts de compréhension pour le lecteur. De ce point de vue, savoir ponctuer fait partie des savoirs graphiques pratiques que les élèves doivent mobiliser et utiliser. Cela suppose la prise de conscience et l’acquisition de la maîtrise des fonctions du système de ponctuation dont le principe graphique est celui de séparer des unités linguistiques et de marquer leurs relations. La question du traitement didactique de la ponctuation se pose donc.

Dans le souci de développer nos connaissances en la matière, nous avons mis sur pied un dispositif pour l’enseignement de cette unité linguistique visant à remédier aux lacunes des élèves en situation d’écriture. La démarche préconisée dans ce dispositif est une démarche coopérative qui favorise la communication et l'échange. C'est aussi une démarche dynamique qui stimule l'effort de l’élève en lui donnant un rôle actif dans son apprentissage. Elle suit une démarche active dont l'objet est de montrer la nécessité et l'utilité de recourir « aux habiletés cognitives fondamentales comme l’observation, le classement et l’identification des caractéristiques communes » (Nadeau et Fisher, 2006).

L’objectif de cette communication est de traiter des effets (positifs ou négatifs) du dispositif sur la composante linguistique (orthographe lexicale, orthographe grammaticale, ponctuation...) en production écrite. Notre hypothèse est que le dispositif mis en application dans les classes a une incidence positive dans les performances en écriture des élèves, et plus particulièrement dans l’utilisation de la ponctuation. Pour tester les effets de ce dispositif, nous avons adopté un cadre expérimental. Le principe fondamental de ce type de recherche en didactique est de faire varier des éléments d’une situation prédéterminée et de mesurer les conséquences de ces variations.

Une cohorte de 121 élèves de CE1, répartis dans trois groupes très distincts, s’est prêtée au jeu. Dans un premier groupe, expérimental, l’enseignement suit la démarche préconisée dans le dispositif, tandis qu’un second groupe, témoin, suit les modalités habituelles d’enseignement. A ces deux groupes, nous en avons ajouté un troisième ce pour contrôler les effets non spécifiques connus sous le nom d’« effet Hawthorne » faisant référence aux résultats, positifs ou négatifs, qui ne sont pas dus aux facteurs expérimentaux, mais à l'effet psycho-social que la conscience de participer à une recherche et d'être l'objet d'une attention spéciale exerce sur le sujet ou sur le groupe expérimental (Rosenthal et Jacobson, 1971). Dans ce troisième groupe que nous avons appelé contrôle, la didactique mise en œuvre est une « copie conforme » de ce qui se fait dans le groupe témoin. En procédant de la sorte, nous apportons aux élèves de ce groupe les bénéfices éventuels d’une intervention extérieure, sans toutefois les bénéfices éventuels propres à la démarche préconisée dans le dispositif.

Les résultats obtenus montrent que les performances en écriture des élèves diffèrent significativement entre les trois groupes. L’analyse des erreurs relevées dans les copies révèle, en effet, que les élèves du GE – soumis au dispositif – performent mieux en écriture que les autres élèves : ils font en moyenne 12 erreurs en moins que les élèves du GT et 14 erreurs en moins que les élèves du GC. Cet effet positif semblerait imputable aux bénéfices des notions apprises. Outre un effet positif, le dispositif semblerait également avoir eu un effet prolongé.

 

Références bibliographiques :

Manesse, D. et Cogis, D. (2007). Orthographe: à qui la faute ? Issy-les-Moulineaux : ESF Editeur.

Nadeau, M. et Fisher, C. (2006). La grammaire nouvelle : la comprendre et l’enseigner. Montréal : Gaëtan Morin éditeur.

Nadeau, M. et Trudeau, S. (2002). Guide d’utilisation de la grammaire du 2e cycle. Boucherville : Graficor.

Favart, M. et Passerault, J.-M. (2000). Aspects fonctionnels du point et de la virgule dans l’évolution de la planification du récit écrit. Enfance, 2 : 187-205.

Paolacci, V. et Favart, M. (2010). Traitement des marques de cohésion par les jeunes scripteurs : l’utilisation de la ponctuation et des connecteurs à l’entrée en sixième. Approche linguistique, cognitive et didactique», Langage, n°177 : 113-128.

Rosenthal, R. et Jacobson, L. (1971). Pygmalion à l'école. Paris : Casterman.