358 - Petite histoire de la relation entre liberté et éducation ou géométrie du polyèdre

Émilie Osmont

Normandie université - université de Rouen, France

 

Mots-clefs : liberté, éducation, complexité, trialectique, herméneutique

 

Le postulat de la consubstantialité du lien entre la liberté et l’éducation est admis depuis l’humanisme de la Renaissance. Pour autant, il ne suffit pas d’admettre une accointance entre ces deux termes pour les comprendre dans leur essence et dans leur relation. En effet, dès lors que l’on s’occupe de penser les idées pédagogiques, nous sommes nécessairement renvoyés à l’intangibilité et à la mouvance de concepts, de valeurs, qui dépassent amplement le seul fait « éducation ». Parce que l’on ne peut pas envisager une définition dans l’absolu de ce qu’est la liberté dans son rapport à l’éducation, nous nous référons au paradigme de la complexité (Morin), en l’affinant cependant par la référence à la trialectique de Lupasco comme une invitation à penser le Monde dans ses multiples et simultanées dimensions. Autrement dit, nous souhaitons ici offrir à la lecture une compréhension du rapport liberté-éducation par la prise en considération des influences réciproques entre tous les niveaux de la réalité. Une telle logique introduit la présence d’un troisième-terme intervenant comme médiateur dans la relation entre la liberté et l’éducation ; c’est-à-dire que cette logique trialectique se pose en explicitation de la complexité du monde par la mise en exergue du tissage – tant de la trame que de la chaîne – de la Réalité au travers de nœuds agissant, à des métaniveaux comme orchestrateurs de la relation entre la liberté et l’éducation. Partant de là, s’intéresser à la liberté en tant qu’idée pédagogique dans son rapport à l’éducation implique, pour l’historien des idées pédagogiques, une approche herméneutique multidimensionnelle sous le couvert du paradigme de la complexité trialectique. L’idée ne supportant la définition en soi, il convient alors d’aller fouiller son réseau de relations pour faire ressurgir de l’oubli tout ce qui a permis les actualisations successives de sa relation à l’éducation, en insistant ici sur le fait que chaque actualisation, suivant la logique de la complexité, n’a jamais consisté en une disparition ferme et définitive des précédentes. Sous cet angle, on se saisit alors des représentations de la liberté et de l’éducation en fonction d’un concept-tiers ayant gouverné, à un métaniveau, les conditions même d’existence d’un rapport entre la liberté et l’éducation. Il apparaît alors que la liberté fût successivement régie par les idées de vertu théologale (humanisme du XVIIe siècle), de morale autonome (XVIIIe siècle), de spontanéité enfantine (Éducation nouvelle) et de contestation politique (1960-1970). A ce titre, la figure du polyèdre apparaît comme fort adéquate pour se représenter l’histoire des idées pédagogiques : unité multidimensionnelle, mettant en avant, dans un contexte historique particulier, une face particulière, mais sans jamais se défaire des autres faces qui constitue cette figure géométrique, métaphore du concept de liberté, il est pourtant indéniable que la face qui est visible n’existe bien qu’en fonction des faces qui se dérobent à la vue et qui pourtant portent elles aussi le concept de liberté. Que l’on ôte une de ces faces et c’est tout le polyèdre qui s’écroule. Il en va de même avec l’idée pédagogique : que l’on lui ôte l’une de ses influences et elle perd alors tout espoir d’être comprise dans sa complexe totalité.

 

Références :

Gadamer, H.-G. (1996). Vérité et méthode. Paris : Éditions du Seuil.

Lupasco, S. (1987). Le principe de l’antagonisme et la logique de l’énergie. Monaco : Éditions du Rocher.

Morin, E. (2000). L'intelligence de la complexité. Paris: L'Harmattan. Ricœur, P. (1969). Le conflit des interprétations. Paris : Seuil.