356 - L’apprenance: mis à l'épreuve d’un concept dans des contextes variés

Maxime Jore

Docteur, Novancia Business School Paris

CREF, Equipe Apprenance et Formation , Université Paris Ouest La Défense, France

 

Lisa Carrière

CREF, Equipe Apprenance et Formation , Université Paris Ouest La Défense, France

 

Françoise LEMAIRE

CREF, Equipe Apprenance et Formation , Université Paris Ouest La Défense, France

 

Dominique Kern, discutant

LISEC  (EA231), Université de Haute Alsace (UHA), France.

 

Mots –clés : Formation des adultes, attitude, apprenance, proactivité, emprise du genre, seniors

 

Lors des dernières décennies, la société a connu des évolutions majeures (Cohen D,  2006)  obligeant sans cesse les organisations et les individus à s’adapter à leur environnement c'est-à-dire à actualiser et développer leurs connaissances. Aussi, d’après le Conseil européen de Lisbonne de mars 2000, la société se définit-elle dorénavant comme une société de connaissance où l’attitude d’apprenance est devenue vitale Celle-ci se caractérise comme porteuse de comportements d’apprentissage proactifs et autorégulés chez l’adulte et se définit comme « un ensemble durable de dispositions favorables à l’action d’apprendre dans toutes les situations» (Carré, 2005) . Elle se présente comme un construit récent dont le périmètre conceptuel est encore flou. Aussi, la récente élaboration d’une échelle de mesure unidimensionnelle par l’équipe Appprenance et Formation des Adultes du CREF de Paris Ouest Nanterre La Défense doit permettre aux chercheurs de participer à la précision de cette notion.

Après avoir retracé l’élaboration et la validation de cette échelle, dont les résultats montrent que la disposition affective s’avère particulièrement dominante mais ne rend pas compte à ce jour de l’effet de durabilité, trois études empiriques ayant utilisé cet outil seront présentées.

La première étude porte sur « l’apprenance et la proactivité, un rapport spécifique à son environnement et à l’action ». Considérant que l’apprenance semble signifier un rapport particulièrement proactif au savoir, l’étude des corrélations inter-attitudinales entre l’apprenance et la proactivité, considérée comme attitude favorable à un comportement caractérisé, montre que le lien entre ces deux attitudes est avant tout un rapport spécifique au changement plaçant l’individu disponible dans son environnement et en tension vers l’action.

La seconde étude porte sur l’« Attitude d’apprenance et variations de la dépendance-indépendance à l’égard du genre (DIG) chez des jeunes adultes en contexte d’apprentissage ». Elle envisage de mesurer l’impact des dispositions intrinsèques des sujets, notamment l’influence différentielle de l’emprise du genre sur l’attitude d’apprenance ainsi que sa variation. Les résultats obtenus auprès d’étudiants de trois écoles d’ingénieurs permettent de vérifier d’une part, l’existence d’une attitude apprenante, en lien avec une influence dynamique des dispositions personnelles des apprenants et, d’autre part, l’influence de l’emprise du genre sur cette attitude.

La troisième étude porte sur l’attitude d’apprenance tout au long de la vie professionnelle. En effet, alors que la formation à un âge avancé se présente comme un moyen pour se maintenir plus longtemps en emploi, le comportement des travailleurs vieillissants suggère que l’attitude d’apprenance se dégrade avec l’âge. L’étude menée auprès de l’ensemble des travailleurs de trois organisations  identifie que le score d’apprenance n’est lié ni à l’âge, ni à l’ancienneté. En revanche, il semble bien lié aux variables sexe et niveau de diplôme.

Ces trois approches permettent d’avancer que le concept d’apprenance  établit un rapport affectif positif et engagé au changement. Il s’avère par ailleurs que cette attitude positive à l’apprendre n’est pas influencée par l’âge ou l’ancienneté au poste mais par le genre. Cependant, ces résultats méritent d’être discutés et relativisés considérant la récence de ce nouvel outil.

 

Références bibliographiques:

Carré, P. (2005) L’Apprenance – Vers un nouveau rapport au savoir. Paris : Dunod

Batal C., Carre P., Charbonnier O.et Collette S. (2009) L’Atout senior, Paris : Dunod

Bateman T. S.et Crant J. M. (1993). The proactive component of organizational behavior: A measure and correlates. Journal of organizational behavior , 14, 103-118.

Vouillot F. (2004)  Enjeu et mise en jeu de l’identité sexuée dans les conduites d’orientation , dans quelle mixité pour quelle école ? Les débats du CNP. Paris, Albin Michel

Commission Européenne. (1995). Enseigner et apprendre – Vers la société cognitive. Commission Européenne, OPOCE, Luxembourg.

Commission Européenne. (2010, Octobre 27). Official documents on the Lifelong Learning Programme. Consulté le Novembre 4, 2010, sur Commission européenne Education et Formation: http://ec.europa.eu/education/llp/doc848_fr.htm

 

APPRENANCE & PROACTIVITÉ

 

Maxime Jore,

Novancia Business School Paris

CREF, Equipe Apprenance et Formation , Université Paris Ouest La Défense, France

 

L’accès aujourd’hui très rapide, quasi instantané au savoir, remet en question le rapport au savoir des étudiants : la nécessité de mémorisation cède le pas à la recherche et l’analyse de l’information ainsi que l’organisation des connaissances comme compétences critiques pour l’apprenant du XXIème siècle (Commission Européenne, 1995 ; 2009 ; 2010 ; Enlart & Charbonnier, 2010). « La nouvelle donne ainsi ébauchée propose de remplacer la figure classique du ‘formé’ (…) par celle de l’ ‘apprenant’, supposé proactif, éventuellement critique, conducteur plus que passager dans les voyages de la connaissance» écrit Carré (2005). Une double Injonction est faite à l’individu d’entreprendre son projet de formation tout au long de la vie, exigeant de lui un « ensemble de dispositions relativement durable favorable à l’acte d’apprendre en toute situation » (Carré, 2005). L’apprenance est cette attitude qui dispose le sujet apprenant à être disponible à tout apprentissage quelle que soit la situation tandis que la proactivité est définie comme « une disposition personnelle envers un comportement proactif, définie comme une tendance relativement stable à changer son environnement [1] » (Bateman & Crant, 1993).

En s’appuyant sur une étude statistique auprès de trois populations d’étudiants de l’enseignement supérieur (N=592), cette communication souhaite rapporter les résultats d’une recherche doctorale sur la mesure et les liens entre ces deux attitudes d’apprenance et de proactivité. Celle-ci a d’abord permis de construire la mesure d’une attitude générale favorable à l’acte d’apprendre (fidélité et validité) et confirmer la traduction française de l’échelle de mesure d’origine de la proactivité proposée par Bateman et Crant (1993). Quatre hypothèses ont ensuite été formulées pour cette toute première spécification de l’attitude d’apprenance en tant que variable dépendante. Celles-ci ont permis de montrer que la filière de spécialisation pouvait être discriminante pour l’apprenance, mais pas le niveau d’étude, ni le sexe. Quant au lien inter-attitudinal supposé entre ces deux attitudes d’apprenance et de proactivité (α=.43), il s’avère être considéré comme moyen (Corroyer & Rouanet, 1994 ; Cohen, 1990). Cependant, à l’inverse, la répartition nominale des scores conjoints d’attitudes montre qu’il existe un lien de dépendance entre les deux attitudes (X²=32.54/dl=16/p=.01/V=.259) (Corroyer & Rouanet, 1994 ; Cohen, 1977 ; Beaufils, 1996).

Malgré quelques limites identifiées dans cette étude statistique, l’analyse approfondie des liens inter-items apprenance/proactivité, permet de mettre à jour les caractéristiques communes aux deux attitudes qui justifient le lien inter-attitudinal : disponibilité aux opportunités, motivation intrinsèque à progresser et rapport positif au changement.

 

Références bibliographiques :

Bateman, T. S., & Crant, J. M. (1993). The proactive component of organizational behavior: A measure and correlates. Journal of organizational behavior , 14, 103-118.

Beaufils, B. (1996). Statistiques appliquées à la psychologie - Statitiques descriptives. Rosny: Breal.

Cohen, J. (1977). Statistical Power Analysis for the Behavioral Sciences. New York: Academic Press.

Cohen, J. (1990). Things I have learned (So far). American Psychologist , 45 (12), 1304-1312.

Commission Européenne. (2009, août/septembre 31-2). Conférence le triangle de la connaissance à la source de l'avenir de l'Europe. Consulté le Novembre 14, 2011, sur Site de la présidence suédoise de l'Union européenne: http://www.se2009.eu/fr/reunions_actualites/2009/8/31/le_triangle_de_la_...

Corroyer, D., & Rouanet, H. (1994). Sur l'importance des effets et ses indicateurs dans l'analyse statistique des données. L'année psychologique , 94 (4), 607-623.

Enlart, S., & Charbonnier, O. (2010). Faut-il encore apprendre ? Paris: Dunod.

 

ATTITUDE D’APPRENANCE

ET VARIATIONS DE LA DEPENDANCE-INDEPENDANCE A L’EGARD DU GENRE (DIG)

 

Lisa Carrière,

Doctorante,

CREF, Equipe Apprenance et Formation , Université Paris Ouest La Défense, France

 

Face à la situation de crise des systèmes économiques, qui tend à accentuer les mobilités et les ruptures professionnelles, la formation doit contribuer plus que jamais à répondre aux exigences changeantes de la société du savoir (OCDE 2003). Pour maintenir notre employabilité, et favoriser la performance économique, on nous demande de développer de manière autonome notre capacité d’apprendre à apprendre.

Bien que considéré comme un acte quasi naturel, les nombreuses recherches faites en pédagogie, nous montrent que certaines caractéristiques sont essentielles pour apprendre, notamment qu’il faut en avoir les capacités et le désir. Nous retrouvons bien cette idée dans le concept d’apprenance définit par Philippe Carré, qui rappelle que « l’apprentissage résulte d’un ensemble durable de dispositions favorables à l’action d’apprendre dans toutes les situations formelles ou informelles, de façon expérientielle ou didactique, autodirigé ou non, intentionnelle ou fortuite. » (Carré 2005).

Lors de cette communication, nous présenterons notre recherche menée auprès d’étudiants en écoles d’ingénieurs (N=759), considérés comme faisant partie de l’élite française.

Nous montrerons grâce à  une étude statistique et, une analyse de l’attitude d’apprenance, l’impact des dispositions intrinsèques des sujets sur leur apprenance.

Et parce que ces écoles sont composées majoritairement par un public masculin, parce qu’on sait aujourd’hui que le genre à une influence sur les croyances, les comportements, de même que l’orientation scolaire et universitaire, nous nous poserons la question de savoir s’il y a une influence différentielle de l’emprise du genre sur l’attitude d’apprenance et, comment elle l’a fait varier ?

Pour mettre au travail le concept d’apprenance proposé par Philippe Carré (2005), nous utilisons le cadre théorique développé par Rosenberg et Hovland (1960), pour ce qui concerne l’évaluation de l’attitude d’apprenance, en lien avec des théories dispositionnalistes, mis en discussion avec celui de la DIG (Dépendance-Indépence à l’égard du genre) proposé par Cendrine Marro dans son habilitation à diriger des recherches (2010).

L’analyse des premiers résultats, ne montre pas de corrélation entre l’attitude d’apprenance et la DIG, mais souligne par ailleurs des effets significatifs du contexte d’apprentissage sur l’apprenance, mais également des effets de l’âge, du sexe et, du contexte d’apprentissage sur la DIG.

 

Références bibliographiques

Carre P. (2005) L’apprenance, vers un nouveau rapport au savoir. Paris : Dunod

Bourgeois E. (1996)  L’adulte en formation. Regards pluriels.  Bruxelles :De Boeck Université,.

Fiske S., Leyens J.P., (2008)  Psychologie sociale. Bruxelles : De Boeck Université

Vouillot F. (2004)  Enjeu et mise en jeu de l’identité sexuée dans les conduites d’orientation , dans Quelle mixité pour quelle école ? Les débats du CNP. Paris : Albin Michel .

 

LES SENIORS ( E) S ET LA FORMATION :

MESURE DE L’APPRENANCE TOUT AU LONG DE LA VIE

 

Françoise Lemaire,

Doctorante

CREF, Equipe Apprenance et Formation , Université Paris Ouest La Défense, France

 

Considérant le vieillissement de la société, l’allongement de la vie professionnelle s’impose pour garantir le système des retraites. Ainsi, au lieu d’évincer de l’emploi les seniors soit des collaborateurs âgés de 45 ans et plus, déclarés en deuxième partie de carrière selon l’Accord National Interprofessionnel du 20/09/03, l’entreprise doit-elle désormais préserver leurs compétences voire les développer, à travers notamment des actions de formation. Or, non seulement l’accès à la formation se raréfie avec l’âge ( CEREQ, 2009) mais la demande en formation chute elle aussi . De ce fait, l’attitude d’apprenance des collaborateurs semble s’éroder avec le temps.

Le terrain d’étude:

Dans la perspective d’identifier les variables influençant le degré d’apprenance, une étude a été menée en 2011 auprès de 212 individus soit ± 80% des collaborateurs de trois organisations de secteurs d’activité différents. La structure de la population étudiée se distingue de celle des actifs français par trois aspects : elle est plus diplômée avec un diplôme médian bac +2 au lieu de bac , plus âgée car 36% contre 25% ont plus de 45 ans, et plus ancienne car 52% contre 21% sont en poste depuis au moins 10 ans.

Observations/ résultats:

La distribution des réponses au questionnaire se présente normale avec les valeurs suivantes : moyenne 27,13 ; écart type 5 et variance 28,40. A partir de là, quatre groupes sont déterminés et permettent d’observer que plus la catégorie professionnelle(CSP), le niveau d’études élevé et l’ancienneté récente, plus le score d’apprenance est élevé.

Selon le test de variable centrée réduite, la comparaison des scores moyens d’apprenanceselon différentes variables permet de constater qu’ils ne sont liées ni à l’âge, ni à l’ancienneté, ni à la CSP[2]. En revanche, être une femme, détenir le bac  ou être demandeur de formation  augurent d’un score d’apprenance significativement supérieur à celui des hommes, des non diplômés ou des non demandeurs de formation.

Conclusion

Les résultats de cette étude invitent d’une part à remettre en question les croyances concernant le déclin automatique de l’envie d’apprendre avec l’âge, d’autre part à envisager une gestion des parcours au lieu des âges, par exemple à considérer comme urgent d’intervenir auprès des individus de moins de 45 ans depuis plus de 10 ans en poste. De plus, dans un souci d’efficacité des actions de formation, inciter les collaborateurs à demander une formation plutôt que leur imposer apparait pertinent. Enfin, ces résultats confirment l’influence de la scolarité sur le rapport au savoir des adultes et rappelle de précédentes observations où « les femmes (apparaissent) plus autodéterminées eu égard à la formation que les hommes » (Carre p , 2001, p.) 

La portée de ces résultats est néanmoins à relativiser considérant l’insuffisance des effectifs qui a limité les investigations statistiques et l’influence potentielle d’autres variables, non identifiées ici.

Aussi, afin de mieux comprendre l’évolution de l’apprenance tout au long de la vie, des entretiens de « biographie éducative » (Dominicé P, 2011)  ont été menés en complément de cette étude statistique.

 

Références bibliographiques :

Batal C., Carre P., Charbonnier O.et Collette S. (2009) L’Atout senior, Paris : Dunod

Carre P. (2005) L’apprenance, vers un nouveau rapport au savoir. Paris : Dunod

Cereq (2009) Quand la formation continue. Repères sur les pratiques de formation des employeurs et des salariés, Marseille, : Cereq

Lemaire, F et Carré P.  (2013). La formation des travailleurs seniors : enjeux et défis. Dans Kern, D. (Dir.) (2013), Formation et vieillissement – apprendre et se former après 50 ans : quels enjeux et quelles pertinences ? (p. 209-225). Nancy : Presses Universitaires de Nancy – Éditions Universitaires de Lorraine.

[1] «a personal disposition toward proactive behavior, defined as the relatively stable tendency to effect environmental change » – Traduction de l’auteur de la communication.

[2] Test de où Z >1,96 pour un risque d’erreur a =5% rejetant l’hypothèse d’égalité des moyenne ( âge :0,82 ; ancienneté :1,29 ; CSP :0,83 mais sexe: 2,08, diplôme :2,20; Df:2,42 )