355 - Analyse contextuelle du devenir des élèves en fin de collège

Rozenn Rouillard

CREAD - Université Rennes 2, France

 

Mots clés : orientation, contexte, collège, public / privé, ethnographie

 

En recourant de façon privilégiée, et parfois exclusive, à la variable sociale, la sociologie des inégalités scolaires a pris pendant longtemps le risque d’écraser des différences individuelles de parcours en les coupant d’un contexte producteur de disparités. A contrario, dans la quête d’une production institutionnelle, elle a pu tomber dans le travers d’analyses statistiques modelées sur une indépendance entre les différentes variables (effet maître, taille de la classe, etc.) et rendre les acteurs de terrain, principaux responsables des variations locales de performances (Ben Ayed et Broccolichi, 2011). Ainsi, il apparaît aujourd’hui indispensable de ne pas disjoindre variables sociodémographiques et contextuelles, autrement dit d’étudier leurs relations et d’analyser finement les effets contextuels qui ne doivent pas être préjugés identiques pour les élèves de tous milieux sociaux (Broccolichi, Ben-Ayed et Trancart, 2005). De plus, la multiplication des échelles et des méthodologies pour penser le contexte et ses effets atteste de la fécondité et de la pertinence de la notion à expliciter le monde scolaire actuel. Cependant, elle ne favorise pas la construction d’un cadre de compréhension global des inégalités de scolarisation. Dans ce sens, l’analyse du « contexte » doit, selon nous, faire émerger les effets conjugués et articulés des variables locales, sectorielles (privé/public) et d’établissements sur les trajectoires scolaires.

À partir d'une enquête réalisée dans quatre collèges (deux publics et deux privés) pendant deux ans, selon une démarche croisant les méthodes de l’ethnographie et du questionnaire, nous nous intéressons à analyser ce qui, dans le contexte de scolarisation, contribue à la production d’inégalités d’orientation en fin de 3ème et à la construction du devenir scolaire des élèves après le collège. La recherche consiste dans un premier temps à contrôler la sociologie et les résultats scolaires des élèves afin, dans un deuxième temps, de les rapprocher des vœux et décisions d’orientation en 3ème. L’analyse des écarts consiste, dans un troisième temps, à étudier les processus, normes et jugements qui, de l’intérieur des collèges, engendrent des disparités et inégalités rarement questionnées. Comprendre tous les effets des décisions d’orientation en fin de 3ème nécessite, dans un quatrième et dernier temps, de porter le regard au-delà, c’est-à-dire à la fin de la classe de 2nde. Il s’agit d’apprécier les conséquences à terme de la sélection à l’orientation (Broccolichi et Sinthon, 2011). Les principaux résultats soulignent que sur le territoire rural étudié où coexistent quatre collèges privés et publics, l’évaluation comme l’orientation relèvent moins de l’appartenance au secteur d’enseignement que d’une combinaison de facteurs propre à chaque contexte d’établissement.

 

Ben Ayed, C., & Broccolichi, S. (2011). L’appréhension des inégalités de scolarisation ou comment y voir clair dans la jungle des idées reçues et des fausses oppositions. Savoir/agir, 17, 53-64.

Broccolichi, S., Ben Ayed, C., & Trancart, D. (2005). Les inégalités socio-spatiales. Processus ségrégatifs, capital social et politiques territoriales. Ministère de l’éducation nationale et DATAR.

Broccolichi, S., & Sinthon, R. (2011). Comment s’articulent les inégalités d’acquisition scolaire et d’orientation? Relations ignorées et rectifications tardives. Revue française de pédagogie, 175, 15-38.

Périer, P. & Rouillard, R. (2012). L'orientation en fin de 3ème dans quatre collèges publics et privés : une analyse contextuelle. Orientation scolaire et professionnelle, 41, 413-438.