350 - Diffuser l’art chorégraphique : intérêts et enjeux d’une étude des "publics de la danse" en sciences de l’éducation

CHOPIN Marie-Pierre

ADS-LACES, Université Bordeaux Segalen

 

SALADAIN Lise

ADS-LACES, Université Bordeaux Segalen

 

Mot-clés : politiques éducatives et culturelles, éducation artistique, pratiques chorégraphiques, public de la danse, formation du spectateur

 

Héritage de la place accordée au sujet dans la pédagogie du 20ème siècle, ou effet de l’idéologie néolibérale plaçant l’individu au centre de tout processus social, les réflexions sur la diffusion des savoirs, dans ou hors du cadre scolaire, s’articulent généralement à une question liminaire (à tout le moins considérée comme telle) : celle des publics. Quels sont les destinataires des objets ou des pratiques à diffuser dans la société ? Quelles spécificités ces publics présentent-ils ? Et surtout comment ces dernières influencent-elles les modalités de la diffusion envisagée ? De telles interrogations sont vives aujourd’hui dans le champ artistique, où, dans le cadre de ce que l’on nomme explicitement la « formation des publics », les dispositions culturelles des sujets apparaissent particulièrement déterminantes.

Après avoir situé la manière dont ce questionnement s’inscrit au cœur des politiques culturelles depuis plus de 40 ans et rappelé comment l’introduction de l’éducation artistique au sein des cursus scolaires réactive aujourd’hui les échanges, nous montrerons l’intérêt d’aborder une telle problématique depuis le champ des sciences de l’éducation, dans une perspective anhropo-didactique (Sarrazy, 2002). En particulier, il s’agira de montrer qu’une problématisation plus poussée de la question des publics visés par la diffusion des savoirs chorégraphiques – nous nous limiterons ici à la place du spectateur – s’avère nécessaire, pour deux raisons : 1/ réaffirmer le caractère pluriel des destinataires de l’œuvre chorégraphique (les publics plutôt que le public) ; 2/spécifier cette pluralité non pas à la question des caractéristiques sociologiques des publics mais bien à celle de leurs pratiques ou formes de vie spécifiques au sens de Wittgenstein (logiques de fréquentation des salles, mise en œuvre d’un vocabulaire spécifique, etc.).

Pendant plus de deux ans, l’observation de colloques et de dispositifs dédiés à la formation du spectateur (réunions publiques, « bords de scène », etc.) a été couplée à la passation de près de deux cents questionnaires auprès de publics "tout-venant" pour aboutir à la mise en évidence de quatre profils spécifiques : les spectateurs initiés, les habitués, les prétendants, et les contingents. Loin de s’opposer sur de simples caractéristiques sociologiques, l’examen des pratiques de ces différents spectateurs permet de discuter de l’adéquation des dispositifs de diffusion culturelle généralement envisagés à leur encontre et de contribuer, depuis les sciences de l'éducation, à la réflexion éducative propre au monde de l’art.

 

Références bibliographiques :

Brousseau G. (1998) – Théorie des situations didactiques, [textes rassemblés et préparés par N. Balacheff, M. Cooper, R. Sutherland, V. Warfield]. Grenoble : La Pensée Sauvage, 395 p.

Guy J.-M. (1991). Les publics de la danse. La documentation française, Collection du Département des études et de la prospective du Ministère de la culture et de la communication, 479 p.

Urfalino P. (2004). L'invention de la politique culturelle. Paris : Pluriel, 427 p. Wittgenstein, L (2004). – Recherches philosophiques [traduit de l’allemand par F. Dastur, M. Elie, J-L. Gautero, D. Janicaud, E. Rigal], Paris : Gallimard, 367 p.

Sarrazy B. (2002). – Approche anthropo-didactique des phénomènes d’enseignement des mathématiques. Contribution à l’étude des inégalités scolaires à l’école élémentaire. Habilitation à Diriger des Recherches. Université Victor Segalen Bordeaux 2.