345 - Dynamique temporelle et activité de l’enseignant polyvalent du primaire en France : étude du temps quotidien de six professeurs des écoles du Cours Préparatoire tout au long d'une année scolaire

Aline Blanchouin,

Laboratoire Experice, Paris XIII, France

 

Mots clés : collectif de travail ; enseignant polyvalent ; temps quotidien

 

Les débats récurrents sur les rythmes scolaires et la polyvalence des enseignants du primaire, interrogent directement, un aspect peu étudié de l’exercice du métier, la dimension processuelle du temps quotidien (une interaction enseignant-élèves de six heures) dans la dynamique de l’année scolaire. C’est depuis celle-ci que nous appréhendons le double agenda didactique et pédagogique des professeurs des écoles (PE). Plus spécifiquement, l’objectif ici, est de décrire et de comprendre l’évolution, au cours d’une année scolaire, du rapport entre les temps spécifiquement disciplinaires et interstitiels qui composent le quotidien de la journée de classe.

La recherche relève d’une approche ergonomique et interactive des situations d’enseignement-apprentissage et mobilise l’approche méthodologique de la clinique de l’activité : constituer un collectif de professionnels pour remettre « le métier au travail ». L’investigation repose sur une recherche collaborative longitudinale (l’année scolaire 2011-2012), menée avec un groupe de six enseignants volontaires en cours préparatoire (CP), présentant différents statuts et anciennetés dans le métier et dans l'enseignement au CP. Pour appréhender l’activité d’enseignement-apprentissage, elle mobilise de manière complémentaire des méthodes directes (observation et filmage continu des six heures journalières, à six reprises dans chacune des classes et recueil de la page de cahier journal) et des méthodes indirectes, mettant en jeu la participation du chercheur lors de trois strates d’entretiens à six reprises : entretiens individuels, d’auto confrontation croisée, collectifs. Le corpus de données est construit à partir des variations inter et intra individuelles des caractéristiques du cours de l’action « jour de classe » (typologie de plages horaires) et de son agencement (découpage des plages horaires et caractéristiques de leur alternance -fréquence/amplitude-).

Ainsi pour caractériser les différents moments d’une journée de classe, leurs successions et leurs articulations, nous distinguons les plages horaires consacrées à la programmation des contenus disciplinaires des autres, que nous nommons, interstitielles. Elles intéressent des temps transitionnels, relatifs aux changements de cadre et d’activité des élèves et des temps d’encadrement des séances « disciplinaires ». Pour l’ensemble des enseignants, le volume disciplinaire total s’accroit entre septembre et Toussaint pour osciller autour de 4h20 - 4h50. Le noyau dur « français-mathématiques » suit la même courbe d’augmentation (il passe de 2h30/3h30 à 3h/4h dès janvier, dont 30mn/1h en mathématiques). Complémentairement, le temps consacré aux autres disciples apparaît directement lié aux ressources personnelles des enseignants et aux interventions extérieures. En ce qui concerne, les plages interstitielles : le volume des temps de transition, légèrement inférieur à 1h/jour apparaît relativement stable pour chaque enseignant et fortement lié à l’organisation collective de l’école (service enseignant ; usage de la sonnerie), à la situation géographique de la classe par rapport à la cour et à la qualité de la paix sociale lors des moments de récréation et de la pause méridienne. Les temps d’encadrements font l’objet eux de fluctuations horaires intra individuelle singulières car leurs contenus évoluent au cours de l’année en fonction des instruments de travail de l’enseignant (coin regroupement, affichage emploi du temps…), des outils des élèves (cahier de devoirs ou de textes…), de l’évolution de leur maitrise du contrat pédagogique (gestion matérielle, des déplacements, de la prise de paroles…). Plus encore, ils interrogent une des dimensions de la polyvalence : la propension à prendre prétexte de toute mise en situation des élèves pour croiser différents apprentissages, et ici, y insérer ceux relatifs à la maîtrise de la langue.   

En fait ces résultats marquent la façon dont les enseignants de CP se saisissent des prescriptions primaires et secondaires caractéristiques de ce niveau d’enseignement, tout au long de l’année, au fil de l’avancée des apprentissages en lecture de leurs élèves. Pour en comprendre les ressorts, nous analyserons le jeu entre macro préoccupations (grain de la période, du trimestre), dilemmes dans la gestion des règles (du métier et/ou personnelles) afférentes au niveau du découpage du curriculum d’une part et de l’autre de la définition du déroulement des « séances » (topogénèse) et le répertoire des instruments pour l’action. Nous soulignerons en conclusion la pertinence de l’usage de la journée comme unité temporelle d’analyse pour comprendre la spécificité de l’exercice du métier d’enseignant dans le primaire.

 

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