342 - L'horizon d’une éducation à la sexualité humaine au Liban

Assaad Yammine

S2HEP- Université Lyon1, Université de Lyon, France 

Faculté de Pédagogie, Université Libanaise, Beyrouth, Lebanon

 

Pierre Clément

S2HEP- Université Lyon1, Université de Lyon, France 

  

Iman Khalil

Faculté de Pédagogie, Université Libanaise, Beyrouth, Lebanon

 

Mots-clés : Education à la sexualité humaine - transposition didactique - Interaction science-valeurs-Conceptions- Système éducatif libanais.

 

L'éducation à la sexualité (ES) cherche à permettre aux élèves, non seulement d’acquérir des informations scientifiques et médicales mais aussi, sinon surtout, de mieux comprendre les différentes dimensions de leur sexualité : l’ES vise les aider à s’épanouir en développant des attitudes responsables, individuelles et sociales (OMS, 1994).

Dans la perspective de tracer un état des lieux au Liban, où l’implémentation de l’ES reste problématique, nous avons analysé le contenu de cinq séances d’enseignement de biologie relatives à la reproduction et sexualité humaines, enregistrées avec l'accord des enseignants.

Les séances, d’une durée de 45-55 minutes chacune, ont été filmées en 2008 et 2009. Trois d’entre elles concernent des élèves de 13-14 ans, deux autres des élèves de 16-17 ans ou de 17-18 ans.

L’analyse montre  que les contenus abordés sont réduits à la seule dimension biomédicale de l’ES. De plus, les discours de certains enseignants reflètent des valeurs implicites, limitant la sexualité humaine au cadre matrimonial. Or l’âge du 1er rapport sexuel  des Libanais varie entre 12 et 18 ans (données planning familial, 2009) tandis que les dernières données statistiques des Nations Unies (2004) montrent que l’âge moyen du mariage est de 27 ans pour les femmes libanaises, et 31 ans pour les hommes libanais (http://unstats.un.org/unsd/demographic/products/indwm/tab2b.htm). Les préoccupations des élèves libanais ne se limitent donc pas uniquement au seul cadre du mariage.

Certaines limites de connaissances du professeur ont été observées, affirmant par exemple la nécessité de libérer son sperme, ce qui inciterait indirectement les garçons à des rapports sexuels ou à la masturbation.

Dans ces cours, les élèves sont dans le contrat didactique (Brousseau, 1986) : ils ne parlent que de biologie puisque c’est un cours de biologie. Certes, certaines questions sont posées par les élèves (sur l’avortement, la contraception), mais bien d’autres ne le sont pas, concernant par exemple l’hymen, la longueur du pénis, le plaisir, l’orgasme, alors que des études réalisées en Tunisie (Abrougui et al, 2010) ont montré que ce sont les questionnements les plus fréquents chez des élèves d’une culture proche, quand l’enseignant arrive à permettre leur expression.

Les styles pédagogiques utilisés au cours de ces séances filmées montrent la prédominance de l’informatif et de l’injonctif. Il y a une absence totale du style participatif, qui serait pourtant indispensable dans ce genre d’éducation (Solomon 1992, Simonneaux 2001, 2003), permettant des échanges argumentatifs (Plantin 1996, Auteur 2006).

Les styles pédagogiques utilisés, les limites des connaissances des professeurs, le contenu dispensé, essentiellement biomédical, sont des indicateurs de valeurs implicites des enseignants, que nous tenterons de caractériser, et qui reflètent la complexité de la situation au Liban. Constituent-elles des obstacles à la mise en œuvre effective de l’ES au Liban ?

 

Références bibliographiques  :

Abrougui, M. et al. (2010). Teaching strategy for human reproduction and sex education. IOSTE. didaquest.org.

Brousseau G., (1986). Fondements et méthodes de la didactique des mathématiques. RDM (Recherches en Didactique des Mathématiques), 7, 2, Grenoble : La Pensée sauvage.

Clément, P. (2006). Didactic transposition and KVP Model : Conceptions as interactions between scientific knowledge, values and social practices. In Proceedings of ESERA Summer School (pp. 9-18). Braga (Portugal) : IEC.

OMS. (1993). L’organisation mondiale de la santé encourage l’éducation sexuelle à l’école pour prévenir le sida, Genève, OMS, communiqué OMS/1994.                                                               

Plantin, C. (1996). L’argumentation. Paris : Seuil (Mémo). 

Simonneaux, L. (2001). Role-play or debate to promote students' argumentation and justification on an issue in animal transgenesis. International Journal of Science Education, 23 (9).

Simonneaux, L. (2003). L'argumentation dans les débats en classe sur une technoscience controversée. Aster, 37 (Interactions langagières 1).

Solomon J., (1992) The classroom discussion of science-based social issues presented on television : knowledge, attitudes and values. International Journal of Science Education, 14 (4).