340 - Formation initiale des professeurs et transmission de gestes professionnels

René Amigues
UMR ADEF, Aix-Marseille Université, ENS de Lyon, France

 

Flora Boukri
UMR ADEF, Aix-Marseille Université, France

 

Mots clés : Travail enseignant, Analyse de l'activité, Formation initiale, Développement professionnel.

 

S’il existe de nombreux travaux en cours sur l’analyse de la pratique enseignante dans le premier ou le second degré français, il n’existe pas ou très peu d’études sur certains « métiers singuliers » comme celui de professeur documentaliste. Les recherches sur l’analyse de pratiques en formation initiale montrent les difficultés des étudiants à s’approprier des gestes professionnels (Bucheton, 2009) et soulignent le rôle décisif et cependant incertain que joue la collaboration entre l’“analyste” et les praticiens dans la mise à jour de ces derniers (Vinatier & Altet, 2008). Dans une perspective de formation initiale, la démarche utilisée dans ce projet est celle de l’ergonomie de l’activité qui part de la demande de tuteurs documentalistes qui souhaitent être dotés d’outils leur permettant de mieux accompagner les entrants dans la profession qu’ils encadrent avec un cadre de référence formalisé. Nous proposons de regarder les conditions de l’appropriation des gestes professionnels à partir des procédés de leur transmission dans un cadre de médiation conçu à cet effet, mettant en jeu des méthodes visant l’élaboration et la formalisation de l’expérience professionnelle : autoconfrontation (Clot & Faïta, 2000) et instruction au sosie (IAS) (Oddone & al. , 1981). L’environnement proposé s’inspire à la fois de l’autoconfrontation et de l’IAS, où le stagiaire questionne l’activité du tuteur à partir de la vidéo. D’une certaine façon c’est regarder le processus de transmission de façon inversée, en partant des questions « vitales » du stagiaire. Se pose ainsi la question des outils de médiation qui permettent à un novice de poser des questions pertinentes à une pratique dans laquelle s’incorporent les gestes professionnels et à un professionnel d’expliciter ce qui est automatisé pour que l’autre s’en saisisse. C’est pour répondre à cette question, à la fois théorique et pratique, que ce nouvel environnement de formation vise l’apprentissage a) par les stagiaires d’outils susceptibles de construire des «observables » relatifs à leur activité future à partir de l’observation de l’activité actuelle du tuteur (Daniellou, 2007) et b) par les tuteurs des « formats » (au sens Brunérien) de restitution de leur pratique qui étayent le questionnement professionnel commun permettant de situer l’activité future du débutant. Les premiers éléments d’analyse de l’IAS menée par un étudiant à partir de tâches de bureau réalisées par le professeur documentaliste dans un CDI de collège montrent a) la difficulté de transmettre des gestes incorporés, b) que ce travail est « invisible » aux yeux de celui qui l’accomplit, c) que ce travail invisible est porteur de gestes professionnels peu valorisés en formation. Ce qui pose la question de l’écart entre les contenus de formation et le travail réel des professeurs. La reconnaissance du travail respectif du professeur et du stagiaire, suppose-t-elle le développement de compétences particulières chez les formateurs et les tuteurs ?

 

Références Bibliographiques :

Bucheton, D. (2010). L'agir enseignant : des gestes professionnels ajustés. Toulouse : Octares.

Clot, Y. (1999). Le geste est-il transmissible ? Apprendre autrement aujourd’hui ? 10e entretiens de la Villette.

Clot, Y., Faïta, D. (2000). Genre et style en analyse du travail. Concepts et méthodes. Travailler, 4, 7-42.

Daniellou, F. (2007). Des fonctions de la simulation des situations de travail en ergonomie. @ctivités, 4 (2), 77-83. http://activités.org/v4n2/v4n2. Pdf

Oddonne, Y., Re, A., Briante, G. (1981/1977). Redécouvrir l’expérience ouvrière. Vers une autre psychologie du travail. Paris : Editions sociales.

Vinatier, I., Altet, M. (2010). Analyser et comprendre la pratique enseignante. Rennes : PUR