328 - Formation des exclus

Garrigues Régis

Aix Marseille Université Adef, France

 

Mots clés : personnes détenues. Formation. Milieu total. Transmission des savoirs. Pédagogie spécifique.

 

C’est à l’aide de deux enquêtes, très différentes, l’une portant sur les personnes détenues l’autre sur les formateurs, que les dispositifs de formation en milieu carcéral  sont décrits. Comment les personnes détenues vivent-elles la formation dans un milieu total (SYKES, 1958) ? Que leur apportent les diverses formations qu’elles suivent ? Dans l’autre : comment les formateurs agissent-ils pour attendre les buts qu’ils se fixent à atteindre ? Nous découvrirons alors la présence de processus qui permettent ou qui empêchent la transmission des apprentissages. Et qui seront autant de caractéristiques des dispositifs de formation de ce milieu mais aussi et surtout de ce public (stigmatisé, exclu).

Première partie : les enquêtes.

La première des enquêtes a été effectuée en direction des personnes détenues. Elle visait, entre autre, à connaître le degré de prégnance d’un dispositif de formation en milieu carcéral dans un lieu de détention particulier, créé en 2002. C’est une structure d’accueil de personnes détenues résolument tournée vers une fin de peine accompagnée afin de favoriser l’insertion et éviter la récidive. A l’ouverture du centre, le dispositif de formation comportait vingt quatre intervenants. Et durant six semaines, les personnes détenues suivaient entre quatre à six heures de cours par jour. Nous nous sommes entretenus avec dix personnes détenus qui n’avaient pas suivi le dispositif de formation et cinq personnes qui avaient suivi le dispositif. Nous nous sommes entretenus aussi avec cinq personnes qui n’avaient aucune relation avec le monde  de la détention.

La deuxième enquête s’adresse aux formateurs exerçant en détention. Le mot ‘’formateur’’ est à entendre au sens large et comprend les enseignants, les animateurs, les moniteurs et les formateurs quel que soit la discipline. Il y a eu huit entretiens sur le mode semi-directif avec des intervenants formés par l’Administration pénitentiaires, et des intervenants extérieurs au cadre pénitentiaire. Puis un questionnaire de trente six questions, au niveau national, adressé aux formateurs intervenants en prison, bénévoles et professionnels, où était questionné leurs attitudes (pédagogiques) et leurs ressentis lors  des séances d’activité.

Deuxième partie : les résultats

Dans la première enquête les données recueillis ont été traité à l’aide de la théorie des représentations sociales (ABRIC 2003). Les résultats font apercevoir ceci : le dispositif de formation de ce lieu, disposé en système, modifie la représentation de la personne détenue et la fait changer de groupe d’appartenance, et de représentation de son environnement immédiat. Entre autres informations, cette enquête donne celle-ci : pour les personnes détenues qui n’ont pas suivi de dispositif de formation  ‘’la prison détruit’’. Pour celles qui ont suivi un dispositif de formation, ‘’la prison nous aide’’.

Problématique : les systèmes de formation pallient quels empêchements ?

Dans la deuxième enquête a été utilisée pour le traitement des données, l’analyse  thématique et l’analyse par ‘’saillance’’ (LANDRAGIN, 2004). Les résultats font apparaitre une spécificité des techniques pédagogique utilisées permettant la transmission des savoirs. L’empêchement majeur est la non-reconnaissance de la personne détenue comme étant un sujet et un acteur social (GOFFMAN, 1968).

 

Références bibliographiques :

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