326 - Phénomènes d’Arrière-plan dans l’appropriation du référentiel de compétences professionnelles dans la formation entre 1998 et 2012 : analyse de grilles d’observation et de discours de maîtres formateurs

Clabecq Céline

Univ. Bordeaux, Laboratoire Cultures Education Sociétés, EA 4140, Equipe « Anthropologie et diffusion des savoirs »,  France

 

Mots clés : Arrière plan, formation, grille d’observation, référentiel de compétences, maître formateur.

 

En France, le référentiel officiel de compétences professionnelles de l’enseignant énumère les attentes de l’Etat employeur à l’égard des capacités, des connaissances et des attitudes requises pour devenir enseignant. On retrouve des éléments de ce référentiel dans les grilles d’observation, utilisées par les maîtres formateurs,  au cours de leurs « visites conseil » auprès des étudiants et des professeurs stagiaires.

Ce référentiel peut être identifié comme un ensemble de règles définissant la pratique enseignante. Or, la pensée de Wittgenstein (Laugier, 2001)  sur l’application d’une règle nous amène à considérer qu’aucun référentiel professionnel ne peut suffire à lui-même. C’est le cas des grilles d’observation, émanant des IUFM ou des services académiques qui, tout au long d’une décennie, ont été proposées aux maîtres formateurs, afin d’établir un rapprochement plus étroit entre les pratiques de terrain et les textes officiels de référence.

Que nous apprend le phénomène de réécriture des prescriptions officielles par des intermédiaires institutionnels à destination des maîtres formateurs sur les Arrière-plans (Searle, 1998) qui rendent possible  sans la déterminer, la tâche des maîtres formateurs ?

Les grilles recueillies proviennent d’archives et de documents obtenus entre 1998 et 2012, soit au cours de l’activité ordinaire, soit lors de stages de formation de formateurs. Par ailleurs, 23 entretiens ont été menés en 2008, auprès de maîtres formateurs, d’anciennetés différentes, au sujet de leurs pratiques de formation et de leur point de vue sur l’usage de nouvelles grilles.

Ce travail de recherche s’inscrit dans une démarche anthropologique, parce qu’il vise à identifier la culture d’un groupe professionnel, et phénoménologique parce qu’il questionne l’assujettissement des maîtres formateurs à travers le sens qu’ils attribuent à leurs outils professionnels.

Si l’observation critériée du travail enseignant reste conforme à un modèle issu d’une culture du primaire (Marchive, 2004), l’introduction d’exigences nouvelles permet d’ajouter des contraintes au travail enseignant sans annuler explicitement les anciennes. La reconstruction d’une cohérence entre le terrain et le référentiel serait donc dévolue aux maîtres formateurs  pour contribuer à une normalisation des pratiques des enseignants stagiaires. Néanmoins, et selon leur plus ou moins grande « sensibilité au contrat institutionnel », les maîtres formateurs dépasseraient une certaine  « mise en forme du monde » assortie d’une recherche de « pouvoir sur les hommes » (Sarrazy, 2001) imposée par les grilles, en s’y assujettissant pour mieux s’en émanciper.

 

Références bibliographiques

Arrêté du 19.12.2006, (annexe) (B.O.E.N. n°1 du 04.01.2007). Cahier des charges de la formation des maîtres en institut universitaire de formation des maîtres.

Laugier, S. (2001).  Où se trouvent les règles ? Archives de Philosophie, Tome 64, no 3, pp. 505–524.

Marchive, A. (2003). La modélisation dans la formation des enseignants : De la leçon modèle au modèle de la leçon, Recherche et formation,  no 42, pp. 143–159.

Sarrazy, B. (2001). Didactique et enseignement des mathématiques : l'enjeu de leurs rapports pour la formation des professeurs, In Rouchier, A. et al., Le génie didactique, Bruxelles : De Boeck Supérieur pp. 163-177.

Searle, JR. (1998). La construction de la réalité sociale, traduit de l’anglais par Tiercelin, C.[Paris], Gallimard, coll. « NRF essais », 320 p.