320/2 Les croyances quant au redoublement, à l’évaluation et à la justice scolaire de futurs enseignants du primaire en formation en Suisse. Quelles sont-elles ? Quels liens entretiennent-elles ?

Fanny Boraita (Université de Genève)

Géry Marcoux (Université de Genève)

Mots-clés : croyances – futurs enseignants – redoublement – justice scolaire – évaluation – connaissances

Comprendre la structuration et l’évolution des croyances des enseignants à propos du redoublement est un enjeu fondamental dans la lutte contre l’échec scolaire (Crahay & Marcoux, 2010). Si, d’un point de vue méthodologique, les moyens à utiliser pour étudier ce domaine font débat, l’utilisation d’échelles validées en est un élément indispensable pour des enquêtes à grands échantillons. Dans cette perspective, deux échelles (échelle des futurs enseignants sur le redoublement concernant leurs croyances (EFERCr) et échelle des futurs enseignants sur le redoublement concernant leurs connaissances des recherches (EFERCo)) ont déjà fait l’objet de validation (Boraita & Marcoux, 2013). Se basant sur ces échelles, Crahay, Marbaise et Issaieva (soumis) ont montré une relation entre le degré de connaissances que détiennent les enseignants face aux recherches sur les effets du redoublement et leur adhésion ou non à la pratique. Du point de vue des croyances, Boraita (accepté), dans la foulée de Doudin, Pflug, Martin et Moreau (2001) et Marcoux et Crahay (2008) pour lesquels les croyances sur le redoublement entretiendraient des liens avec d’autres catégories de croyances, a montré un lien entre les croyances sur le redoublement et celles relatives à l’évaluation et la justice scolaire en réalisant des entretiens avec des FE en milieu de formation. Toutefois, la nature et l’ordonnancement des liens restent à clarifier. Boraita (soumis) qui a, quant à elle, utilisé l’échelle EFERCr auprès de FE entrant dans des institutions de formation en Suisse, en Belgique et en France, montre des croyances différentes chez les FE du cursus belge concernant le redoublement. Ces FE étant les seuls de l’étude à être inscrits dans une formation en 3 ans contrairement aux autres FE qui se sont inscrits dans une formation en 4 ans, Boraita (soumis) suggère une influence du choix de l’institution de formation dans les croyances.

Le but de la présente étude est d’examiner les relations entre les croyances relatives au redoublement, à la justice scolaire et à l’évaluation chez des FE en fin de formation (plus spécifiquement dernière et avant dernière années) qui sont inscrits dans une formation d’enseignant primaire dispensée en 3 ans et une autre dispensée en 4 ans. Elle poursuit deux objectifs principaux :

  1. confirmer par questionnaire les résultats de (Boraita, accepté) pour qui les croyances sur le redoublement sont liées au degré de connaissance des recherches sur la pratique ainsi qu’aux conceptions sur l’évaluation et la justice scolaire ;
  2. explorer l’hypothèse de Boraita (soumis) quant aux effets de l’institution de formation enseignante choisie sur les croyances.

Pour ce faire, l’échelle EFERCr a été utilisée en lien avec celle remaniée de justice scolaire de Quoilin (2006) et d’évaluation de Boraita et Issaieva (à paraitre). L’échelle de justice scolaire, issue d’une étude de l’opinion de FE sur des questions de justice et d’équité du système scolaire, propose un questionnaire regroupant les trois types de justice scolaire tels qu’énoncés par Crahay (2012) à savoir: égalité des acquis, égalité de traitement et égalité des chances. L’échelle sur l’évaluation de Boraita et Issaieva (à paraitre) regroupe quant à elles trois types d’évaluation selon ses fonctions normative, formative et critériée.

Les résultats confirment l’existence de liens entre les croyances sur le redoublement, l’évaluation, la justice scolaire et les connaissances des recherches; par contre, l’influence du choix de l’institution de formation enseignante en 3 ou 4ans ne se confirme vraiment que sur les croyances relatives à la justice scolaire. Les FE de l’institution dispensant le cursus en 4ans conçoivent la justice scolaire à travers l’égalité des acquis et ceux suivant le cursus en 3ans à travers l’égalité de traitement. Hormis, cette réelle différence de conception, les FE issus des deux institutions adhèrent à l’évaluation sous ses formes formative et critériée en rejetant sa fonction normative, ils ont une certaine connaissance des recherches sur le redoublement et se positionnent, à des degrés divers, de façon défavorable eu égard la pratique. Les quelques différences significatives qui apparaissent à ce propos entre les FE des deux institutions reflètent des prises de positions moins affirmées chez les étudiants de la formation en 3ans, ces derniers se disant plutôt défavorables à la pratique du redoublement comparativement aux étudiants de la formation en 4ans qui se disent défavorables.

Même si les FE des deux institutions ne partagent pas la même conception de la justice scolaire et que ceux du cursus en 3ans affirment moins leur position défavorable à la pratique du redoublement, des liens entre leurs croyances sur le redoublement, l’évaluation, la justice scolaire et leurs connaissances des recherches sur la pratique du redoublement sont présents.

La présente recherche témoigne également d’un lien entre les conceptions eu égard la justice scolaire et l’évaluation. Si nos résultats confirment la relation entre une conception de l’égalité des acquis et une adhésion à l’évaluation formative et critériée chez les FE du cursus en 4ans, ils montrent que la conception en l’égalité de traitement détenue par les étudiants de la formation en 3ans est elle aussi liée à leur conception de l’évaluation formative et critériée.

Si dans cette étude, il apparait qu’il existe bien un lien entre les croyances eu égard au redoublement, à l’évaluation et à la justice scolaire tel que mis en évidence par Boraita (accepté) et que l’influence des connaissances des recherches sur les effets du redoublement montrée par Crahay, Marbaise et Issaieva (soumis) est à nouveau démontrée, les résultats permettent d’appréhender plus finement la construction de la croyance relative au redoublement et plus particulièrement les liens qu’elle entretient avec les croyances sur l’évaluation et la justice scolaire. Ainsi, il ressort que la croyance sur le redoublement se construit majoritairement à partir des connaissances des recherches sur les effets de la pratique. Quant aux croyances, il apparait que ce sont les croyances sur l’évaluation qui expliquent davantage la position face au redoublement comparativement à celles sur la justice scolaire. Plus précisément, chez les FE interrogés, c’est le rejet de l’évaluation normative qui explique le plus leurs croyances défavorables au redoublement. Chez les FE du cursus en 4ans, leur croyance sur la justice scolaire, à savoir leur non-adhésion à l’égalité de traitement, est également une variable explicative, mais seulement à 4,5%, de leur croyance en défaveur de la pratique du redoublement. Il semblerait donc que ce soit les croyances relatives à l’évaluation qui influencent directement celles sur le redoublement. Les croyances quant à la justice scolaire seraient quant à elles influencées d’abord par les croyances sur l’évaluation avant d’avoir une influence sur celles concernant le redoublement. Cette dernière hypothèse et ces constats méritent d’être explorés davantage dans nos prochains travaux.

Références :

Boraita, F. (accepté). Effet d’un module de formation sur les croyances de futurs enseignants eu égard au redoublement. Etude qualitative à l’Université de Genève. Revue Suisse des Sciences de l’Education.

Boraita, F. (soumis). Structuration des croyances de futurs enseignants à leur entrée en formation quant à la pratique du redoublement. Revue Québécoise des Sciences de l’Education.

Boraita, F. & Issaieva, E. (à paraitre). Les conceptions de l’évaluation chez les futurs enseignants et enseignants  en exercice: une étude dans le canton de Genève. Actes du 25ème colloque de l’ADMEE-Europe Fribourg 2013 : Evaluation et autoévaluation, quels espaces de formation.

Boraita, F. & Marcoux, G. (2013). Adaptation et validation d’échelles concernant les croyances des futurs enseignants et leurs connaissances des recherches à propos du redoublement. Mesure et Evaluation en Education.

Crahay, M. (2012). L'école peut-elle être juste et efficace ? - De l'égalité des chances à l'égalité des acquis. (2e Ed.). Bruxelles : De Boeck.

Crahay, M. & Marcoux, G. (2010). Comment et pourquoi les enseignants décident du redoublement de certains élèves? Fonds National Suisse de recherche.

Crahay, C., Marbaise, C. & Issaieva, E. (soumis). Qu’est-ce qui fonde la croyance des enseignants dans les vertus du redoublement ? L’Ere Nouvelle.

Doudin, P., Pflug, L., Martin, D. & Moreau, J. (2001). Entre renoncement et engagement. Un défi pour la formation continuée des enseignants. In L. Lafortune, C. Deaudelin, P.-A. Doudin, D. Martin. La formation continue. De la réflexion à l’action. Québec : Presses de l’Université du Québec.

Quoilin, M. (2006). Etude de l’opinion des futurs instituteurs primaires et futurs régents en Province de Liège sur des questions de justice et d’équité du système scolaire. (Mémoire de licence inédit). Université de Liège.

Marcoux, G. & Crahay, M. (2008). Mais pourquoi continuent-ils à faire redoubler ? Essai de compréhension du jugement des enseignants. Revue des Sciences de l’éducation, 30(3), 501-518.