310 - Rythme ou chronologie ? Les pratiques scolaires à l’épreuve de la durée selon une épistémologie de l’autorisation

Nicolas Go

CREAD-Université de Rennes 2, France

 

Mots-clés : autorisation, coopération, rythmes

 

Il est frappant de noter combien, malgré l’usage généralisé de la notion de « rythme »,  le problème du temps en éducation est communément compris en termes de chronologie. C’est un temps institutionnel, linéaire, soumis à de multiples découpages emboîtés à la manière des poupées russes (primaire, secondaire, supérieur, cycles 1, 2 et 3 etc.). Ces divisions et subdivisions selon l’âge correspondent à d’autres découpages selon les contenus d’enseignement : les programmes nationaux sont segmentés et agencés par les professeurs sous forme de « progressions » tout au long de l’année scolaire. Malgré son ambition déclarée de « refondation », l’actuelle « réforme des rythmes scolaires » témoigne d’une stricte conformité à cette conception.

Les termes de calendrier, emploi du temps, planning, planification, contrôle, grille, programme, progression, séquence, étape, période, etc. communément employés témoignent d’une conception du temps répondant à une logique analytique et linéaire, par découpage contrôlé.

C’est une conception du temps réversible, dotée des mêmes propriétés que l’espace (ses représentations prennent commodément la forme de tableaux, organigrammes, etc.). Bien que les apprentissages soient logiquement ordonnés dans le temps, leur organisation se décrit aussi bien dans une direction du temps que dans l’autre, de l’avant vers l’après ou de l’après vers l’avant. Cette réversibilité très bien illustrée par l’exemple du redoublement, qui permet en quelque sorte à un élève de revenir en arrière pour reprendre un même programme plus ou moins à l’identique. 

Cette rationalisation institutionnelle du temps par des divisions chronologiques réversibles honore très mal, c’est tout le paradoxe, la réalité concrète, vivante, du temps humain, qui est tout entière un processus de changement continu, que les philosophes appellent en général la durée. Sa spécificité est, au contraire de la réduction précédente, l’irréversibilité. La durée prend une forme très spécifique dans l’expérience humaine, celle de la temporalité (ou temps vécu). Alors que les divisions des programmes officiels imposent à l’action des cadences régulières et homogènes, le devenir de la réalité vécue se déploie au travers d’une multiplicité de rythmes dynamiques, en variations continues.

Cette communication, faisant suite à un colloque international et pluridisciplinaire à l’ENS-Ulm (« Time and Emergence », 2011), se propose de présenter à la fois les résultats de recherches empiriques (enquêtes ethnographiques, analyses didactiques) sur des terrains en pédagogie coopérative, et l’état actuel de leur théorisation, sous la catégorie épistémologique de l’autorisation. On découvre une nouvelle temporalité en éducation, ouvrant la voie à une expérience joyeuse de l’étude.

 

Références bibliographiques :

Ardoino, J. (1990). Autorisation, In A. Jacob (Ed.), Encyclopédie philosophique universelle. Les notions. (p. 203-204) Paris : PUF. 

Lestienne, R. (2008). Miroirs et tiroirs de l’âme. Le cerveau affectif. Paris : CNRS éditions.

Reuter, Y. (2007). Une école Freinet. Fonctionnements et effets d’une pédagogie alternative en milieu populaire. Paris : L’Harmattan.