306 - L’influence du territoire sur l’orientation des filles en fin de classe de troisième.

 Boris Meunier

EA.4671 ADEF Aix-Marseille Université ; ENS de Lyon, IFE ; 13248, Marseille, France

 

 Boris Meunier

EA.4671 ADEF Aix-Marseille Université ; ENS de Lyon, IFE ; 13248, Marseille, France

 

Mots clés : Contexte, Territoire, Filles, Trajectoire scolaire.

 

Cette recherche vise à étudier l’influence du contexte et du territoire et plus spécifiquement celui de la ruralité sur la trajectoire scolaire des filles issues des milieux ruraux. Elle a été conceptualisée grâce aux théories de la Reproduction, des recherches sur le genre et sur une étude longitudinale d’une cohorte de près de 2400 élèves depuis 1999 effectuée par l’Observatoire de l’École Rurale. C’est à travers une méthode expérimentale que l’étude a été construite. Une enquête par questionnaire et en incluant les résultats du diplôme du brevet national des collèges, les données ont été recueillies auprès d’un échantillon de 350 élèves, afin d’effectuer une comparaison de deux groupes distincts. Le premier groupe est issu du milieu urbain (dans trois établissements urbains) et l’autre est issu des milieux ruraux (cinq établissements ruraux). Cette étude montre que les filles s’orientent plus que les garçons en seconde générale et technologique. Le résultat confirme l’effet du genre sur l’orientation. Mais elle montre que l’écart entre garçon et fille est supérieur aux données statistiques au niveau national. De plus, l’étude permet aussi de conclure que, les filles issues des milieux ruraux en fin de troisième s’orientent majoritairement plus en seconde générale et technologique que les filles issues du milieu urbain. Le contexte territorial influerait donc sur l’orientation des filles en leurs faveurs. Ces résultats sont une étude à un instant donné, il compare deux régions distinctes. Est-il envisageable de les généraliser ? Le contexte étant un facteur important de cette étude, on ne peut conclure sans reproduire cette étude à d’autres territoires. Toutefois, il interroge sur les raisons de cette réussite des filles en ce milieu. Les explications à ce stade hypothétique sont un manque d’offre d’orientation à proximité pour les filles, un manque d’emploi dans le rural, une volonté plus grande de vivre et habiter à la ville que les garçons. De plus, le suivi sur plusieurs années de la même cohorte permettrait de voir si les acquis se pérennisent au niveau du lycée. Une précédente étude montre que les filles certes partent au lycée souvent urbain, faute d’en trouver en milieu rural, mais ont une volonté de revenir soit en milieu agricole après une année de seconde soit pour travailler ayant fait comme elles disent une mauvaise expérience de la « ville ».

 

1. L'école et l'école rurale

L'école a été décortiqué et envisagé sous divers angles, la sociologie a abordé l'éducation de manière macrosociologie ou bien encore microsociologique. Les divers champs d'études ont permis de connaître les différents facteurs influençant de manière extrinsèque l'orientation d'un élève. Des dimensions sociales, des dimensions psychologique, des dimensions humaines des dimensions spatial sont à prendre en compte lorsque l'on veut considérer le choix d'orientation et les résultats scolaires qui influent eux-même grandement sur le choix d'orientation qui plus est au premier grand palier fin de troisième. Chaque facteur individuellement ne pèse pas tant dans la balance de la réussite scolaire et il n'y a aucun déterminisme nonobstant cela le cumul de certains critères augmentent fortement les probabilités d'une réussite de la scolarité ou bien d'un parcours avec plus ou moins d'anicroche, voir éventuellement d'échec scolaire. Parler de l'école rurale n'est pas nouveau, historiquement cette dernière ayant fait l'objet de grand changement. En effet, la première grande enquête d’ordre national fut celle effectuée par Institut National d’Etudes Démographiques (INED) en 1962. Les conclusions de celle-ci furent que les disparités dans le parcours scolaire sont causées par trois grands facteurs: l’origine sociale, la sélection faites par les maîtres dans la proposition d’orientation et l’habitat. Les écarts entre élèves entrant en sixième allaient de 42 % pour les enfants qui habitaient à la campagne contre 64 % pour les enfants habitant à la ville et 72 % pour ceux de l'agglomération parisienne.

Toutefois les études de cette période ne sont pas comparables avec celles effectués aujourd’hui comme le souligne Yves Alpe et Jean-Luc Fauguet dans la Sociologie de l’école rurale pour les trois raisons suivantes:

1- d’abord la proportion d’agriculteur était alors de près de 20% et l’évolution «entre les années soixante et les années deux mille du poids des ménages agricole est passé de 33% à près de 7%» (YVES JEAN 2003 p115).

Tout d’abord, la notion de territoire est apparue dans le monde de la recherche à la fin des années 90, avec le sociologue Bidoux-Zacchariasen. Auparavant, on employait plus volontiers le mot milieu, mais celui-ci a donc disparu pour laisser place au concept plus géographique de territoire, mais à ce jour « le concept de territoire, y compris au sein de sa discipline géographique fondatrice, n'est actuellement toujours pas complètement stabilisé à l'intérieur du champs des sciences humaines et sociales », certains même ont tendances à critiquer ce concept Ce mot polysémique, le plus souvent galvaudé, que l'on retrouve dans diverses situations, allant des territoires d’outre mer jusqu’aux territoires des rues ou des gangs. Son sens multiple appelle d'emblée à en donner les diverses définitions et à statuer sur l’emploi de ce mot dans cette thèse.

Alors qu’est ce qu’un territoire? Qu’est ce qui le définit? Qu’est ce qui le limite? Ces limites sont-elles nécessairement physiques (géographique) ou administratives (cartes scolaires)?

On peut lire dans la lettre d'ouverture de Martin Vanier ( au colloque sur « Territoires, territorialité, territorialisation : et après ? » que «Le territoire serait lié à de la territorialité activée, avec le cortège des questions sur les actions, les pratiques, les mobiles, les intentions, les ressorts, les genèses, les histoires particulières et les attendus cognitifs qui accompagnent la construction et/ou la production des territoires» mais aussi que «le territoire renverrait également à la territorialisation, en tant qu’ensemble de processus engagés par les systèmes d’acteurs et/ou d’agents, par les organisations sociales et politiques, par les dispositifs et procédures ad hoc, par les rapports de force et les mises en tension, par des déterminants économiques et structurels, par des configurations génériques existantes et/ou des configurations particulières émergentes, permettant de faire advenir le territoire, le faire exister, se maintenir et parfois de devenir opératoire.»

Il y a également dans cette notion de territoire des limites factuelles qui sont à considérer comme des représentations sociales. Ces dernières peuvent être, selon chaque individu, différentes et fluctuer d’un groupe à un autre, vivant pourtant au sein du même espace, qui plus est dans les milieux ruraux où «Le lien avec le territoire est déterminant en milieu rural, tant dans la production des phénomènes d’exclusion que dans les moyens à mobiliser pour y remédier» (YVES JEAN 2003 p32).

En s’appuyant sur les recherches de Bernard Lahire, de Lacan, de Jung et de Merton nous pouvons réduire la notion de territoire à quatre définitions englobant ces diverses limites:

  • Les territoires prescrits ou institutionnels,

  • les territoires vécus ou territoires d’action,

  • les territoires symboliques ou territoires rêvés,

  • les territoires intériorisés.

Toutefois, il faut considérer le territoire comme un lieu complexe, au sens définit par Edgar Morin, c’est à dire une définition dialogique.

Alors comment être sur lorsque l’on travaille sur la notion de territoire d’avoir la même conception que la personne interrogée ?

A ce cela s'ajoute le fait qu' «En proposant une approche plus globale de la notion de territoire, nous pensons que sa compréhension en sera améliorée. Mais il faut faire attention à ne pas tenter de réduire la complexité à tout prix, il faut lui laisser sa liberté, c’est-à-dire la représenter en limitant les mutilations.» (MOINE Alexandre 2005 p 120)

A travers cette jungle de définition du territoire ou il est difficile de connaître précisément ce que les acteurs conçoivent, mais aussi les chercheurs, le mot territoire peut se recouper et se mélanger, s'entrechoquer, il est sans conteste nécessaire de contextualiser les propos afin de s'engager sur une route banaliser.

Dans une étude en Sciences de l’Éducation, on va prendre en compte à la fois le contexte de l’individu interrogé, sa situation géographique, le lieu d’habitation, la carte scolaire, l’offre des établissements soit en termes d’options, soit en termes de formations courtes ou longues.

Ce contexte est aussi la façon dont l'élève va appréhender le territoire, c’est à dire le territoire vécu et le territoire rêvé.

Il faut entendre par-là, si l’individu ou plutôt l’élève interrogé s’investit dans une activité, une association ou s’il subit son environnement avec une envie future de partir avec une notion de territoire qui sera peut-être rêvés.

Cette contextualisation est importante lorsque l’on interroge les élèves.

En effet, posons le postulat d’un contexte territorial particulier, avec un élève qui subit celui-ci, il y habite, est scolarisé mais a une forte envie de partir. Nous pouvons alors de prime abord supposer que ce contexte lui donne envie de partir. Inversement, un élève qui vit pleinement dans ce territoire, avec une appartenance à un groupe, une association, l’envie de partir sera, sans nul doute, moins importante et si l'on ajoute un établissement à proximité du lieu d'habitation alors quelle influence cela aura t il sur la réussite scolaire et le choix de l’orientation?

L’élève désirant partir se mobilisera plus pour sa réussite scolaire ? Alors que l’élève voulant rester diminuera sa réussite scolaire ? Mais à réussite scolaire équivalente qu’advient-il ?

Le contexte peut également prendre plusieurs définitions. Nous venons de voir le contexte territorial, mais le contexte scolaire doit aussi être pris en compte et définis.

Ce contexte scolaire a été de nombreuses fois étudiées.

Il y eut tout d’abord une explication sociologique de Bourdieu et Passeron expliquant à travers la Reproduction et les Héritiers l’influence du facteur catégorie socioprofessionnelle sur l’orientation scolaire. Après il y a d’autres facteurs institutionnels, qui ont été longtemps ignorés tels que les effets de l’établissement, la carte scolaire, l’effet maître, l’effectif d’une classe... S’ensuit un choix d’établissement par les parents connaissant le mieux le système scolaire (choix d’option, établissement privé…). Ces deux grands groupes de facteurs influencent la trajectoire scolaire depuis l’entrée de l’élève jusqu’à sa sortie de l’institution. Certains facteurs jouent dès le début et ne cessent de croître. D'autres ont un effet temporaire, un effet maître ne sera effectif un année ou plus pour l'école primaire et cet effet maître est encore différent dans le secondaire où l'on multiplie les intervenants.

1. 1 Le facteur de l’origine sociale:

La première des variables qui vient à l’esprit est sans nul conteste celle de l’origine sociale. «Si le poids capital du collège est ainsi confirmé, il apparaît aussi que sur l’ensemble de la carrière scolaire de la maternelle à la seconde, les inégalités sociales de réussite qui s’accumulent année après année sont prédominantes par rapport aux inégalités sociales tenant spécifiquement à l’orientation» (M. DURU BELLAT, 2002 p81).

1.2Le facteur du genre 

La deuxième variable qui est le genre est aussi à prendre en considération, même si durant cette étude la comparaison principale s’effectue entre deux groupes de filles, dans un premier les garçons seront inclus dans la comparaison entre les élèves issus des milieux ruraux et les élèves issus des milieux urbains, mais à titre de révélateur d’une éventuelle spécificité des filles. Il y aura aussi une comparaison garçon/garçon.

Des facteurs géographiques

Le milieu rural:

Tout d’abord, il est important de donner la définition du milieu rural et urbain qui sera utilisée dans cette recherche. Il est également à noter que la définition qui est utilisé pour cette étude date de 1999, depuis de nouvelles définitions sont apparues, mais le travail s’appuyant sur les travaux de l’OER, qui a pris cette définition, le choix est donc de rester dans ce cadre théorique, la comparaison n’en sera que plus aisée. De plus, dans les nouvelles définitions la notion de rural isolés disparaît pour

Pour cela l’étude s’appuie sur la définition donnée par l'Institut National de la Statistique et de Études Économiques (INSEE) : "Espace à dominante rurale : c’est l’ensemble des communes n’appartenant pas à l’espace à dominante urbaine. Cet espace comprend à la fois des petites unités urbaines et des communes rurales.

La notion d’unité urbaine repose sur la continuité de l’habitat. Une unité urbaine est un ensemble d’une ou plusieurs communes dont le territoire est partiellement ou totalement couvert par une zone bâtie d’au moins 2 000 habitants. Dans cette zone bâtie, les constructions sont séparées de leurs voisines de moins de 200 mètres.

Les communes rurales sont celles qui n’appartiennent pas à une unité urbaine. Dans le zonage en aires urbaines, les unités urbaines ne sont pas dissociées. Toutes les communes qui les forment sont affectées en bloc à une même aire ou à un même espace".

Aujourd’hui l’INSEE identifie plusieurs espaces ruraux et donne comme définition « L'espace à dominante rurale, ou espace rural, regroupe l'ensemble des petites unités urbaines et communes rurales n'appartenant pas à l'espace à dominante urbaine (pôles urbains, couronnes périurbaines et communes multipolarisées). Cet espace est très vaste, il représente 70% de la superficie totale et les deux tiers des communes de la France métropolitaine.

Une aire d'emploi de l'espace rural c’est un ensemble de communes d'un seul tenant et sans enclave, constitué par un pôle d'emploi de l'espace rural et par sa couronne (dénommée couronne d'un pôle d'emploi de l'espace rural). Cette dernière est formée de façon similaire à celle des couronnes périurbaines. Ensuite la couronne d'un pôle d'emploi de l'espace rural est composée des communes (ou unités urbaines) appartenant à cet espace à dominante rurale et dont 40 % ou plus des actifs résidents travaillent dans le reste de l'aire d'emploi de l'espace rural. Enfin les autres communes de l'espace rural font partie de cette catégorie les communes (ou unités urbaines) n'appartenant ni à l'espace à dominante urbaine ni à une aire d'emploi de l'espace rural ».

C’est à ce titre que l’on parlera d’élèves issus de milieux ruraux et non du milieu rural.

 

L’Observatoire de l’École Rurale a retrouvé les élèves de la base de données initiales et les a interrogés afin de connaître leur situation scolaire. D’après le tableau n°6, on constate un écart entre les filles et les garçons en terminale scientifique. Cet écart est d'autant plus étonnants qui il est en faveur des filles.

En effet, les filles se retrouvent majoritaires dans cette filière qui est habituellement majoritairement en faveur des garçons. Les filles sont 19% à être en terminale scientifique alors que les garçons sont 17 % à ce niveau, rappelons que selon les données du ministères de l’Éducation dans RERS 2012, les filles ( venant du publique et du privé) représentent 44,9 % des élèves en Terminales Scientifique. Comment expliquer ce paramètre inattendu ?

Premièrement, le nombre de fille interrogé est supérieur aux nombres de garçons, puis si l’on prend la filière scientifique dans son entier, c’est à dire en première et en terminale alors les filles sont 22 % contre 23% de garçon dans cette filière. Mais reste les filles sont majoritaires en terminal S et

sont 39 % en terminale générale contre 24 % des garçons donc la question est: est ce du à un effet du territoire ? Ou d’autres paramètres rentrent-ils en jeux ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tableau 1

 

 




Situation rentrée 2006 (nombre de réponses exprimées) retrouvés

 

 

 

Fille %

Garçon %

Terminale S

19%

17%

Terminale S agricole

0%

0%

Terminale ES-L

20%

7%

Terminale technologique

9%

12%

Terminale technologique agricole

1%

2%

Terminale autre

6%

5%

Première S

3%

6%

Première S agricole

0%

0%

Première ES-L

5%

3%

Première technologique

5%

7%

Première technologique agricole

0%

0%

Première professionnelle

4%

7%

Première professionnelle agricole

1%

2%

Première autre

2%

2%

Terminale BEP

11%

11%

Terminale BEPA

4%

4%

Seconde GT

1%

2%

Seconde Pro

1%

2%

Seconde Pro agricole

0%

0%

CAP 2 ans

2%

4%

CAPA

1%

0%

Apprentissage

1%

3%

Apprentissage agricole

0%

1%

EREA/SEGPA

0%

0%

Autres situations scolaires

2%

3%

Autres situations

1%

1%

 

 

 

nombre total de réponses

100%

100%

Source de l’Observatoire de l’École Rurale

 

En partant de ce premier constat, les filles sont meilleures que les garçons mais s’orientent différemment surtout dans la filière scientifique, n'oublions pas que la variable genre influe plus que celle de l'origine sociale lorsque l'on parle de l'orientation des filles en filière scientifique. Le second constat établie par les recherches sur les milieux ruraux indiquent que les élèves des milieux ruraux s’orientent plus dans les filières courtes que les élèves du milieu urbain, malgré les résultats parfois équivalent voir meilleures en effet selon Alpe et Fauguet ( 2008 p 8 )« qu’en est-il des trajectoires scolaires à moyen et long terme ? L’orientation des élèves ruraux après la troisième est en effet non conforme à ce que l’on pourrait attendre au vu des seuls résultats scolaires ? ». Nonobstant l'avance des élèves ruraux à l'entrée en 6ème perdure jusqu'en troisième et ce quelques soit le milieu rural dont est issu l'élève.( Champollion 2013)A cela s'ajoute le fait que l' «  On peut noter enfin, que tous milieux confondus les filles sont moins disposées à accepter la mobilité que les garçons, alors que des travaux récents, comme l’enquête « Générations 90 du CEREQ (Arrighi, 2005 ) confirment qu’elles rencontrent plus de difficultés que les garçons pour « vivre et travailler au pays » ( Yves Alpe et JL Fauguet 2008 p69 )Ce qui amène à s’interroger sur filles issues des milieux ruraux en fin de troisième lorsqu’elles atteignent le premier palier d’orientation? Vont-elles plus dans les filières courtes comme l’ensemble des élèves ruraux ou vont-elles plus dans le cycle général et technologique? Ce qui revient à se demander si le poids de la variable genre est supérieur à celle du territoire sachant que bien souvent « des projets de vie et des projets de poursuites d’études bien plus modeste en milieu ruraux. ( Yves Alpe et JL Fauguet 2008 p68 ). Ainsi est ce que toute chose égale par ailleurs les filles issues des milieux ruraux en fin de classe de troisième s'orientent plus en filières longues ou courtes ?

 

2. Enquête de terrain

L'enquête de cette recherche s'est effectuée sur six établissements, trois collèges définit comme urbain et trois collèges dits ruraux. Les élèves de troisième ont été interrogés à travers un questionnaire de vingt questions. Il y a eu 318 retour de questionnaires qui se décomposent en deux sous groupe, 151 élèves de types ruraux et 167 de types urbain. On retrouve dans la composition de cet échantillon 167 filles et 151 garçons.

Dans cette recherche on va retrouver différents catégorie sociale qui seront définit ainsi: La PCS 1, dite « favorisée », regroupe les cadres supérieurs et les enseignants ; la PCS 2, dite « assez favorisée », regroupe les professions intermédiaires et cadres moyens, la PCS 3, dite « moyenne », regroupe les employés, les agriculteurs, les artisans et les commerçants, la PCS 4, dite « défavorisée », regroupe les ouvriers, les retraités, les chômeurs et tous les autres inactifs. Ainsi, on va trouver dans cet échantillon une majorité de PCS 3 pour les parents (soit plus de 51% pour le père et près de 52% pour la mère).

Résultats:

Les élèves ont interrogés à la question suivante: "Quel diplôme envisagez-vous de préparer après le collège?" et si l'on fait un tableau croisé avec la variable lieu d’habitation (tableau 2) tout en regroupant l'ensemble des élèves issus de milieux ruraux, alors on constate qu'il y a des écarts entre les deux milieux . En effet, dans la filière générale 60,8% des élèves issus des élèves issus des milieux ruraux souhaitent s'orienter contre 51,8% des élèves issus du milieu urbain.

 

Tableau2

Lieu d'habitation x diplôme après le collège








Lieu d'habitation/diplôme après le collège

autres

CAP

Baccalauréat technologique

Baccalauréat professionnel

Baccalauréat général

TOTAL

Urbain

1,2%

4,7%

15,9%

26,5%

51,8%

100%

ruraux

0,0%

10,1%

6,8%

22,3%

60,8%

100%

TOTAL

0,6%

7,2%

11,6%

24,5%

56,0%

100%

Exemple 26,5 % des élèves habitants en milieu urbain choisiront un baccalauréat professionnel après la classe de troisième.
La dépendance est significative. chi2 = 12,35, ddl = 4, 1-p = 98,51%.

Les cases en bleu et rose sont celles pour lesquelles l'effectif réel est nettement supérieur (inférieur) à l'effectif théorique.Les valeurs du tableau sont les pourcentages en ligne établis sur 318 observations.

 

 

Autre résultat, à la question de l'orientation après la classe de troisième que l'on croise avec le facteur genre on obtient des résultats qui semblent donner une première explication aux précédent. Ainsi, les filles sont majoritaires dans l'orientation en seconde générale, mais surtout les filles issues des milieux ruraux qui sont (tableau 3) 55,6% à s'orienter en seconde générale et technologique contre 44,4% des garçons. C'est pourquoi il me semble judicieux de comparer les élèves non plus dans l'intégralité de l'échantillon mais en affinant les données. C'est pour cela que l'on va comparer non plus les élèves issus des milieux ruraux et urbain mais les filles issues des milieux ruraux et celles issues du milieu urbain.

 

Tableau 3





 

Filles

Garçons

Totaux

France*

54,3%

45,7%

100%

Mon échantillon

50,8%

49,2%

100%

Milieux ruraux de mon échantillon

55,6%

44,4%

100%

Pourcentage des élèves s'orientant en seconde générale

* chiffre Ministère de l'éducation 2011

 

Donc s'il on compare les filles issues des milieux ruraux et celles du milieu urbain dans le type d'établissement fréquenté l'an prochain ( tableau 4 ) alors on constate que 70,8% des élèves filles issues des milieux ruraux choisissent un lycée générale et technologique contre 66,3% des filles issues du milieu urbain. Ce résultat peut s'expliquer en premier lieu par les bons résultats des filles mais on l'a vu dans les recherches souvent les filles ont tendances à s'autosélectionner qui plus est les élèves issus des milieux ruraux. Ce dernier paramètre ne serait il pas l'apanage des garçons?

 

Tableau 4







Lieu d'habitation/Type d'établissement l'an prochain

lycée général et technologique

lycée professionnel

CFA

lycée agricole

TOTAL

Urbain

66,3%

23,2%

4,2%

6,3%

100%

ruraux

70,8%

20,8%

6,9%

1,4%

100%

TOTAL

68,3%

22,2%

5,4%

4,2%

100%

 

Enfin, en comparant le souhait de filière en fin de troisième des élèves filles issues des milieux ruraux et urbain (tableau 5 ), on peut constater que les premières souhaitent majoritairement s'orienter dans la filière la plus "noble", la filière scientifique a plus de 52% ce qui semble étonnant au vu de la littérature sur le sujet.

 

Tableau 5





 

Urbain

ruraux

TOTAL

S

31,5%

52,2%

47,3%

ES

25,0%

18,5%

20,1%

L

8,7%

7,1%

7,5%

aide à la personne

8,7%

4,0%

5,1%

ST2S

8,7%

2,0%

3,6%

coiffure

1,1%

3,0%

2,6%

nr

3,3%

1,0%

1,5%

petite enfance

1,1%

2,0%

1,8%

cuisine

0,0%

2,0%

1,5%

SAPAT

3,3%

0,0%

0,8%

service aux personnes et aux territoires

1,1%

1,0%

1,0%

vente

1,1%

1,0%

1,0%

accueil relation client et usages

0,0%

1,0%

0,8%

APR

1,1%

0,0%

0,3%

canin félin

0,0%

1,0%

0,8%

CGEH(conduite et gestion d'une entreprise hippique)

0,0%

1,0%

0,8%

commerce

0,0%

1,0%

0,8%

esthétique

0,0%

1,0%

0,8%

hôtellerie

0,0%

1,0%

0,8%

production graphique

1,1%

0,0%

0,3%

restauration

1,1%

0,0%

0,3%

Sanitaire et social

1,1%

0,0%

0,3%

technicien du bâtiment option assistante d'architecte

1,1%

0,0%

0,3%

toilettage

1,1%

0,0%

0,3%

TOTAL

100%

100%

100%

 

 

Conclusion

On l'a vu les élèves issus des milieux ruraux ont une tendance à s'orienter en filière courte alors que les filles au vu de leurs meilleurs résultats s'orientent dans les filières plus longue. Alors les filles issues des milieux ruraux ne font pas exceptions, elles s'orientent en filière générale mais toutefois elles auraient tendances à surinvestir la filière scientifique. Les raisons sont à ce stade de la recherche purement hypothétique. La première qui peut être avancé serait que les filles consciente de la faible possibilité des offres d'emplois dans leurs milieux veulent partir avec les meilleurs chances de réussir ailleurs. Autres hypothèses, les filles issues des milieux ruraux bénéficient d'une attention particulière de la part du corps enseignants et du projet d'établissement.

Toutefois ce ne sont que des hypothèses qui restent à explorer et des conclusions pourront être tirés qu'à la fin du traitement de l'ensemble des données de cette étude.

 

 

 

 

Références bibliographiques :

 Alpe,Y., Champollion,P., Fromajoux,R-C., Et Poirey,J-L., (2001) L’enseignement scolaire en milieu rural et montagnard, tome 1 Espaces ruraux et réussite scolaire, Grenoble :Presses Universitaires Franc-Comtoises.

Alpe Y, Jl Fauguet Sociologie de l’école rurale Edition Harmattan 2008

Baudelot, C. Et Establet, R. (1992) Allez les filles ! Paris, Seuil.

 

Bourdieu, P. Et Passeron, J-C. (1970) La reproduction. Eléments pour une théorie du système d'enseignement, Paris, Editions de Minuit.

Champollion Pierre Des inégalités d'éducation et d'orientation d'origine territorial L'Harmattan, 2013

 

Duru-Bellat, Les inégalités sociales à l’école: genèse et mythes, Ed PUF, 2002.

 

Moine Alexandre, « Le territoire comme un système complexe : un concept opératoire pour l'aménagement et la géographie », L'Espace géographique, 2006/2 Tome 35, p. 115-132.

 

Yves Jean, Géographie de l’école rurale, Ophrys Géographie, Collection Essais géographiques, Paris, 2007.