303 - Apprendre par le contrat : Un intérêt pour la professionnalisation des étudiants infirmiers

Patricia JUBIN

Université Paris Ouest Nanterre

 

Mots clés : Autoformation. Contrat. Alternance. Professionnalisation. Compétences.

 

La réingénierie de la formation en soins infirmiers (2009), orientée vers le développement d’un futur professionnel autonome, responsable, réflexif et projectif constitue le point de départ de cette recherche. Elle implique la mise en œuvre de dispositifs plus autonomisants, professionnalisants et une reconfiguration de la fonction d’accompagnement «  reliante » (Clénet, 2005) en stage qui devient une fonction partagée. Ce travail s’inscrit dans une approche psycho-socio-pédagogique de l’accompagnement à l’autoformation et dans le champ des pratiques du travail sanitaire et social, dans un contexte d’alternance professionnalisante.

Cette recherche est une contribution à l’identification des conditions d’efficacité de la contractualisation entre étudiants infirmiers, tuteurs et formateurs en stage.

Elle cherche à explorer l’intérêt d’un pilotage triangulaire du contrat d’apprentissage centré sur le projet individuel de l’étudiant et l’intérêt des rencontres de stage, comme déclencheurs du processus d’auto construction des compétences. Par ailleurs, l’étude se propose d’identifier les effets du contrat sur la professionnalisation. Cette recherche reprend la question de l’apprentissage par le contrat ou  « Contract Learning » de Knowles (1980), comme pilier de l’autoformation (Carré, 1992) professionnalisante dans un contexte d’alternance.

Dans cette perspective, nous définirons l’autoformation professionnalisante,  comme : la prise de conscience par soi de ses transformations, qui se réalise au travers d’interactions sociales et qui valorise une culture de développement de compétence et de professionnalisation (ou de professionnalité) (Wittorski, 2011) avec une intention de transformation continue de soi et de ses activités issues de ses expériences (Courtois, 1995). Cette question de l’autoformation sous ses aspects théoriques est éclairée par la conception de l’autoformation prise dans le sens d’autodirection des apprentissages (Carré, 1992), du sujet en interaction avec son environnement (Tremblay, 2003) et de l’approche tripolaire de Pineau (Courtois & Pineau, 1991) qui valorise l’autoformation par soi-même, par autrui, et l’environnement. Ceci explique les liens que l’individu peut tisser, pour apprendre à apprendre avec les partenaires de la formation représentés, ici par les tuteurs de stage, formateurs et de l’intérêt des conditions et du milieu d’apprentissage. Nous retrouvons l’idée que l’autoformation ; c’est se former soi-même, au travers des autres. Mais l’individu reste le principal acteur. Il bénéficie d’espaces et de temps de formation pour négocier son projet avec ses partenaires (ceci est sous-tendu derrière l’intention de transformation). Nous défendons une position progressiste de l’autoformation accompagnée visant l’émancipation et l’autodéveloppement des compétences.

La démarche empirique réalisée en 2012, prend en compte une démarche d’analyse qualitative réalisée auprès de 15 personnes dans trois structures de soins, auprès de tuteurs, cadres, étudiants infirmiers et formateurs et une analyse quantitative auprès de 78 étudiants de 1ère année, 106 étudiants de 2ème année, 47 étudiants de 3ème année, d’un même IFSI. L’étude montre qu’apprendre par le contrat est autonomisant et professionnalisant, si l’étudiant est placé dans des conditions favorables d’apprentissage et de relation de contractualisation.

 

Références biblographiques :

Albero, B. (2009). Pratique sociale et recherche dans le champ de l'autoformation : entre engagement militant et culture académique. In J.-M. Barbier, E. Bourgeois, G. Chapelle & J.-C. Ruano-Borbalan (éds.), Encyclopédie de la formation (pp. 659-685). Paris : Presses Universitaires de France.

Carré, P. (1992). L’autoformation dans la formation professionnelle. Paris : La Documentation française.

Clénet, J., & Roquet, P. (2005). Conceptions et qualités de l’alternance. Education permanente, 163, 43-57.

Courtois, B., & Pineau, G. (1991). La formation expérientielle des adultes. Paris : La Documentation française.

Denoyel, N. (2003). L’alternance, une pédagogie de la rencontre. Paris : UMFREO.

Jézégou, A. (2006). La recherche de flexibilité en formation : conceptions et usages de l’autoformation. Education permanente, 168, 113-122.

Knowles, M. (1986). Using learning contracts. San Francisco : Jossey-Bass.

Lecat, B. (2005). Vers le Co-accompagnement d’apprentis-ingénieurs. Présentation des résultats d’une recherche. Education permanente, 163, 29-41.

Oudet, S. (2010). Alternances et professionnalisation. Les dossiers des sciences de l’éducation, 24, 83-95.

Przesmycki, H. (1994). La pédagogie du contrat. Paris : Hachette Education.

Tremblay, N.-A. (2003). L’autoformation pour apprendre autrement. Québec : Presse de l’université de Montréal.

Wittorski, R. (2011). Professionnalisation et développement professionnel. Paris : L’Harmattan.