301 - Le directeur, acteur à l’interface de l’école, des collectivités territoriales et du tissu social local

Véronique Francis, Frédéric Glomeron, Geneviève Guetemme,

Université d'Orléans, GREF, France

Tete Kokouvi

Grup de Recerca Territori i Societat, Université de Lleida, Espagne

 

discutante : Danielle Zay

Université Lille 3, Profeor-CIREL EA 4354

 

 

Mots-clés : directeur, école primaire, partenariats éducatifs

 

Voici plusieurs décennies que les systèmes d’éducation examinent l’efficacité et l’efficience de leurs organisations et que leurs cadres tentent de mieux définir les rôles et les missions de chacun de leurs acteurs (Kellaghan et Stufflebeam, 2003). Parmi ces acteurs, les responsables d’établissements scolaires sont au cœur de préoccupations particulières, notamment lorsqu’interviennent des politiques visant à améliorer la qualité de l’école (Pont, Nusche et Moorman, 2008).

Les enjeux sociaux et institutionnels associés à cette fonction sont particulièrement forts en particulier parce qu’ils « touchent la sûreté, la transparence, la cohérence et l’efficacité du système scolaire » (Auduc, 2007) et au-delà, celle du système éducatif, à l’échelon local. La fonction de directeur d’école est en constante évolution comme le montrent les textes officiels, les attentes des cadres de l’Éducation et les attentes sociales de façon plus générale, véhiculées par les élus et représentants des collectivités locales, les professionnels de l’action socio-éducative et culturelle, les familles et les élèves, les enseignants eux-mêmes.

Ce symposium se propose donc d’aborder la question centrale de la fonction du directeur d'école primaire, dans le contexte français et au Togo, intégrant ainsi une dimension comparée. Au-delà des contextes locaux et du cadre prescriptif défini par les contextes institutionnels il s’agit bien d’approcher les pratiques des acteurs et d’en proposer un cadre descriptif et compréhensif. Les approches par le directeur des partenariats entre les acteurs de l’éducation occupent une place centrale, notamment lorsqu’il s’agit des partenariats culturels. Dans un contexte où l’école est engagée dans des démarches de projet et souvent sollicitée par les institutions culturelles, il s’agit de mieux comprendre le rôle du directeur dans les formes des partenariats, au sein de l’école d’une part, et entre l’école et les acteurs des institutions culturelles.

Inscrites dans une approche éco-systémique, les communications permettront d’aborder les caractéristiques des fonctions de directeur à partir de l’étude croisée de l’activité prescrite, perçue et réelle. Les approches qualitatives retenues considèrent en effet, à partir de la nature des tâches, les liens avec les parents d'élèves, avec les acteurs des collectivités territoriales et du tissu social local ainsi que l’identification des réseaux, des ressources et des freins à son activité.

Alors que différents rapports internationaux soulignent le rôle-clé de l’école dans les premières années de la scolarité obligatoire, le symposium se veut une contribution à une connaissance de l’activité des directeurs et, au-delà, de son rôle d'acteur à l’interface de l’école, des collectivités territoriales et du tissu social local.

 

Références bibliographiques :

Auduc, J.-L. (2007). Améliorer la direction des établissements scolaires. Rapport de base national de la France. Paris : OCDE. Disponible en ligne, consulté le 15/6/2012. www.oecd.org/edu/schoolleadership.

Kellaghan, T. et Stufflebeam, D. L. (Eds.) (2003). International Handbook of Educational Evaluation (pp. 873-882). Dordrecht : Kluwer Academic Publishers, GB.

Pont, B., Nusche, D. et Moorman, H. (2008). Améliorer la direction des établissements scolaires, volume 1 : Politiques et Pratiques. Paris : OCDE.

UNESCO (2008). Rapport mondial pour le suivi de l’éducation pour tous 2009. Vaincre l’inégalité: l’importance de la gouvernance. Paris : UNESCO.

 

Communication 1 :

Les formes partenariales entre les directeurs d’école et les comités de gestion des écoles primaires au Togo

 

Tete Kokouvi

Grup de Recerca Territori i Societat, Université de Lleida, Espagne

 

Mots-clés : directeur d’école, dynamique partenariale, formation professionnelle, Togo

 

La contribution des directeurs d’école à la qualité de l’éducation fait partie des leviers sur lesquels les gouvernements de plusieurs pays comptent pour améliorer la performance de leur système éducatif et promouvoir une éducation de qualité (Charron, 2006 ; Pont, Nusche et Moorman, 2008). Dans cette perspective, l’accent est de plus en plus mis sur les pratiques de sélection et de recrutement, les possibilités de perfectionnement professionnel basé sur l’acquisition de nouvelles compétences de même que sur l’amélioration des conditions de travail des dirigeants scolaires (Mulford, 2003 ; Rich, 2010).

Parallèlement, l’ouverture des écoles à leur environnement et la mise en place de nouvelles structures de gouvernance qui partagent parfois les mêmes rôles et responsabilités du directeur, exigent de ce dernier d’entrer dans des dynamiques de partenariat. Dès lors, l’influence du directeur doit se manifester par sa capacité d’animation de la vie partenariale et de regroupement des parties prenantes autour du projet d’école (Charron, 2005 ; OCDE, 2001).

Cette communication, fondée sur une étude doctorale portant sur la gouvernance  des écoles primaires publiques au Togo, aborde, outre les questions liées aux procédures de sélection et à la formation, la dimension partenariale de la fonction du directeur. Elle examine tout spécialement sa relation et sa place dans les comités de gestion des écoles primaires, « organes d’orientation, de planification et de décision en matière de gestion administrative, pédagogique et financière des écoles primaires publiques» dont ils sont membres de droit et où il occupe le poste de secrétariat, conformément à l’article 2 de l’Arrêté Interministériel Nº 007/MEF/MEPSA.

Sur le plan méthodologique, l’étude a utilisé des techniques qualitatives de collecte de données. Elle a intégré des données primaires aussi bien que secondaires. Les résultats sont le fruit d’une analyse qualitative portant d’une part, sur des données recueillies à partir d’entretiens semi-structurés (individuels et collectifs) et des séances d’observation réalisées auprès de directeurs d’école, des inspecteurs de l’éducation et des présidents de comités de gestion ; d’autre part sur un corpus documentaire en lien avec la thématique de la recherche.

Les résultats de l’étude témoignent du développement de bonnes pratiques de partenariat entre des directeurs d’école et des comités de gestion. La nécessité et l’intérêt d’un développement de relations partenariales sont un impératif, non seulement pour les directeurs, mais pour toutes les parties prenantes, notamment à cause de la précarité des ressources scolaires. Cependant, les résultats de la recherche relèvent aussi des difficultés dans l’établissement d’une dynamique partenariale dans certaines écoles, parfois dues aux conflits de compétences et à la faiblesse de formation des différents acteurs dans l’exercice de leurs responsabilités respectives.

 

Références biblioraphiques :

Charron, R. (2005). Les nouveaux rôles des directeurs et les conditions de leur mise en œuvre. Séminaire régional sur l’Enseignement Secondaire en Afrique Addis-Ababa, 21-24 novembre 2005, AFIDES.

Mulford, B. (2003). L’évolution des fonctions de direction en milieu scolaire et son incidence sur l’efficacité des enseignants et des établissements. Récupéré le 08 janvier du site de l’OCDE : http://www.oecd.org/fr/edu/prescolaireetscolaire/15483081.pdf

OCDE (2001). Gestion des établissements : de nouvelles approches. Paris : OCDE.

Pont, B., Nusche, D. et Moorman, H. (2008). Améliorer la direction des établissements scolaires, volume 1 : Politiques et Pratiques. Paris : OCDE.

Reiss, F. (2010). Quelle direction pour l’école du XXIe siècle ? Rapport à M. le Premier ministre. Paris : Assemblée nationale. Récupéré le 08 janvier 2013 du site du Ministère de l’éducation nationale : http://media.education.gouv.fr/file/2010/86/8/Rapport-Quelle-direction-p...

Rich, J. (2010). Les nouveaux directeurs d’école. Repenser l'encadrement des établissements scolaires. Bruxelles : De Boeck.

 

Communication 2 :

Le directeur d’école et le projet culturel : entre savoir et social ?

 

Geneviève Guétemme

IUFM Centre Val de Loire, France

 

mots-clés : culture, directeur, partenariat.

 

L’analyse épistémologique du ‘culturel’ et du ‘partenariat’ constitue le cadre de cette étude. Elle amène à faire un certain nombre d’hypothèses sur la façon dont l’école se positionne par rapport au culturel comme objet de savoir ou comme façon de valoriser un discours en s’appuyant, comme l’indique Christian Ruby, sur « des activités qui sont confinées dans le ravissement et l’émotion » (Ruby, 2011).

Le directeur d’école est au centre de ce positionnement. En effet en plus de ses tâches d’enseignement et des charges administratives courantes, il doit favoriser la mise en place de projets culturels en relation avec le projet d’école et en partenariat avec des structures culturelles locales. C’est cet aspect – souvent considéré comme annexe, mais toutefois important – de son travail qui va être ici analysé.

Une série d’entretiens individuels semi-dirigés et enregistrés (N=10) menés  avec des directeurs de l’agglomération orléanaise sera le support d’une analyse qualitative faisant ressortir :

  • les motivations des directeurs à initier ou/et à faciliter un projet
  • l’articulation entre l’activité professionnelle quotidienne et la gestion du projet
  • les relations avec les partenaires
  • les représentations des directeurs sur les liens entre le culturel, les fondamentaux et l’artistique.

L’accent sera mis sur les différentes étapes du travail, sur le rôle du directeur face aux partenaires culturels et institutionnels en fonction des objectifs à atteindre.

Le corpus comporte également les données issues d’un questionnaire en ligne permettant d’obtenir des informations en lien avec les objectifs de l’étude.

  • ancienneté dans la fonction
  • nombre de projets culturels menés avec des partenaires dans les deux dernières années (intitulé, domaine culturel concerné, type de classe, budget)
  • nombres d’enseignants concernés et niveaux de classe

Etablie à partir de cet ensemble, cette communication analysera la façon dont le directeur d’école s’investit lui-même et aide son équipe pédagogique à aborder le projet culturel et la relation avec les partenaires. Les résultats mettront l’accent sur l’évolution d’une pratique professionnelle de plus en plus centrée sur la construction de liens avec des structures hors Education Nationale. Mais ils feront aussi ressortir la responsabilité du directeur d’école qui, en favorisant la construction d’un projet culturel, promeut peut-être ce « tout culturel » qui selon le philosophe Christian Ruby, a progressivement envahi l’imaginaire social et politique.

En fait, il s’agira ici de penser au directeur d’école, non seulement comme à une interface, entre le monde de l’Education et le culturel ou entre l’école et le tissu social local, mais peut-être aussi comme à celui qui cautionne une éducation devenue « culturelle », plus proche des loisirs de masse que de l’éducation fondée, selon Roger Scruton (Scruton, 2007), sur la valeur éducative de la culture, au service du savoir et de la formation de la conscience de soi.

 

Références bibliographiques :

  • Christian Ruby (2005) Nouvelles lettres sur l'éducation esthétique de l'homme, Bruxelles: Lettre volée.
  • ______________ (2011) « Cinq réflexions sur la culture » (Actes du colloque: "Publics de la culture, savoir réinventer pour faire sens", oct. 2011). Mis en ligne sur : http://www.asso-maisondelaculture.fr/ailleurs_detail.php?id=23 (consulté le 12 janvier 2013)
  • Roger Scruton (2007) Culture counts: Faith and Feeling in a World Besieged, New York: Encounter Books.

 

Communication 3 :

Le directeur d’école, un acteur à l’interface de différents réseaux fonctionnels, une action suivant des logiques en tension.

 

Frédéric Glomeron

GREF, Université d’Orléans, IUFM

 

Mots-clés: action située, approche systémique, directeur d’école, logiques d’action, réseaux fonctionnels

 

Le directeur d’école occupe une place déterminante dans le fonctionnement de l'école au sein du territoire sur laquelle elle est située. Diverses études (Rich, 2010), rapports (IGEN-IGAEN, 2009 ; Reiss, 2010) et enquêtes (IFOP, 2006 ; UNESCO, 2006), en France et à l’étranger, montrent bien l’importance des missions de cet acteur et ses enjeux dans des contextes de plus en plus complexes.

Cette recherche, centrée sur le directeur d’école vise à cerner son rôle d’interface entre plusieurs champs d’action et de multiples acteurs. L’objectif est de caractériser, à travers les fonctions et l’analyse de l’activité prescrite, perçue et réelle, ce qui oriente ses actions. Le cadre théorique est celui de l’action située (Suchman, 1987) qui ne dissocie pas l’action du contexte, de l’environnement dans laquelle elle se produit. L’approche est également systémique afin de percevoir les liens et interactions entre les multiples acteurs.

D’un point vue méthodologique, l’étude engagée est donc une recherche contextualisée, de terrain, réalisée sur un même territoire pour éviter l’incidence trop forte de l'aspect contextuel de l'environnement. Une analyse documentaire des textes officiels définissant les missions, rôles et attributions du directeur d’école a permis d’orienter l’élaboration de différents guides d’entretien. Le fil conducteur a été l’activité réelle du directeur d’école approchée par les missions, les difficultés (situations) et les cas représentatifs à traiter. Des entretiens approfondis de type semi-directif ont été menés auprès de différents acteurs - directeurs d’écoles (maternelles et élémentaires), de l’Inspecteur de l’Education Nationale de circonscription - dans un espace local péri-urbain. Cette méthodologie qui s’appuie sur l’approche monographique vise à saisir la complexité des cas sans négliger les effets de contraste.

Les premiers résultats montrent que la complexité de ce rôle d'interface du directeur est liée à trois éléments : la diversité des acteurs en relation, les nombreux réseaux fonctionnels (Regroupement pédagogique intercommunal, Projet éducatif local, …) et les logiques d'actions souvent en tension, parfois complémentaires, mais aussi contradictoires, dans lesquelles le directeur d’école doit s'inscrire et agir. On repère une complexification des actions au fil du temps (intégration de personnes en situation de handicap, problématiques de sécurité, gestion des incivilités et violences, évolution des technologies de l’information et de la communication...). La gestion des espaces et des temporalités est identifiée comme un facteur de difficulté important. Le directeur apparaît comme un acteur du développement local articulant principalement trois types de responsabilités prescrites : pédagogique, administrative, relationnelle. Ces éléments donnent des pistes explicatives d’une identité professionnelle composite et variable suivant les représentations et les contextes rencontrés.

 

Références bibliographiques :

Duchauffour, H. (2011),  Les  directeurs  d’école  primaire  en  France : acteurs  en  quête de  pouvoirs  acquis. Nantes : Colloque Doctoral International de l'éducation et de la formation.

IGEN - IGAEN (2009). Troisième note de synthèse sur la mise en œuvre de la réforme de l’enseignement primaire. Paris : Ministère de l'Education Nationale.

IFOP (2006). Consultation des directeurs d'école - enquête pour le GDID.

Reiss, F. (2010). Quelle direction pour l’école du XXIe siècle ?, Rapport à Monsieur le premier ministre. Paris : Assemblée nationale.

Rich, J. (2010). Les nouveaux directeurs d'école. Repenser l'encadrement des établissements scolaires. Bruxelles : Be Boeck.

Suchman, L. (1987). Plans and situated actions : the problem of human machine interaction. Cambridge : Cambridge University Press.

UNESCO (2006). Les nouveaux rôles des chefs d'établissement dans l'enseignement secondaire. Paris:  Unesco.