293 - La sous-éducation et la sur-éducation s’expliquent-elles respectivement par un excès et un manque de compétences ?

Aline Branche-Seigeot

IREDU, Université de Bourgogne, France

 

Mots-clés : déclassement, surclassement, compétences de base, numératie, insatisfaction de l’école

 

Pour certains économistes, l’augmentation du nombre de diplômés parallèlement à un rationnement des offres d’emploi, aurait contribué à la dévalorisation des diplômes (Baudelot et Glaude, 1986). Augmenter davantage son niveau d’études afin de s’assurer les mêmes débouchés professionnels figurerait alors parmi les stratégies individuelles. Cependant, ce phénomène débouche bien souvent sur du déclassement professionnel, le déclassement désignant, dans son acceptation générale, le décalage entre le niveau de formation et le niveau de diplôme requis pour occuper un poste.

Pour d’autres, le déclassement professionnel s’expliquerait par le biais des compétences individuelles. Par exemple, les individus occupant un poste en deçà de leur niveau de diplôme seraient moins compétents que les individus employés à leur niveau de diplôme, ce qui expliquerait justement la sur-éducation des premiers (Grenn et al, 1999). Symétriquement, nous pouvons supposer que les individus sous-diplômés, c’est-à-dire les individus occupant un poste au-delà de leur niveau de diplôme, sont les plus compétents. Ainsi, dans quelle mesure les compétences peuvent-elles expliquer le phénomène de sous-éducation et de sur-éducation ? Cette question est d’autant plus importante que les travaux testant cette hypothèse restent encore rares.

Afin de répondre à cette question, nous nous appuierons dans un premier temps sur le tableau de correspondance « diplôme-emploi », proposée par Affichard, en 1981, dans une approche institutionnelle. Ce tableau permet de dresser les profils de personnes sous-diplômées ou sur-diplômés. Dans un second temps, à partir de données issues de l’enquête française « Information et Vie Quotidienne », réalisée en 2004 auprès d’une population âgée de 18 à 65 ans, nous développerons le modèle empirique. Celui-ci consiste à étudier les déterminants de la sur-éducation et de la sous-éducation. Parmi ces déterminants figureront des scores de compétences de base allant de 0 à 100. Les compétences de base introduites sont notamment la littératie, la numératie et la compréhension oral. La littératie est "l’aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d'étendre ses connaissances et ses capacités" (OCDE, 2000). La notion de numératie, quant à elle, reprend les mêmes principes, mais dans le domaine de la maîtrise des nombres et du calcul. Afin de tenir compte des changements dans les standards d’éducation pour chacune des catégories socioprofessionnelles à travers le temps, des estimations par tranches d’âge seront également présentés.

Les premiers résultats indiquent que la numératie joue un rôle déterminant dans la sous-éducation et dans la sur-éducation des plus jeunes générations, ce qui confirme notre hypothèse de départ. Ce résultat s’explique principalement parce que cette compétence favoriserait l’accompagnement des changements structuraux de l’économie (Berman et al., 1998), principalement marquée par le développement des NTIC et de l’innovation.

 

Références bibliographiques :

Affichard, J. (1981). Quels emplois après l'école: la valeur des titres scolaires depuis 1973. Économie et statistique, 134(1), 7-26.
 
Baudelot, C., & Glaude, M. (1989). Les diplômes se dévaluent-ils en se multipliant?. Économie et statistique, 225(1), 3-16.
 
Bekman, E., Bound, J., & Machin, S. (1998). Implications of skill-biased technological change: international evidence. The Quarterly Journal of Economics, 113(4), 1245-1279.
 
Green, F., McIntosh, S., & Vignoles, A. (1999). Overeducation and skills-clarifying the concepts (No. dp0435). Centre for Economic Performance, LSE.