285/0 - La concurrence entre "discours de vérité" au sein des systèmes éducatifs

La concurrence entre « discours de vérité » au sein des systèmes éducatifs

 

Sarah Croché (co-coordonatrice)

Université d’Arras (France)

Université catholique de Louvain, Mons-Hainaut (Belgique)

 

José-Luis Wolfs (co-coordonateur)

Université libre de Bruxelles (Belgique)

 

Mots clés : épistémologie, science, religion, modernité, éducation comparée

 

Résumé 

 

L’école doit composer avec une « concurrence des discours de vérité ». Cette expression renvoie aux travaux de Latour (1988), pour qui un « grand partage », constitutif de la « modernité » s’est opéré dans nos modes de pensée, en particulier en ce qui concerne le domaine de la science et celui du religieux. Les systèmes formels d’éducation développés dans les pays occidentaux, mais aussi dans d’autres parties du monde (notamment par le biais de la colonisation) tendent à se fonder sur l’idée que l’école a la charge de transmettre des savoirs scientifiques et une culture issue de la « modernité » (souvent perçue comme « occidentale »). La place de la religion varie toutefois très fort selon la référence laïque ou confessionnelle de l’école et le contexte culturel. Dès lors, les positionnements entre savoirs séculiers et croyances religieuses seront tantôt définis explicitement (selon des modalités très diverses) ou feront partie, comme le précise Charlier (2002), du « curriculum caché ». Des tensions peuvent apparaître entre savoirs scientifique et croyances religieuses ou entre conceptions considérées comme « traditionnelles » ou « modernes ». Des manifestations de résistance au curriculum officiel, de la part d’enseignants ou d’étudiants s’observent ainsi dans différents pays.

 

Le but de ce symposium est d’analyser la manière dont différents « discours de vérité » (de la science, de la religion et dans une moindre mesure de la tradition) se mêlent, parfois en se faisant concurrence, dans l’enseignement de plusieurs pays d’Europe, du Moyen-Orient et d’Afrique. Il traite de l’épistémologie du savoir, de la place des croyances religieuses et des identités culturelles dans différents systèmes éducatifs et sur leurs rapports éventuellement conflictuels. Des chercheurs en sciences de l’éducation, didactique des sciences, sociologie et  sciences politiques interviendront dans ce symposium.

 

Une première contribution traitera de la nature de la science, des représentations qu’en donnent les programmes, en particulier en France, et des représentations que peuvent en avoir les élèves. Elle contribuera à clarifier la délimitation entre registres scientifique et non scientifique.

 

Elle sera suivie par cinq études de cas. Une première montrera comment, en Belgique (partie francophone), les convictions personnelles des élèves en matière de religion (que celles-ci soient religieuses, agnostiques ou athées) influencent leur rapport à la science. Une seconde traitera, à partir de manuels de biologie et de religion, de l’opposition entre discours scientifiques et religieux en Grèce. La troisième montrera qu’au Liban, l’éducation est au croisement de stratégies religieuses, sociales et politiques des acteurs communautaires. La quatrième analysera les effets du projet d’Éducation pour tous (EPT) sur les écoles coraniques (daaras) au Sénégal, visant à rapprocher les contenus enseignés de ceux des écoles publiques de l’Etat. La dernière analysera les modes d’enrôlement d’enseignants sénégalais et rwandais pour que leurs élèves adhèrent au discours de la religion et/ou de la tradition à la place de ceux de la science que les Etats les chargent d’enseigner.

 

Les présentations du symposium seront mises en perspective et discutées par le Professeur Jean-Emile Charlier, sociologue.

Références bibliographiques

 

Charlier, J.-É. (2002). Le retour de Dieu : l’introduction de l’enseignement religieux dans l’École de la République laïque du Sénégal. Éducation et Sociétés, 10, 95-111.

 

Gauchet, M. (1998). La religion dans la démocratie : parcours de la laïcité. Paris : Gallimard.

 

Latour, B. (1988). Le grand partage. La revue du MAUSS, 1, 27-64.