278- Parcours des jeunes vers l’insertion sur le marché du travail ou les formations de niveau tertiaire après l’obtention d’un titre du secondaire II

Karin Bachmann Hunziker & Sylvie Leuenberger Zanetta

Unité de recherche pour le pilotage des systèmes pédagogiques (URSP), Suisse

 

Mots clés : transition II, parcours de formation, insertion sur le marché du travail, formations de niveau tertiaire

 

Résumé : L’article décrit les résultats d’une enquête menée en 2010 et 2012 sur la situation des jeunes d’un canton de la Suisse francophone 18 mois après l’obtention d’un titre du secondaire II. Ont aussi été examinés le type de transition réalisé entre l’obtention du titre et la situation actuelle (directe ou indirecte), le type d’activités mises en œuvre en cas de transition indirecte et le type de parcours de formation effectué. Au moment de l’enquête, les deux situations les plus fréquentes sont la formation ou l’emploi, et environ 10% des jeunes sont dans une situation autre. Un peu plus de la moitié des jeunes accèdent à leur formation ou à leur emploi directement après l’obtention de leur titre alors que les autres, en transition indirecte, ont mené différentes activités telles que séjour linguistique, service militaire ou civil, autre formation, etc. Cinq types de parcours ont été distingués en fonction de la situation au moment de l’enquête, du type de transition, des activités réalisées et de la perception du futur. Pour terminer, des analyses mettent en évidence des différences selon le sexe ou le titre obtenu.

 

1. Introduction

Les difficultés d’insertion sur le marché du travail rencontrées par les jeunes suscitent actuellement un grand intérêt, tant en Suisse que dans les différents pays européens. Les statistiques montrent en effet que cette tranche d’âge est particulièrement affectée par le chômage, surtout en cas de faible niveau de formation. En Suisse par exemple, la catégorie des 15-24 ans présente un taux de chômage deux fois plus élevé que la moyenne nationale (OFS, 2013); avec 10.1% de jeunes concernés en 2012, ce taux est pourtant inférieur à celui relevé dans plusieurs pays européen.

Ce constat a renouvelé, de la part des pouvoirs publics mais aussi des chercheurs, l’intérêt porté à la question de la transition des jeunes vers la vie active après la scolarité obligatoire. Différentes recherches ont été mises en œuvre à l’échelon national ou régional. Basé sur les résultats d’une enquête menée dans un canton de la Suisse francophone, cet article propose un éclairage sur les transitions vers l’emploi ou la formation réalisées par les jeunes après l’obtention d’un titre du secondaire II.

Cet article présente quelques résultats issus de deux enquêtes.

1.1. Contexte suisse

En Suisse, l’intérêt pour le devenir des jeunes après la scolarité obligatoire n'est pas récent, il date des années 90, au moment où le nombre de jeunes en difficulté d’insertion a augmenté. En partie expliqué par une mauvaise conjoncture économique[1], cet état de fait repose également sur deux transformations affectant durablement la structure du marché du travail. La première correspond à une poussée démographique qui a provoqué un décalage entre l'offre de places de formation et la demande des jeunes; la deuxième à une évolution du marché du travail vers le secteur tertiaire au détriment des secteurs primaires et secondaires. Ce deuxième point en particulier a eu pour conséquence une augmentation de la demande en personnel hautement qualifié accompagné d’une augmentation des exigences scolaires pour les jeunes désirant accéder à un apprentissage. Il s’ensuit que la poursuite de la formation après l’école obligatoire et l’acquisition d’un titre du secondaire II sont devenues progressivement la norme pour les jeunes en vue d’une insertion sur le marché du travail.

Pour remédier au problème d’insertion des jeunes, des solutions dites “de transition”, offrant des prestations (orientation, soutien scolaire ou encore aide à l’insertion) destinées à favoriser leur accès à la formation, sont mises en œuvre. C’est de ce faisceau d’éléments que naît une véritable problématique, celle de la transition, alimentée par des recherches mises en œuvre dès les années 2000.

1.2. Problématique de la transition

1.2.1. Une définition

Selon l'OCDE, la transition est la “période qui commence à la première année d'âge où au moins 75% de la population suit des études sans travailler et prend fin lorsque 50% de la population travaille sans faire des études” (Galley & Meyer, 1999). Pour de Broucker et ses collaborateurs, il ne s’agit pas seulement d’une période mais d’un processus qui prend en compte tout ce qui se passe sur le plan de la formation et de l'emploi pour un jeune entre le moment où il quitte l'école obligatoire et celui de son entrée en emploi (de Broucker, Gensbittel & Mainguet, 2000). Deux moments charnière doivent être distingués, celui qui prend place entre la fin de l’école obligatoire et l’insertion dans une formation certifiante du secondaire II (le premier seuil ou transition I) et celui qui a lieu lorsque le jeune a obtenu un diplôme du secondaire II et qu’il s’insère sur le marché du travail (le deuxième seuil ou transition II).

Au fil des ans, différents projets de recherche destinés à documenter la problématique de la la transition ont vu le jour. En 2008, Pagnossin et Armi recensaient 51 travaux réalisés en Suisse, que ce soit à l’échelon national, régional ou cantonal: 26 d’entre eux privilégiaient l’axe des “jeunes” (parcours de formation et processus d’orientation par exemple), 13 l’axe de “l’école et ses représentants” (la qualité de l’enseignement) et 12 celui du “monde du travail et de ses représentant” (aspects économiques) (Pagnossin & Armi, 2008).

1.2.2. Principaux apports de la recherche à propos de la transition I

Les observations réalisées dans le cadre de différentes recherches montrent qu’approximativement trois quarts des jeunes poursuivent une formation dans le postobligatoire directement après l’école obligatoire. A l’inverse, ce n’est pas le cas pour environ un quart des jeunes, la plupart du temps parce qu’ils ne parviennent pas à accéder à une formation; dans ce cas, la grande majorité opte une solution de transition, mais certains restent sans solution. Deux ans après la fin de l’école obligatoire, la proportion de jeunes en formation augmente et touche 90% des jeunes alors qu’environ 5% d’entre eux sont concernés par une solution de transition et 4% ne suivent pas de formation. L’accroissement du nombre de jeunes en formation s’explique principalement par l’accès différé à la formation, après une année de transition, qui touche environ trois quarts des jeunes concernés (Amos et al., 2003; Bachmann Hunziker, 2006; Meyer, 2005).

Les difficultés de transition (au premier seuil) sont plus marquées chez les jeunes de sexe féminin, d’origine étrangère et de milieu socioéconomique plutôt défavorisé ; un parcours scolaire dans une filière à exigences élémentaires et des compétences en lecture limitées s’avèrent également défavorables (Bachmann Hunziker, 2008; Meyer, 2004)

1.2.3. Principaux apports de la recherche à propos de la transition II

Quatre constats principaux peuvent être tirés des trois grandes enquêtes menées en Suisse, à l’échelon national ou régional (TREE, EOS, Enquête longitudinale tessinoise[2]), sur la formation et l’insertion professionnelle des jeunes après l’école obligatoire.

L’orientation vers le marché du travail ou les études dans les hautes écoles est fortement marquée par le type de certificat obtenu au terme des formations du niveau secondaire II. Les jeunes qui ont obtenu un certificat de maturité gymnasiale se dirigent massivement vers les hautes écoles alors que ceux issus de la formation professionnelle s’orientent plutôt vers le marché du travail. Certains titres (notamment le diplôme de culture générale) s’inscrivent davantage dans une logique de “double-marché”, permettant tant une insertion sur le marché du travail que la poursuite d’études longues. Quelle que soit la filière suivie, un certain pourcentage de jeunes s’écartent du parcours “standards”, par exemple pour tenter une insertion professionnelle après un certificat de maturité gymnasiale ou pour intégrer une haute école après un titre de la formation professionnelle (Davaud, Mouad, Rastoldo, 2010; Davaud & Rastoldo, 2012; Pollien & Bonoli, 2012). Cette dernière situation est la plus fréquente en raison de l’existence de passerelles de formation.

En raison de la diversité des voies d’insertion dans les formations du secondaire II et de la diversité des parcours qui s’y effectuent, la deuxième transition s’échelonne sur plusieurs années, ce qui amène les auteurs à parler de “fragmentation relativement marquée” (Keller et al., 2010, p.10). Par exemple, en 2004 (soit quatre ans après avoir quitté l’école obligatoire), 20% des jeunes de la cohorte TREE sont insérés sur le marché du travail et 6% ont entamé des études de niveau tertiaire; trois ans plus tard (en 2007), ils sont 43% sur le marché du travail et 29% dans les hautes écoles (Keller et al., 2010; Meyer, 2012). De son côté, l’enquête longitudinale tessinoise montre que dix ans après la fin de l’école obligatoire, environ 21% des jeunes sont encore en formation alors que cinq ans plus tard (à l’âge de trente ans), ils ne sont plus que 4% dans ce cas (Cattaneo et al., 2009).

Dès 2004 apparaît de manière nette un groupe de jeunes, représentant 14 à 18% de la cohorte de TREE, dont la caractéristique principale est de n’être engagés ni dans une formation du tertiaire, ni dans une activité professionnelle. Ce groupe, hétérogène et fluctuant quant à sa composition, regroupe des jeunes qui sont dans leur grande majorité titulaires d’un diplôme du secondaire II, mais dont la situation est provisoire (fréquentation d’une solution transitoire, année sabbatique, etc.).

Des difficultés d’insertion sur le marché du travail existent, mais les jeunes n’y sont pas massivement confrontés. En 2006, un peu moins de 10% de la cohorte TREE était au chômage, proportion qui est deux fois plus importante que celle de l’ensemble de la population[3]. Le risque de chômage est trois fois plus important chez les jeunes sans diplôme du secondaire II que chez ceux qui en possèdent un. Dans la plupart des cas, l’emploi a été trouvé dans un délai de trois mois en moyenne; toutefois, certains jeunes ont effectué des démarches dans ce sens pendant plus de sept mois (Bertschy, Böni & Meyer, 2007). Selon l’enquête tessinoise, un jeune sur cinq fait l’expérience d’une forme de précarité du travail durant ses premières années dans le monde professionnel, par exemple le sous-emploi ou le travail sur appel. À 30 ans, 83% des personnes ont un emploi et la grande majorité d’entre elles ont un statut de salarié avec un contrat de travail. Parmi les personnes sans activité professionnelle (13%) se trouvent essentiellement des femmes investies dans le cadre de la famille (Cattaneo et al., 2009).

1.3. Les filières de la formation postobligatoire en Suisse

Au terme de leur scolarité obligatoire, les jeunes peuvent poursuivre leur formation dans deux systèmes différents : le système de la formation professionnelle et celui de la formation générale (graphique 1). L’accès à ces systèmes, et aux différentes filières qu’ils proposent, dépend du cursus suivi durant la scolarité obligatoire. Sur le graphique 1, les flèches rouges indiquent un accès direct avec le certificat obtenu, les flèches grises signalent qu’un accès est possible mais avec un niveau de certification supplémentaire.

Graphique 1: Filières de formation au-delà de l’école obligatoire en Suisse (les graphiques se trouvent sur le fichier attaché)

La filière professionnelle propose des formations en entreprise (apprentissage dual) ou en école professionnelle d’une durée de deux à quatre ans. La formation en deux ans s’achève en règle générale par un examen qui donne droit à une Attestation fédérale de formation professionnelle (AFP[4]). Quant à la formation professionnelle en trois ou quatre ans, elle conduit à l’obtention d’un Certificat fédéral de capacité (CFC). Ce dernier permet d’exercer une activité professionnelle ou de poursuivre une formation professionnelle supérieure (écoles supérieures, brevet, maîtrise). L’accès aux hautes écoles non universitaires est possible avec une maturité professionnelle qui peut être obtenue parallèlement au CFC ou après. Les titulaire d’une AFP peuvent poursuivre leur formation afin d’obtenir un CFC.

La formation générale s’effectue dans une école de maturité (gymnase) en vue de l’obtention d’un baccalauréat (titre vaudois) et du certificat de maturité (titre suisse) ou dans des écoles de culture générale et de commerce. Ces dernières dispensent une culture générale étendue mais proche des réalités professionnelles. Elles conduisent à un certificat de culture générale ou un diplôme de commerce; ces deux titres peuvent être complétés par une maturité professionnelle ou spécialisée en vue d’études dans le cadre de la formation professionnelle supérieure ou des hautes écoles non universitaires.

2. Présentation de l'enquête

L'enquête a été réalisée dans le but de décrire la situation des jeunes certifiés 18 mois après l'obtention de leur titre et leur parcours de transition vers une nouvelle formation ou leur passage à la vie active. L'enquête s'intéressait également à des aspects plus subjectifs, notamment à l'évaluation effectuée par les jeunes de leur situation actuelle (formation ou emploi) et à leur perception de l'avenir.

2.1. Population enquêtée

La population est composée de l’ensemble des jeunes ayant obtenu une attestation de la formation professionnelle (niveau CFC ou formations AFP et AFE), un certificat de l’école de culture générale et de commerce (ECGC) ou de l’examen complémentaire DUBS (passerelle DUBS) en juin 2009 et ceux qui ont obtenu une maturité professionnelle ou spécialisée en juin 2011. Un échantillonnage aléatoire a été réalisé pour les détenteurs d’un certificat fédéral de capacité (CFC) et d’une maturité gymnasiale de juin 2009. Au total, pour les enquêtes de 2010 et 2012, 5168 jeunes ont été questionnés et 2768 ont répondu en retour, ce qui représente un taux de participation de 53.6%.

2.2. Instrument de recueil de données et procédure

Les données ont été recueillies au moyen d’un questionnaire (en annexe). Deux versions du questionnaire ont été développées, ceci afin de correspondre aux spécificités des formations (maturité gymnasiale versus autres formations). Les questionnaires comportaient trois parties correspondant à trois situations possibles (et mutuellement exclusives) des personnes enquêtées : en formation, en emploi, ni en formation et ni en emploi. Les thèmes investigués dans ces trois parties étaient les suivants : la situation détaillée au moment de l’enquête, le type de transition, le degré de satisfaction par rapport à la situation, les perspectives d’avenir.

Le questionnaire a été envoyé par la poste au domicile des personnes enquêtées en décembre 2010 ; il était accompagné d’une lettre présentant les buts généraux de l’enquête et d’une lettre timbrée pour le renvoi du questionnaire. Un courrier de rappel a été envoyé en février 2011. L’enquête auprès des détenteurs d’une maturité professionnelle ou spécialisée a été réalisée avec le même questionnaire mais présenté sous un format électronique en décembre 2012 et la même procédure de rappel.

2.3. Analyse des données

Les données de l’enquête ont fait l’objet d’analyses statistiques bivariées et multivariées. Selon le type de variables, différentes analyses ont été privilégiées : comparaisons de fréquences avec l’application du test statistique du Chi Carré (X2) à des tableaux croisés, comparaisons de moyennes à l’aide de l’analyse de variance (ANOVA), analyses factorielles (ACP). Dans la plupart des cas, les fréquences aux différentes modalités des variables sont croisées avec le sexe et le type de diplôme ; dans certains cas, elles le sont avec la situation actuelle des jeunes.

Les résultats ont été redressés au moyen d’un score de pondération afin de les rapporter à la population d’origine.

3. Résultats

3.1. Quelle situation pour les jeunes 18 mois après l'obtention d'un titre du secondaire II?

Globalement, près de la moitié des jeunes poursuivent une formation 18 mois après l’obtention d’un titre du secondaire II (en bleu dans le graphique 2) alors que deux cinquièmes occupent un emploi (en rouge). Des situations autres (séjour linguistique, stage, recherche d’emploi, etc.) sont présentes dans un dixième des cas (en vert). La situation évoquée dépend du titre obtenu.

Graphique 2: Situation 1 mois après l’obtention d’un titre du secondaire II

Les titulaires du certificat de l’examen complémentaire de la passerelle DUBS et de la maturité professionnelle ou gymnasiale se situent clairement dans une perspective de poursuite de la formation; ce sont près de 90% d’entre eux, voire plus, qui se trouvent dans cette situation. C’est aussi le cas, mais dans une proportion moindre, des titulaires d’un certificat ECGC ou d’une maturité spécialisée (respectivement près de 75 et 55% des jeunes). Les détenteurs d’un titre de la formation professionnelle (AFP, AFE, CFC) rejoignent plus fréquemment le marché du travail, ce qui peut être considéré comme un parcours “standard” pour une telle filière: la proportion des jeunes concernés se situe entre 55 et 70% selon le diplôme.

L’existence d’un groupe de jeunes qui ne sont ni en formation ni en emploi est observable dans les filières professionnelles (AFP, AFE et CFC) et celles que l’on peut qualifier de “mixtes”, c’est-à-dire favorisant autant une insertion sur le marché du travail que la poursuite de la formation à un niveau tertiaire. Ce pourcentage, qui se situe entre 10 et 25% environ, est lié au niveau de certification. De telles situations sont en revanche peu fréquentes, voire inexistantes, après une maturité gymasiale ou professionnelle et après l’examen complémentaire “DUBS”.

3.2. Quels sont les types de transition vers la formation ou l'emploi?

La transition vers la formation s’effectue, pour un peu plus de 50%, de manière directe, ce qui signifie, à l’inverse, que la voie vers la formation est indirecte pour plus de 45% d’entre eux (graphique 3). Des différences existent selon le titre obtenu.

Graphique 3: Proportion de transitions directes ou indirectes vers la formation

La proportion de transitions directes vers la formation est la plus grande chez les titulaires d’une maturité spécialisée (plus de 80%) et chez ceux d’une AFP ou AFE (environ 60%), mais dans une proportion moindre chez ces derniers. La proportion de transitions indirectes est la plus importante chez les détenteurs d’un CFC ou d’un diplôme ou certificat de l’ECGC (respectivement 65 et 61% environ).

Les transitions directes vers l’emploi sont proportionnellement plus nombreuses que celles vers la formation dans la mesure où elles concernent un peu plus de 70% des jeunes (graphique 4). Comme précédemment, une différence existe selon le titre obtenu.

Graphique 4: Proportion de transitions directes ou indirectes vers l’emploi

Les jeunes en possession d’un titre de la formation professionnelle (CFC, AFP et AFE) effectuent plus fréquemment une transition directe vers l’emploi (plus de 60%). C’est nettement moins le cas pour les diplômés de l’ECGC et encore moins pour les détenteurs d’une maturité gymnasiale (respectivement 43 et 25%).

3.3. Quelles activités en cas de transition indirecte?

Les jeunes ayant effectué une transition indirecte vers la formation ou l’emploi ont réalisé, durant cet intervalle, différentes activités. Celles-ci sont présentées selon leur fréquence, par ordre décroissant, dans le graphique 5.

Graphique 5: Activités menées en cas de transition indirecte vers l’emploi ou la formation

Avant l’emploi (en rouge dans le graphique), l’activité la plus fréquente pour les hommes est le service militaire ou civil: un peu plus de 35% des jeunes le mentionnent. Un cinquième des jeunes, ou un peu moins, ont entrepris et terminé une formation, effectué un séjour linguistique, sont partis en vacances ou en voyage, ou ont consacré du temps à la recherche d’un stage ou d’un emploi. Et pas loin de 10% ont commencé une formation sans la mener à terme. Les autres activités (stage en vue d’un emploi ou d’une formation, travail rémunéré, etc.) sont moins fréquentes.

Avant la formation (en bleu), les activités les plus fréquemment mentionnées sont le travail rémunéré (un peu plus de 35% des jeunes) et le séjour linguistique (près de 28%); le service militaire ou civil, l’achèvement d’une formation ou encore la réalisation d’un voyage (ou plus simplement le fait de s’accorder des vacances) concernent pas loin d’un cinquième des jeunes alors que près de 15% ont réalisé un stage en vue d’une formation ou entrepris une formation qu’ils ont interrompue.

3.4. Quel parcours vers la formation ou l’emploi après l’obtention d’un titre du secondaire II?

Des types de parcours ont été distingués compte tenu de la situation actuelle (en formation, en emploi, ni l’un ni l’autre), du type de transition (directe ou indirecte), de la nature des activités menées en cas de transition indirecte et de la situation envisagée 12 mois plus tard (inchangée, indéterminée, autre) (graphique 6). Pour une très faible proportion de jeunes, il n’a pas été possible de tracer leur parcours (1.6%).

Graphique 6: Parcours vers la formation ou l’emploi

Cinq types de parcours vers la formation ou l’emploi on pu être distingués:

  • Les parcours linéaires continus après une transition directe: après l’obtention d’un titre du secondaire II, les jeunes se sont directement insérés sur le marché du travail ou ont débuté une autre formation; ils prévoient être dans la même situation douze mois plus tard. Près d’un tiers des jeunes sont concernés par ce type de parcours (32.1%).
  • Les parcours linéaires continus après une transition indirecte: l’accès à la formation ou à l’emploi est réalisé après une année durant laquelle différentes activités de transition ont été menées. Ces parcours sont considérés comme continus dans la mesure où aucun changement ne devrait intervenir dans les douze mois suivants. Ce type de parcours est effectué par près d’un cinquième des jeunes (19.1%).
  • Les parcours complexes après une transition directe ou indirecte: les jeunes ont accédé à la formation ou l’emploi après une transition directe ou indirecte, mais ils ne savent pas de quoi leur avenir (douze mois plus tard) sera fait ou ils anticipent un changement de situation. Pas loin de deux cinquièmes des jeunes sont dans ce cas (38.6%).
  • Les parcours discontinus: les jeunes de cette catégories ont entrepris, après l’obtention de leur titre du secondaire II, différentes activités, y compris des expériences professionnelles ou des segments de formation. Mais au moment de l’enquête, ils ne sont ni en emploi ni en formation et l’avenir, douze mois plus tard, demeure incertain pour une partie d’entre eux alors que pour les autres, c’est un changement de situation qui est attendu. Moins d’un dixième des jeunes ont un tel parcours (8.1%).
  • Les parcours hors emploi ou formation: les jeunes ne sont jamais entrés sur le marché du travail ou n’ont pas entrepris de formation. Engagés dans d’autres activités, par exemple le service militaire ou la vie familiale, ils ne s’attendent à aucun changement de situation dans les douze mois à venir. La proportion de jeunes de cette catégorie est très faible (0.4%).

Les parcours vers la formation ou l’emploi se différencient selon le sexe ou le titre obtenu à un seuil qui atteint la significativité statistique (respectivement X2(5)=79, p<.05) et X2(35)=1124.7, p<.05). Les parcours linéaires continus après une transition directe ou les parcours complexes après une transition directe ou indirecte sont proportionnellement plus fréquents chez les jeunes femmes que les jeunes hommes (respectivement 34 et 30%, 40 et 37%); c’est l’inverse pour les parcours discontinus (respectivement  10 et 6%).

Les parcours linéaires continus après une transition directe sont proportionnellement plus fréquents chez les titulaires d’un certificat de la passerelle DUBS (76.7%) ou d’une maturité spécialisée (53.3%) et, mais de manière moins marquée, chez les détenteurs d’une maturité gymnasiale (42.7%). Les certifiés de la formation professionnelle (CFC, AFP et AFE) sont proportionnellement plus nombreux (entre 44 et 46%) à effectuer un parcours complexe après une transition directe ou indirecte; c’est aussi le cas, mais de manière moins prononcée, des titulaires d’un certificat ECGC ou d’une maturité professionnelle (entre 37 et 39%). Les parcours linéaires continus après une transition indirecte s’observent davantage après une maturité gymnasiale ou un certificat ECGC (28%). Enfin, les parcours discontinus sont plutôt le fait de jeunes issus de la formation professionnelle avec le niveau de certification le plus bas (22.7%)

4. Conclusion

Les résultats présentés dans cet article avaient pour objectif d’apporter un éclairage sur la transition vers l’emploi ou la formation effectuée par les jeunes après avoir obtenu un titre du secondaire II. Trois constats peuvent être tirés de ces observations.

Le premier tient à l’importante diversité des situations 18 mois après l’obtention d’un titre du secondaire II. L’emploi et la formation sont certes les activités les plus fréquentes mais un dixième des diplômés sont dans des situations autres. Par ailleurs, si la grande majorité des jeunes suivent des parcours relativement « typiques », c’est-à-dire vers l’emploi après une formation professionnelle ou vers les études de niveau tertiaire après une maturité gymnasiale, il apparaît aussi qu’une proportion non négligeable de jeunes effectuent des parcours plus « atypiques », par exemple en rejoignant le marché du travail après une maturité gymnasiale, en poursuivant une formation après une formation professionnelle ou en bifurquant momentanément vers d’autres activités.

Le deuxième constat réside dans la fréquence des discontinuités entre l’acquisition du titre du secondaire II et la situation mentionnée 18 mois plus tard. En effet, seule la moitié des jeunes effectuent une transition directe vers l’emploi ou la formation alors que les autres ont profité de cette période pour mettre en œuvre toute sorte d’activités. Pour certains jeunes, il s’agit là d’une période de questionnement à propos de leur projet de formation, d’où des études entreprises puis abandonnées ou encore un séjour linguistique effectué pour se donner le temps de réfléchir. Certains jeunes ont acquis, durant ce laps de temps, un titre supplémentaire destiné à favoriser leur accès au marché de l’emploi ou aux formations de niveau tertiaire. Pour d’autres jeunes, les moins bien formés, cette discontinuité est plutôt à mettre en lien avec des difficultés d’insertion sur le marché de l’emploi signalées par la présence d’activités liées à l’insertion.

Les troisième constat, en forme de conclusion, met en exergue que la période de la transition, au sens de l’OCDE, est loin d’être achevée 18 mois après l’obtention d’un titre du secondaire II. Cette réalité est attestée par l’importance du nombre de jeunes encore en formation, par l’enchevêtrement d’activités liées tant à l’emploi que la formation ainsi que par la fréquence des situations professionnelles ou de formation non stabilisées.



[1] Ce facteur joue un rôle important dans le système de la formation professionnelle — filière valorisée en Suisse accueillant un peu plus de deux tiers des jeunes — qui repose sur un partenariat entre le patronat, qui accueille des “apprentis” dans les entreprises trois ou quatre jours par semaine pour la formation à la pratique du “métier”, et l’Etat qui organise, dans ses locaux et avec son personnel, les enseignements théoriques et généraux.

[2] Le projet TREE (Transition Ecole-Emploi) est une enquête longitudinale menée à l’échelon national avec pour objectif principal d’élargir les connaissances existantes sur les modalités de passage de la scolarité à la vie active. Méthodologiquement, TREE s’appuie sur l’enquête PISA 2000 et son échantillon représentatif au plan national et au plan des régions linguistiques constitué pour l’occasion. Environ 6000 jeunes ont été interrogés au printemps 2001, soit moins d’un an après leur sortie de l’école obligatoire, au moyen d’un questionnaire standardisé. Six enquêtes annuelles ont ensuite suivi jusqu’en 2007 (volets 2 à 7); un 8e volet a eu lieu en 2010, soit dix ans après la fin de l’école obligatoire, et un 9e volet est prévu en 2014 (Amos et al., 2003; Keller et al., 2010; Meyer, 2012). L’Enquête sur l’orientation secondaire (EOS) est menée tous les deux ans à Genève dans le but de relever des informations sur la situation des jeunes certifiés du niveau secondaire II 18 mois après l’obtention de leur titre. L’Etude longitudinale sur la carrière scolaire et professionnelle de 1500 jeunes tessinois s’est déroulée entre 1992 et 2007; les enquêtes étaient annuelles durant les cinq premières années puis quinquennales par la suite (Cattaneo et al., 2009).

[3] Les auteurs prennent comme point de comparaison l’Enquête suisse sur la population active (ESPA) pour 2006.

[4] Certaines formations également en deux ans et menant à une Attestation de formation élémentaire tendent à disparaître progressivement.

 

Bibliographie

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