253 - Comment des enseignants de lycées professionnels s’y prennent avec des élèves en échec dans leur scolarité antérieure ? Pourquoi peut-on évoquer la personnalisation des pratiques et le développement de nouvelles professionnalités ?

Vandelle Hélène

CREF ED139, Université de Nanterre

 

Mots-clés : Lycée professionnel, personnalisation des pratiques pédagogiques, estime de soi, sentiment d’efficacité personnelle.

 

Cette communication s’appuie sur les résultats de la partie qualitative d’une thèse en sciences de l’éducation soutenue en novembre 2011 à l’université Paris Ouest Nanterre la Défense intitulée « Estime de soi et sentiment d’efficacité personnelle comme facteurs de réussite scolaire : une étude en lycée professionnel ».

Elle interroge les pratiques pédagogiques que des enseignants sont amenés à développer en LP avec des élèves qui ont majoritairement fait l’expérience de l’échec, du sentiment de dévalorisation et d’incompétence dans leur scolarité antérieure. L’analyse de contenu[1] de trente entretiens semi-directifs menés auprès d’enseignants de disciplines générales et professionnelles dans des sections du secteur tertiaire et industriel a permis de décrypter ces pratiques différentes.

L’enseignement professionnel[2] pâtit d’une image dévalorisée dans l’opinion publique. Considéré comme une 2ème école, le LP accueille des élèves en difficulté, frustrés par une orientation subie pour, au moins, une moitié d’entre eux et vivant leur entrée en LP sur le mode de la rébellion contre le système scolaire traditionnel, parfois de la résignation. Dans ce contexte difficile, des enseignants obtiennent cependant des résultats. Un dossier des cahiers pédagogiques de 2002 montre des LP, centrés sur la motivation des élèves et « la rupture avec l’échec scolaire[3] », qui réussissent à scolariser efficacement ces élèves. En 2010, un autre dossier évoque « un établissement mobilisé sur la prévention contre le décrochage[4] ».

Dans cette recherche, les professeurs interrogés décrivent des méthodes et des stratégies qui s’emploient à déconstruire le vécu scolaire négatif des élèves ainsi que les représentations qu’ils se font d’eux-mêmes, de leurs comportements et compétences en contexte scolaire à leur arrivée. Les concepts d’estime de soi ou sentiment de valeur de soi et de sentiment d’efficacité personnelle, ont été étudiés sous l’angle de la psychologie sociale : les modalités des relations mises en place entre les personnes (adultes/élèves en particulier) et autour des situations d’apprentissages (adultes/élèves, élèves entre eux) sont à même de modifier le regard porté sur soi et sur ses capacités à exécuter un travail donné.

Les formes pédagogiques que ces enseignants décrivent présentent des traits communs avec des pratiques dites alternatives. Centrées sur la personne des élèves, en leur permettant de se sentir plus efficaces et plus valables dans le domaine scolaire, elles concourent à les réengager dans les apprentissages et à les ramener vers la réussite scolaire, voire, vers des poursuites d’études. En ce sens, à travers les formes pédagogiques développées dans ces entretiens, on voit se dessiner un nouveau modèle de professionnalités.

 


[1] Bardin L., L’analyse de contenu, (1ère édition, 1977), Paris : PUF, 10ème édition, février 2001.

[2] Rapport de la commission Thélot du débat national sur l’avenir de l’école, Pour la réussite de tous les élèves, La Documentation française, Paris, 2004, p.71.

[3] Cahiers pédagogiques, Les lycées professionnels, n°403, avril 2002, p.35.

[4] Cahiers pédagogiques, Au lycée professionnel, n°484, novembre 2010, p.36.